Zurich-West, royaume postindustriel des tours

La Suisse des quartiers (4/5)Après une mutation spectaculaire, l’ancien cœur historique de l’industrie de la région est devenu un quartier d’affaires tendance.

bars, restaurants, boutiques, ateliers ou encore l’Armée du Salut se partagent l’espace de la Gerold-Areal, sorte d’îlot au milieu des tours de Zurich-West.

bars, restaurants, boutiques, ateliers ou encore l’Armée du Salut se partagent l’espace de la Gerold-Areal, sorte d’îlot au milieu des tours de Zurich-West. Image: Marius Affolter

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Elles signalent au loin l’arrivée dans le quartier. Tout en verre, la rutilante Prime Tower s’étire sur 125 m, plus haut gratte-ciel de Zurich peuplé de banquiers et d’avocats. Non loin de là, la tour Swissmill se dresse comme un monolithe de béton. A 118 mètres, c’est le plus haut silo à grains d’Europe. Zurich-West cumule les superlatifs et cultive les contrastes.

Après une mutation spectaculaire, l’ancien cœur historique de l’industrie de la région est devenu un quartier d’affaires tendance. Une urbanisation qui n’a pas (encore) effacé toute trace du passé. «J’aime que ce garage automobile se trouve juste en face de la terrasse de mon restaurant. Mais je doute qu’il reste encore longtemps là.» Christoph Gysi est copropriétaire du bistrot Les Halles, connu pour ses moules frites servies dans un décor chargé de références à la France. Ce midi, les clients portent la cravate ou un bleu de travail. «Quand nous sommes arrivés il y a près de 20 ans, il n’y avait ni restaurants, ni boutiques et pas d’éclairage. C’était un peu sinistre.»

Figure locale, Christoph Gysi est copropriétaire du restaurant Les Halles, institution locale.

Traversé par un pont, quadrillé par de larges artères, Zurich-West est blotti entre la Limmat, les rails du train et un viaduc. Cette moitié du Kreis 5 compte 5800 habitants, pour près de 33 000 emplois. C’est dans les années 1970 que sa mue a démarré. Artistes et clubs ont investi les locaux désertés par les industriels, faisant du quartier un haut lieu de la scène artistique et festive. A la fin des années 1990, la Municipalité a donné l’impulsion à une nouvelle phase de développement. Les grues se sont déployées dans le ciel, érigeant complexes d’habitation modernes, tours et hôtels design sur les cendres d’anciennes manufactures ou entrepôts. La flamboyante école d’art a par exemple remplacé l’ancienne fabrique de yogourts Toni. Des boutiques de créateurs se sont nichées entre les arches du viaduc.

La métamorphose est toujours en cours, signalée un peu partout par le bruit des pelleteuses. «C’est toujours plus haut, toujours plus moderne», remarque une passante. Dans cette course à l’urbanité, les vestiges sortent du lot. Comme ce bâtiment en brique où l’on construisait des navires, et qui accueille aujourd’hui un théâtre et un club de jazz, le Schiffbau.

Village de containers

Le pouls de la zone postindustrielle bat autour de la gare de Hardbrücke. Les trains déversent les pendulaires au pied de la Prime Tower. Juste en face, c’est un autre site emblématique de Zurich-West qui attire les jeunes Zurichois. La Gerold-Areal concentre restaurants, boutiques, clubs et ateliers d’artistes. S’y trouve aussi Frau Gerolds Garten, jardin d’été décoré de parasols dépareillés dont les bars et restaurants sont logés dans des… containers. Tout comme la tour Freitag, à deux pas. Ensemble, ils bénéficient d’une Zwischennutzung, spécialité zurichoise qui désigne la mise à disposition temporaire d’un espace en voie de transformation. «J’espère qu’on va pouvoir rester», lance une graphiste. Ça parait en bonne voie. Aucun projet ne se profile à l’horizon et les contrats de la plupart des locataires ont été renouvelés jusqu’en 2021. La Ville voulait construire ici un centre de congrès mais n’a pas réussi à convaincre tous les propriétaires. De nombreux Zurichois ont poussé un ouf de soulagement, craignant de voir des façades vitrées prendre la place de cette «oasis» vibrant au milieu des tours.

Uniformisation critiquée

La transformation de Zurich-West ne fait pas l’unanimité. Aseptisation et uniformisation figurent parmi les griefs. Autrefois connu pour sa scène alternative et ses fêtes délurées, le quartier est rentré dans le rang en même temps que les loyers ont augmenté, regrettent ses détracteurs. Christoph Gysi s’énerve. «Il y a peut-être moins de cocaïne, mais plus de culture.» Le restaurateur préside l’association Kulturmeile Zürich West, qui représente les intérêts des commerces, propriétaires et institutions culturelles du coin. Selon celle-ci, 12 000 visiteurs par jour le fréquentent en moyenne. «Il y a toujours de la vie! Même si certaines places, il faut l’avouer, restent vides. Comme les habitants ne composent que 16% de la population, il faut veiller à ce que ça ne devienne pas un quartier d’affaires morose.» Pour l’entrepreneur, la Ville a une grande responsabilité. «Les seules parcelles qui restent à construire lui appartiennent. Je verrais bien une grande salle de concert.»

Emblème du dynamisme zurichois et peuplée de banquiers, de consultants et d’avocats, la Prime Tower domine l’ancien quartier industriel.

Monika Spring espère, elle, des logements abordables. Cette ancienne élue socialiste au Grand Conseil habite Zurich-West depuis 20 ans. «Ce que nous craignions s’est réalisé. Le quartier s’est gentrifié. La densification s’est faite sans penser aux petits revenus, ni au bâti.» La Zurichoise coprésidait jusqu’à il y a peu l’association de défense des intérêts des riverains. Elle s’est notamment battue pour empêcher la destruction de maisonnettes d’époque. «Elles auraient été remplacées par des logements de luxe et des bureaux. Or ce qu’il nous faut, ce sont plus des coopératives d’habitation.» Voilà pourquoi elle s’est décidée à approuver la construction dans le quartier du stade de foot Hardturm: celui-ci s’accompagnera de 173 nouveaux logements en coopérative. Contrepartie nécessaire, pour l’ancienne politicienne, à un autre pan du projet: la construction de deux tours de plus de 130 mètres. Les Zurichois votent l’an prochain. (24 heures)

Créé: 18.08.2017, 08h58

Le village gaulois des Bernoulli-Häuser

Dernier des Mohicans ou village de Gaulois. Les analogies jouent sur le même thème lorsqu’il s’agit de décrire les Bernoulli-Häuser, 97 maisonnettes comme figées dans le temps dans un quartier en pleine mutation. Construites dans les années 1920 à l’extrémité nord du quartier de Zurich-West, ces rangées d’habitation de couleurs différentes et avec jardin ont été conçues pour des familles d’ouvriers. «Petite, je pensais que des personnes très riches habitaient ici», s’amuse la documentariste Marianne Pletscher. Elle a réalisé son erreur lors du tournage d’un documentaire sur la gentrification du quartier. Sous le charme, elle est parvenue à devenir propriétaire il y a 18 ans. «Les prix ont doublé depuis. Une maisonnette coûte plus de 1 million.» De son balcon, on voit les constructions modernes. De l’autre, la Limmat. «La qualité de vie est exceptionnelle. C’est très reposant de vivre ici, presque exotique.»

Village gaulois, les Bernoulli-Häuser le sont aussi pour la résistance menée contre la création non loin de là du nouveau stade de foot de Hardturm, il y a quelques années. Le projet a échoué, mais un nouveau est en route. A voir si les habitants se soulèveront à nouveau.

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