«Si on abolit les forfaits fiscaux, il faudra augmenter les impôts»

Votations du 30 novembreLe conseiller national Jean-François Rime (UDC/FR) et président de l'USAM, fait partie du comité bourgeois opposé à l'abolition des forfaits fiscaux soumise au peuple fin novembre. Il s'en explique.

Jean-François Rime s'oppose au texte de La Gauche sur l'abolition des forfaits fiscaux.

Jean-François Rime s'oppose au texte de La Gauche sur l'abolition des forfaits fiscaux. Image: Keystone

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Sus à l'abolition des forfaits fiscaux! Les représentants du PDC, de l’UDC, du PLR, du PVL, du PBD et de la Lega sont montés au front ce mardi 21 octobre à Berne contre l'initiative de La gauche «Halte aux privilèges fiscaux des millionnaires» soumise en votation le 30 novembre. Pour eux, le texte met en péril près de 1 milliard de recettes fiscales, 22'000 emplois liés à la présence de riches étrangers en Suisse, ainsi que nombre de projets d'intérêt public. Les opposants estiment que le texte induit le peuple en erreur et représente un bel auto-goal puisqu'elle ôte à la Suisse des avantages économiques sans rien lui apporter en échange.

Parmi les orateurs du jour, figurait le conseiller national UDC fribourgeois Jean-François Rime, également président de l'Union Suisse des arts et métiers (USAM). Il explique ce qui le dérange dans le texte.

24 heures N'est-il pas juste, au moins sur le plan moral, de supprimer ces forfaits fiscaux par égard pour les Suisses qui n’ont pas droit aux mêmes avantages que les riches étrangers ?

Jean-François Rime - On ne peut pas faire abstraction de cette question morale, mais il faut se rappeler pourquoi ces forfaits fiscaux ont été introduits. On avait à l’époque, il y a plus de 100 ans, des gens qui venaient de Grande-Bretagne notamment et que l’on ne pouvait pas imposer parce qu’ils n’avaient pas de revenus et de fortune connus puisque leur fortune était à l’étranger. Aujourd’hui, si l’on suit le raisonnement de la gauche, chaque exception fiscale doit être considérée comme une inégalité à supprimer. Je considère que la Suisse a un système fiscal qui fonctionne bien et que la concurrence dans ce domaine est un élément que l’on doit garantir.

Vous mettez aussi en avant que la Suisse n'est pas le seul pays à pratiquer ces forfaits fiscaux...

Effectivement. Si la Suisse était le seul pays à les pratiquer, je comprendrais encore que l'on s'en prenne à ce système. Mais d’autres pays font exactement la même chose que nous, voire pire! Un exemple que l’on ne cite jamais: la France. Il y existe pratiquement une «Lex Qatar» qui fait que les gens des Emirats sont exonérés totalement sur tous leurs revenus et leur fortune. Ce qui fait qu’ils achètent des entreprises, des clubs de football, etc. En Suisse, le Parlement a déjà durci les forfaits il y a 2 ans, avec raison. Parce que dans le temps, il est vrai que des gens ont bénéficié de forfaits fiscaux qui ne correspondaient pas à ce qu’ils auraient dû effectivement payer. Maintenant cela a été corrigé, et les règles sont devenues plus strictes.

Vous affirmez que tous les Suisses sont concernés par cette votation. De quelle manière?

Parce que le modèle suisse va bien, que l’économie va bien, que nous connaissons un taux de chômage le plus bas du monde, et que toutes ces attaques qui consistent à affaiblir la Suisse vont mettre en danger ce système. Et à la fin, ce sont les gens les plus défavorisés qui supportent les conséquences lorsqu’il s’agit de chômage et qu'il y a des difficultés.

Vous craignez des hausses d’impôts si les bénéficiaires de forfaits fiscaux quittent la Suisse pour d'autres cieux plus favorables?

Je crains que des gens perdent leur travail. On estime à 20'000 le nombre d’emplois qui seraient menacés si les riches étrangers s'en vont aujourd'hui. Et je crains surtout que le milliard d’impôts que l’on perdra s'ils quittent la Suisse, et bien, il faudra bien le compenser quelque part. Or, on constate déjà que dans le cadre de la péréquation financière, les cantons donateurs estiment déjà qu’ils paient beaucoup trop, Donc, si on abolit les forfaits fiscaux, il faudra d’une façon ou d’une autre augmenter les impôts. Ou alors réduire les prestations.

Ne peignez-vous pas le diable sur la muraille? A Zurich, plus de la moitié des forfaitaires fiscaux sont partis certes, mais le canton a réussi à compenser ses pertes financières avec ceux qui sont restés notamment...

A Zurich, les forfaits fiscaux représentaient une part fiscale relativement limitée. Mais on sait que 5 cantons seront particulièrement touchés, comme le Valais, les Grisons ou le Tessin, des régions périphériques où il est difficile de créer des emplois. Des pertes fiscales y feront bien plus mal qu'à Zurich ou Genève.

Le 30 novembre, on vote également sur l'initiative «Halte à la surpopulation». Quelle est l'initiative la plus dangereuse pour la Suisse? Celle d'Ecopop ou celle sur les forfaits fiscaux?

Si vous suivez les dernières enquêtes menées par Le Credit Suisse, vous voyez que le problème de l’immigration vient en tête des soucis des Suisses. Je dirais donc que celle d'Ecopop est bien plus dangereuse que tout le reste. Mais parfois, on n’anticipe pas assez. Si vous m’aviez posé la question sur la conjoncture au mois de juin, j’aurais été relativement optimiste. Aujourd’hui, quand je vois ce qui se développe dans les pays de l’UE, même dans l’industrie de l'horlogerie ou du luxe où l'on se met à parler de licenciement et de chômage, eh bien, je me dis que peut-être une partie du problème de l’immigration se réglera de lui-même, dans la mesure où les entreprises auront besoin de beaucoup moins de main d’œuvre à l'avenir...

Créé: 21.10.2014, 16h25

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