«L’accord institutionnel avec l’UE est mort»

Christian LevratLe président du PS, comme Ueli Maurer, demande de renégocier avec l’UE. Il défend un souverainisme en matière salariale.

Christian Levrat: pourquoi ne pas suivre l’exemple du Luxembourg?

Christian Levrat: pourquoi ne pas suivre l’exemple du Luxembourg? Image: PETER SCHNEIDER/KEYSTONE

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«L’accord institutionnel avec l’Union européenne actuellement en consultation est mort. Il n’a aucune chance de rallier une majorité ni de passer le cap d’une votation populaire sans l’appui du PS.» Le président Christian Levrat n’a pas tourné autour du pot lundi lors du traditionnel apéro de rentrée de son parti. Il demande une renégociation de l’accord. Des propos qui font écho à ceux tenus dimanche à la télévision privée alémanique par le nouveau président de la Confédération Ueli Maurer (UDC). Ce dernier a déclaré tout de go: «Nous devons renégocier des points importants afin que l’accord ait une chance d’être accepté. C’est mon appréciation.» Une déclaration qui a fait sensation dans la mesure où le Conseil fédéral n’a pas arrêté sa position et mène actuellement une consultation informelle…

«Nous devons renégocier des points importants afin que l’accord ait une chance d’être accepté»

Si l’opposition de l’UDC à un accord avec l’UE est connue de longue date, pourquoi le PS est-il prêt aujourd’hui à jeter le bébé avec l’eau du bain, lui qui est historiquement pro-européen? Christian Levrat s’en est expliqué longuement lundi. Résumé.


Protection des salaires avant toute chose

Pour Levrat, la question principale est simple. «Comment protégeons-nous les salaires suisses, qui sont les plus hauts en Europe, dans un pays où nous avons l’immigration la plus haute d’Europe?» La hantise du PS, c’est le nivellement par le bas des salaires suisses sous la pression de l’UE. Levrat cite l’exemple d’un avocat italien qui ferme son étude à Milan pour venir travailler dans une étude tessinoise pour 3500 francs suisses. En défendant un souverainisme salarial, le PS n’a-t-il pas tourné casaque? Non, répond Levrat. «Nous disons depuis 1998 que nous acceptons la libre circulation des personnes uniquement avec des mesures d’accompagnement.»


Contradiction avec l’objectif PS d’adhésion à l’UE

Le PS a toujours dans son programme l’objectif d’adhérer pleinement à l’Union européenne. Comment peut-il défendre un souverainisme salarial alors qu’en tant que membre de l’UE la Suisse devrait reprendre les règles de base du droit du travail européen? «Au Parlement européen, nous pourrions peser en faveur de réglementations plus protectrices», répond Christian Levrat dans un premier temps. Il voit d’ailleurs dans la montée des partis populistes en Europe une demande forte de protection sociale. Dans un deuxième temps, Christian Levrat ne cache pas qu’il s’inspirerait aussi de l’exemple luxembourgeois. «Ce pays a des salaires hauts et une immigration forte. Il prend également des mesures de protection salariale. Et quand ces dernières sont remises en cause par la Cour européenne de justice, il en prend de nouvelles.»


Sanctions de l’UE contre la Suisse pas redoutées

Vouloir renégocier avec l’UE, c’est bien joli. Mais cette dernière a déjà annoncé que les négociations étaient terminées et que des sanctions seront prises si la Suisse refuse de parapher l’accord institutionnel. La menace n’est pas théorique puisque l’UE a fait savoir qu’elle n’accorderait plus, par exemple, l’équivalence boursière à la Suisse dès la fin de juin. Cela n’impressionne pas vraiment Christian Levrat. «Il est clair que cela va secouer. Mais attendons d’abord de voir le résultat des élections européennes. Il va y avoir un nouveau Parlement et une nouvelle Commission. Et, avec le Brexit, la Suisse ne sera pas au centre des préoccupations de la future UE.»


Les jalons pour un nouveau compromis avec l’UE

Christian Levrat rejette déjà la responsabilité de l’échec d’un accord institutionnel sur les conseillers fédéraux PLR, Ignazio Cassis et Johann Schneider-Ammann. Ces derniers auraient tout fait capoter en acceptant de franchir les lignes rouges et de négocier à la baisse un assouplissement des mesures de protection salariale. Levrat estime qu’il faut élaborer un nouveau compromis et que cela va prendre du temps. Le PS joue-t-il la montre jusqu’aux élections fédérales pour ensuite donner le feu vert à un accord contenant quelques concessions envers les travailleurs âgés ou l’obligation de conventions collectives dans certaines branches? Levrat le dément formellement. Il souhaite exclure le droit du travail suisse des compétences de l’UE. «C’est la situation actuelle. Et nous avons des mesures de protection plus efficaces que les pays voisins contre les bas salaires.» Pour lui, il est inacceptable de laisser filer les rémunérations vers le bas, à 8 euros de l’heure, comme c’est le cas dans certains pays proches.

Créé: 08.01.2019, 06h40

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