Une ligne téléphonique contre la maltraitance des aînés

SoutienLes victimes, leurs proches ou les auteurs peuvent désormais adresser leurs questions à la plateforme Vieillesse sans violence, au 0848 00 13 13.

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Maltraitance psychologique, financière, physique ou négligence… Jusqu’à 300'000 personnes âgées seraient victimes de tels actes en Suisse, selon des extrapolations basées sur des statistiques européennes. «Nous constatons que les cas adressés aux associations actives dans le domaine sont en hausse, détaille la professeure Delphine Roulet Schwab, présidente d’alter ego, l’une de ces organisations. Cela ne signifie pas forcément que la situation empire. Il faut plutôt y voir une prise de conscience du phénomène.»

Avec ses homologues tessinois et alémanique, alter ego a décidé de répondre à cette demande. Une plateforme nationale, appelée Vieillesse sans violence, est lancée ce mardi. Avec un numéro de téléphone: le 0848 00 13 13. Tant les victimes et ceux qui les entourent que les auteurs peuvent y obtenir des informations en cas de maltraitance avérée ou soupçonnée.

Les appelants sont redirigés vers les interlocuteurs de leur région linguistique. Pour la Suisse romande, cette permanence est prise en charge par alter ego. «Nous constatons que les gens confrontés à cette problématique ne savent pas à qui s’adresser, poursuit Delphine Roulet Schwab. Nous voulons proposer une porte d’entrée unique et nationale où ils peuvent adresser leurs doutes et leurs questions. Il s’agit aussi de créer des synergies entre les organisations qui existent dans toute la Suisse.»

Sophie Lattion a elle aussi constaté une sensibilité croissante pour cette problématique. Cette infirmière valaisanne a créé, en 2014, l’association prendsaplace, qui informe les étudiants se destinant à la santé ou au travail social.

«Quand on parle de maltraitance, on pense en général aux coups. Mais la plupart du temps il s’agit d’une brutalité psychique ou morale, et beaucoup plus sournoise.»

Elle donne l’exemple des patients qu’on tutoie, de ceux qu’on infantilise avec des surnoms, de l’infirmière qui entre dans une chambre en disant que ça pue, de la vieille dame qu’on n’apprête plus comme par le passé…

«Toute relation dans laquelle une personne a un pouvoir face à une autre qui dépend d’elle présente un risque», détaille Claire-Anne Kunzler, consultante senior Droits des clients et éthique clinique à l’Association vaudoise d’aide et soins à domicile (AVASAD). On parle de maltraitance s’il y a atteinte à l’intégrité. «Ce qui fait la différence, ce sont les conséquences de l’acte sur la personne, complète Delphine Roulet Schwab. Si l’aîné est un peu vexé ou subit un petit inconfort, ce n’est pas de la maltraitance. Mais c’est le cas s’il y a une atteinte à son identité ou à son estime de lui-même.»

La frontière est subtile. «Elle n’est pas tranchée, ajoute Claire-Anne Kunzler. Il faut respecter le rythme de la personne, son intégrité, son humeur… Des ajustements sont nécessaires pour être le plus adapté possible à ses besoins.» Sophie Lattion renchérit: «À la base, beaucoup de gestes ne se veulent pas malveillants. Mais s’il n’y a pas de garde-fous ni de conscience du problème, nous pouvons tous prendre de mauvaises habitudes en banalisant les choses. Le soignant ou le proche doit toujours se demander ce qu’il fait, ne pas tomber dans la routine et en discuter en cas de doute.»

Si les familles s’inquiètent du placement de leurs parents en EMS, le problème serait plus important pour ceux qui restent à domicile. Selon Delphine Roulet Schwab, 80% des situations se produisent à domicile. Neuf fois sur dix l’auteur est un proche. «Certains aînés n’osent pas dire ce qui se passe de crainte de perdre tout contact avec cette personne», explique Sophie Lattion. Pour l’infirmière valaisanne, toute action visant à sensibiliser la population est une bonne chose. Claire-Anne Kunzler salue elle aussi la création d’une plateforme nationale. «Il est essentiel d’ouvrir la parole. On peut avoir des impressions de maltraitance et se sentir impuissant. Une telle ligne téléphonique permettra aux gens de sortir de l’isolement, que l’on soit victime, témoin ou maltraitant.» (24 heures)

Créé: 02.04.2019, 12h15

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