«Une sécheresse vraiment inédite au nord des Alpes»

ClimatPas de neige, un risque marqué d’incendie. La climatologue Martine Rebetez analyse l’étrange hiver 2016-2017.

La neige est enfin tombée sur le Plateau en Suisse alémanique dans la nuit de lundi à mardi. Rien en revanche en Suisse romande ainsi que dans la majeure partie du Valais et des Grisons.

La neige est enfin tombée sur le Plateau en Suisse alémanique dans la nuit de lundi à mardi. Rien en revanche en Suisse romande ainsi que dans la majeure partie du Valais et des Grisons. Image: Keystone

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Est-on vraiment en hiver? La question fait sourire la climatologue Martine Rebetez. Pour la professeur à l’Université de Neuchâtel et chercheuse à l’Institut WSL pour la forêt, la neige et le paysage, l’hiver se définit avant tout par un raccourcissement des jours et un soleil bas sur l’horizon. Des phénomènes astronomiques qui ne changent pas. Côté climat, en revanche, la période sèche que nous traversons depuis un mois et demi est bel et bien exceptionnelle «depuis que nous faisons des relevés météorologiques».

Pas de neige et pas une goutte de pluie depuis plus d’un mois. Pour un climatologue, est-ce vraiment une situation particulière?

Le phénomène est très fréquent au sud des Alpes. Le Tessin a l’habitude de sécheresses hivernales très prolongées et très problématiques du point de vue des incendies de forêts. Par contre, au nord des Alpes, c’est tout à fait inhabituel et exceptionnel. On n’a jamais eu un mois de décembre aussi sec sur le Plateau, sans aucune précipitation.

Et cela continue!

Oui, cette sécheresse a commencé après d’abondantes précipitations et chutes de neige à mi-novembre. Elle s’est mise en place avec la période de fœhn la plus longue jamais mesurée en Suisse, du 20 au 24 novembre, qui a beaucoup asséché les sols et fait disparaître la neige. Les précipitations attendues ces prochains jours s’annoncent encore faibles.

Quelles peuvent être les conséquences de cette sécheresse?

Dans l’immédiat, on a un risque d’incendie tout à fait inhabituel au nord des Alpes et les gens n’en sont généralement pas conscients. Mais en ce qui concerne les cultures, on est dans la période de repos hivernal, et s’il y a de bonnes précipitations en février, comme c’est souvent le cas, cela aura peu de conséquences. Mais il faut toutefois noter qu’on avait déjà une sécheresse importante depuis l’été dernier et que les nappes phréatiques et les cours d’eau avaient reçu peu d’eau depuis le mois d’août.

Cette sécheresse est-elle liée au changement climatique?

Le changement climatique entraîne une augmentation des extrêmes: des précipitations intenses et aussi davantage de sécheresses. Mais cela ne veut pas dire qu’un événement aussi exceptionnel que celui-ci s’inscrive dans cette ligne. Au sud des Alpes, on a clairement une augmentation des périodes de sécheresse, de leur durée et de leur intensité depuis la fin du XXe siècle. Au nord des Alpes, cela reste trop rare pour que l’on puisse faire le lien avec le changement climatique. Par contre, ce qui joue un rôle, ce sont les températures en moyenne plus élevées. On a deux degrés de plus qu’il y a cent ans et, en cas de sécheresse, l’air plus chaud absorbe davantage d’humidité qu’il prend dans les sols ou la végétation.

Ce qui frappe les esprits, c’est surtout le manque de neige. Là aussi, est-ce vraiment exceptionnel?

Oui, il y a un manque de neige extrême au nord des Alpes pour ce début d’hiver. Il est souvent arrivé qu’il fasse trop chaud et qu’on manque de neige à basse ou moyenne altitude. Mais cette année, on n’est pas dans ce cas de figure. Le manque de neige est dû à l’absence complète de précipitations, sauf peut-être dans la région du Simplon, où il a neigé passablement durant la période de fœhn. Il est extrêmement inhabituel de regarder les sommets sans neige jusqu’à 2000 mètres. Le paysage ressemble plutôt à un début novembre qu’à un début janvier. On a même vu des gentianes en fleurs à 1800 mètres ces derniers jours. Mais cela dit, il fait très beau même si la neige manque pour les vacances de fin d’année. C’est magnifique de se promener en montagne et il faut en profiter si l’on peut.

Et les glaciers? Est-ce un hiver horrible pour eux?

C’est trop tôt pour en tirer des conséquences. Il faut observer la situation à long terme. Jusqu’à mi-juillet, on a eu beaucoup de précipitations avec des températures assez basses, ce qui a permis un stockage de neige très intéressant pour les glaciers. Puis, de grandes chaleurs et de la sécheresse qui ont à nouveau fait souffrir les glaciers. Nous sommes maintenant dans la période où les glaciers devraient accumuler de la neige. Dans les Alpes suisses, les précipitations sont très variables. Il se pourrait qu’on ait de la neige sur les glaciers en grande quantité en février, mars et avril. Le bilan d’un glacier, c’est la balance entre la fonte et l’accumulation. A cette saison, les températures sont suffisamment basses pour que les glaciers ne fondent pas.

La Confédération veut inscrire la sécheresse comme un risque naturel. Y a-t-il réellement un changement?

Oui, avec le changement climatique, l’augmentation des températures renforce les sécheresses, même si les précipitations ne diminuent pas. En plus on s’attend à ce que les périodes avec peu ou pas de précipitations deviennent de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses à l’avenir. Jusque dans les années 70-80, au nord des Alpes, les sécheresses prolongées étaient relativement rares, même si elles étaient un peu plus fréquentes en Suisse romande. Aujourd’hui, on a une extension des zones qui souffrent fréquemment de la sécheresse aussi au nord du Moyen Pays.

Ces sécheresses en augmentation vont-elles nous pousser à changer nos comportements?

Il est nécessaire de nous adapter à court et à long terme. Aujourd’hui, il est important d’informer sur le risque d’incendies de forêts. On ne se rend souvent pas compte qu’il y a un risque en hiver, alors qu’il fait froid. Pourtant, si vous marchez en forêt au-dessus du stratus, il est frappant de voir à quel point les sols sont secs, et cela très en profondeur. Ce n’est pas tellement la température qui détermine le risque, mais le fait qu’il y a une accumulation de matériaux combustibles extrêmement secs. La difficulté de la prise de conscience est d’autant plus importante que le risque est très variable d’un endroit à l’autre, selon la pente, l’orientation et l’exposition au soleil.

Créé: 03.01.2017, 21h20

Martine Rebetez, Climatologue, prof. Université de Neuchâtel et Institut WSL

Pour les uns la neige, et les autres le feu

La neige tant attendue depuis longtemps est enfin tombée sur le Plateau durant la nuit de lundi à hier. Cinq à dix centimètres sont tombés en Suisse alémanique, provoquant de nombreuses tôles froissées et quelques blessés légers.

Les plus grandes quantités ont blanchi la Suisse centrale et la zone entre Zurich et le lac de Constance, précise MeteoNews. On a ainsi mesuré 9 cm à Saint-Gall, 8 cm à Elm (GL), 5 cm à Wengen (BE) ou à Andermatt (UR). Sur le reste du Plateau, la couche s’est souvent limitée entre un et trois centimètres. Pas de neige, en revanche, pour la Suisse romande ainsi que la majeure partie du Valais et des Grisons. 3 petits centimètres ont été mesurés à Arosa (GR).

Les flocons ont cessé de tomber juste après minuit, mais ils saupoudreront à nouveau le pays dans la nuit de jeudi à vendredi, d’après MeteoNews. L’institut de prévisions prévoit entre 10 et 30 centimètres de neige fraîche dans les Alpes centrales et orientales.

La situation est diamétralement différente au sud de la Suisse. Le danger d’incendie de forêts reste important en raison du manque de précipitations. La situation reste tendue, «d’autant plus qu’un fort vent du nord-est venu accroître le risque que le feu reprenne», écrivent les Forces aériennes.

Au total quatre hélicoptères étaient encore engagés hier, septième jour consécutif, dans le val Mesolcina (GR) et en Léventine (TI). Un hélicoptère cherche en particulier à localiser les traces de feux couvant, encore nombreux.

J.MT/ATS

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