Violences sexuelles sur les hommes, un tabou à briser

AbusUn court-métrage réalisé par de jeunes Valaisans rompt le silence sur les hommes abusés.

L’équipe de Cerkenamo Production a réalisé «Parlons-en», visible sur YouTube depuis mercredi.

L’équipe de Cerkenamo Production a réalisé «Parlons-en», visible sur YouTube depuis mercredi. Image: DR

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«Ça n’arrive pas qu’aux filles.» Un court-métrage réalisé par de jeunes Valaisans se penche sur les violences sexuelles envers les hommes. Ces étudiants avaient déjà filmé des fictions. Cette fois, ils souhaitaient aborder un thème «qui les touche». «Nous voulons montrer que les hommes peuvent être des victimes. On a trop tendance à penser qu’ils peuvent se défendre», résume Kilian Siggen, président de Cerkenamo, l’association de production à l’origine du projet. Avec ses camarades, il a obtenu les soutiens de l’antenne valaisanne d’ESPAS (Espace de soutien et de prévention - abus sexuels) et de la Fédération valaisanne des centres SIPE (Sexualité, information, prévention, éducation). Depuis mercredi, leur film Parlons-en peut être vu sur YouTube. Ce court-métrage d’environ trois minutes montre un jeune dans une soirée bien arrosée. Un autre homme verse discrètement dans son verre du GHB, connu sous le nom de «drogue du violeur». Puis le prend dans sa voiture et le viole. But premier: briser le silence et inciter les victimes à parler. «Plus on intervient rapidement et plus on peut espérer leur donner les moyens de surmonter ce traumatisme», souligne Karine Alvarez, responsable de la communication et de la recherche de fonds à l’antenne valaisanne d’ESPAS.

Compliqué d'en parler

Le sujet est particulièrement tabou. «Les hommes peuvent dire qu’ils ont subi une agression physique dans la rue. Mais c’est difficile de parler de leur intimité», précise Pierre Jaquier, intervenant au Centre LAVI dans le canton de Vaud. «Déjà, les femmes ont du mal à parler d’un viol… C’est encore plus compliqué pour les hommes car cette situation semble inimaginable, renchérit Danièle Tissonnier, directrice des centres SIPE en Valais. D’ailleurs, elle n’existe tout simplement pas dans la loi suisse.» Le Code pénal, en effet, définit le viol comme une contrainte contre une personne «de sexe féminin».

Difficile d’estimer le nombre des victimes masculines, mais le phénomène existe. Les groupes de parole de l’association ESPAS, dans les cantons de Vaud, de Fribourg et du Valais, comptent environ cinq hommes pour quarante femmes.

Les femmes aussi peuvent être agresseuses

Une majorité des agresseurs sont des hommes, mais on trouve aussi des femmes parmi les auteurs de cette violence. «Ce dernier phénomène est probablement sous-estimé car il est le plus difficile à aborder, commente Thérèse Cuttelod, directrice d’ESPAS. L’abus sexuel ne se résume pas au viol. En outre, il est possible d’enlever toute volonté à une personne. Son corps réagira même si la victime ne le veut pas.»

Là aussi, les données qualitatives sont rares, regrette Florent Jouinot, du Checkpoint Vaud. En effet, cela permettrait aux spécialistes de mieux savoir quand et comment les choses se produisent. Le Vaudois donne un exemple: on sait désormais que, dans la violence contre les femmes, l’agresseur est souvent le conjoint. «Les enquêtes ont montré que nos représentations ne correspondaient pas forcément à la réalité du terrain. Cela permet de mieux cibler les campagnes.» Reste à savoir si la sensibilisation, comme celle menée en Valais, permettra de changer la donne.

Créé: 04.06.2016, 09h32

«C’est le contexte qui amène aux abus»

Avec leur court-métrage, les jeunes réalisateurs veulent aussi rappeler qu’il faut surveiller son verre en soirée (ce à quoi les femmes penseraient plus souvent) et rester attentif à ce que font ses amis.

Sur ce point, les spécialistes émettent un bémol: surveiller son verre ne suffit pas, encore faut-il veiller à sa consommation d’alcool, aux autres produits et aux mélanges! Car, GHB ou pas, une personne saoule évalue mal les risques. «Le prédateur qui prémédite un viol existe, mais cette situation extrême reste marginale, précise Florent Jouinot, du Checkpoint Vaud. La plupart du temps, c’est le contexte qui amène aux abus.»

«Ce court-métrage se focalise sur un aspect, réagit Thérèse Cuttelod, directrice d’ESPAS. Nous voulons aussi rappeler qu’il faut rester vigilant ou encore s’interroger sur la confiance que l’on peut avoir dans son entourage.»

Pour les spécialistes, il est donc important de lancer le débat. Et, dans ce but, la Fédération valaisanne des centres SIPE pense désormais à montrer ce film à des élèves de l’école post-obligatoire.

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