L'accès à la médecine de base, tromperie ou droit constitutionnel?

VotationLe peuple devra se prononcer le 18 mai sur l’arrêté fédéral sur les soins médicaux de base. Il s’agit du contre-projet à l’initiative «oui à la médecine de famille» qui a été retirée. Le texte devrait largement être accepté.

Les partisans de l'arrêté fédéral se sont mobilisés le 1er avril pour présenter leur logo «Oui aux soins médicaux de base».

Les partisans de l'arrêté fédéral se sont mobilisés le 1er avril pour présenter leur logo «Oui aux soins médicaux de base». Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Revaloriser toute la filière de la médecine de base, des généralistes aux pédiatres, en passant par les infirmiers ou les pharmaciens: c’est le but de l’arrêté fédéral sur les soins médicaux de base sur lequel les Suisses se prononceront le 18 mai prochain. Il s’agit en fait du contre-projet du gouvernement à l’initiative «Oui à la médecine de famille» lancée en 2009 (voir texte à gauche).

L'arrêté séduit sans équivoque les citoyens de tous les partis. Même ceux de l'UDC, dont les délégués ont pourtant donné un mot d'ordre négatif, votent oui à 69%. Il faut dire que ce contre-projet est soutenu par une large coalition de milieux médicaux ainsi que par pratiquement tous les partis.

Néanmoins, un comité de 35 opposants s'est formé sur le tard contre ce contre-projet qu'il a qualifié de «tromperie». Si ce texte est accepté, «ce n'est justement plus le médecin de famille qui s'occupera en premier du patient. Cette tâche incombera en partie à d'autres professions de la santé (personnel soignant, diététiciens, podologues, etc.), estiment les opposants. Or ces personnes n'ont pas les compétences médicales. Elles risquent par conséquent de prononcer des erreurs de diagnostic, craignent-ils.

Lutter contre la pénurie

Le texte vise à ancrer juridiquement dans la Constitution l’importance des soins médicaux de base. Car le milieu risque la pénurie. De plus en plus les généralistes peinent en effet à trouver un successeur à leur retraite. Selon leurs calculs, près de 60% d’entre eux auront plus de 55 ans en 2030 et ils sont toujours plus nombreux à vouloir travailler à temps partiel. Il faut donc assurer la relève pour garantir des soins «suffisants et de qualité» à tous les citoyens, d’autant que la population vieillit et aura toujours plus besoin des professionnels de la santé.

Le contre-projet concocté par Alain Berset répond à pratiquement toutes les revendications des médecins de famille lancées dans leur initiative. Raison pour laquelle les blouses blanches l’ont retirée en septembre dernier. Mais l’arrêté reste très large. En effet, les mesures concrètes dépendront des cantons. Dans les régions rurales, il s’agira notamment d’inciter les médecins à venir s’installer, tandis que dans les villes, il faudra freiner l’ouverture de cabinets de spécialistes.

Bataille tarifaire en perspective

Parallèlement, Alain Berset a également élaboré un plan directeur en 2012 pour accompagner son texte. Et c’est ce dernier qui pourrait coincer après le 18 mai, même s’il n’a aucun lien direct avec le projet soumis au vote.

En effet, son «Masterplan» impose une «rémunération appropriée des prestations de la médecine de famille». Il prévoit notamment d’améliorer le financement des généralistes et des pédiatres puisqu’ils recevront 9,80 francs de plus en moyenne par consultation. Ceci au détriment des spécialistes qui verront la rémunération de leurs prestations baisser.

En consultation, la proposition, qui a reçu un large soutien du Parlement, a suscité des vagues parmi les intéressés, hôpitaux et spécialistes en tête. La bataille aura lieu l’an prochain avec la révision totale du système tarifaire Tarmed. En attendant, les nouveaux tarifs des généralistes entreront en vigueur cet automne, indépendamment du résultat de la votation du 18 mai. (nxp)

Créé: 03.04.2014, 16h22

Articles en relation

Des opposants contre le projet sur les soins médicaux de base

Votation 18 mai A moins de deux semaines du scrutin, un comité s'est enfin formé pour contrer le nouvel article constitutionnel sur les soins de santé de base, soumis au peuple le 18 mai. Plus...

Claire majorité pour les soins médicaux de base

Votation 18 mai Confédération et cantons devront reconnaître et encourager la médecine de famille comme un élément essentiel de ces soins médicaux de base. Plus...

Alain Berset lance la campagne sur la médecine de base

Votation du 18 mai Le ministre de la Santé a lancé la campagne en faveur de l'arrêté fédéral sur les soins médicaux de base, soumis au peuple le 18 mai. Le texte est le contre-projet à l'initiative «Oui à la médecine de famille». Plus...

L'initiative pour lutter contre la pénurie de médecins abandonnée

Droits populaires Les auteurs de l'initiative «Davantage de places de formation en médecine» mettent un terme à leur récolte des signatures. Plus...

Débuts sous l’ère Couchepin

L’arrêté fédéral sur lequel les Suisses se prononceront le 18 mai est le contre-projet à l’initiative populaire «Oui à la médecine de famille». Elle avait été lancée en octobre 2009.

Mais la colère des médecins remonte à 2005 déjà, après l’annonce de l’ex-conseiller fédéral Pascal Couchepin de baisser les tarifs des laboratoires de cabinet pour juin 2006. Les blouses blanches lancent une pétition et manifestent en avril 2006.

Mais rien ne se passe. Au contraire. Une nouvelle baisse des tarifs est annoncée pour 2009. Les médecins de famille lancent dans la foulée leur initiative. Elle est déposée à Berne le 1er avril 2010 munie de 200'000 signatures.

Initiative retirée - Le Conseil fédéral lance son contre-projet en 2011 en réponse à une motion de la socialiste Jacqueline Fehr. En avril 2012, Alain Berset prévoit son Masterplan qui intègre les médecins dans les groupes de travail. Résultat : les blouses blanches retirent leur initiative le 26 septembre 2013.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.