Passer au contenu principal

«L’affaire CarPostal est un scandale d’Etat»

Le conseiller national Olivier Feller accuse le Conseil fédéral d’avoir failli à sa tâche

L’élu dénonce tout une série de dysfonctionnements.
L’élu dénonce tout une série de dysfonctionnements.
Florian Cella

Le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD) n’est pas vraiment un élu sanguin. Mais plus il tire sur la pelote de l’affaire CarPostal et de ses malversations financières, plus la moutarde lui monte au nez. Alors que La Poste et le Département de Doris Leuthard sont entendus par la Commission des transports du National, il estime déjà que «cette affaire est un scandale d’État». Elle nuit certes à la réputation de La Poste, qui a détourné des dizaines de millions et qui se voit soupçonnée désormais d’autres turpitudes. Mais elle met aussi en cause la Confédération et son rôle de propriétaire. Parole à l’accusation.

Un Conseil fédéral passif et d’une discrétion rare

«Les sociétés comme Novartis ou UBS sont mieux surveillées par leurs actionnaires que La Poste par son actionnaire unique qu’est la Confédération. Dans une assemblée d’une entreprise privée, les actionnaires n’hésitent pas à questionner les organes dirigeants. Une tendance qui s’est renforcée avec les investisseurs institutionnels. Le Conseil fédéral, lui, se désintéresse de la gestion de La Poste. Doris Leuthard a dit devant le National que le gouvernement se bornait à s’occuper des questions stratégiques. Résultat? Quand le Conseil fédéral est mis au courant de malversations avérées chez CarPostal de plusieurs dizaines de millions le 14 novembre 2017, il ne lance pas immédiatement une enquête indépendante. Il ne révèle pas non plus l’affaire publiquement, prétextant que La Poste doit d’abord prendre position. L’affaire sera dévoilée en février 2018 par un communiqué de l’Office fédéral des transports. Le Conseil fédéral n’a rien fait. C’est inadmissible sur le plan de la gouvernance.»

Une Doris Leuthard floue et peu active sur le dossier

«Les comptes 2016 de CarPostal n’ont toujours pas été approuvés alors que le Conseil fédéral a donné décharge pour les comptes 2016 de La Poste dans leur entier. Comment cela est-il possible? Doris Leuthard n’a pas répondu à cette question de façon claire devant le National. On ne sait toujours pas qui a rejeté les comptes de CarPostal ni à quelle date. Doris Leuthard d’ailleurs se contente de réagir plutôt que d’être proactive dans le dossier. L’enquête sur les années 2016-2017 de la task force, qui inclut son secrétariat général, a été dévoilée par la bande. Et il a fallu une pression politique pour que soudain on apprenne que l’enquête de FedPol se prolongera au-delà de 2015. Cette communication inhabituelle de Doris Leuthard nourrit les soupçons de ceux qui pensent qu’elle essaie de protéger son collègue de parti et président de La Poste Urs Schwaller. C’est regrettable.»

La Poste retient des infos

«CarPostal et La Poste ont refusé de transmettre des documents à l’Office fédéral des transports (OFT) pendant une bonne partie de l’année 2017. Il a fallu une réunion au sommet entre la patronne de La Poste et le chef de l’OFT pour que les choses se débloquent. Une fois les documents transmis, l’OFT a constaté les malversations et l’affaire a éclaté. On ne sait toujours pas qui est responsable de la rétention d’informations pendant des mois. C’est inadmissible pour une entreprise en mains publiques et subventionnée. Quelle est la responsabilité de Ruoff et Schwaller? Ce dernier a enfin consenti, après une pression médiatico-politique, à renoncer à piloter l’enquête interne. Et puis il y a le scandale du nouveau modèle comptable appliqué à CarPostal depuis 2016. Il est tellement opaque que l’OFT n’a toujours pas réussi, pour l’heure, à déterminer avec certitude si les malversations se sont poursuivies en 2016 et 2017, même s’il considère que c’est probable. C’est incompréhensible d’avoir un tel système.»

De nombreuses enquêtes pour noyer le poisson

«Le Conseil fédéral aurait pu immédiatement commander une enquête indépendante, complète et qui ne s’étire pas sur des années. On aurait pu la confier au Contrôle fédéral des finances ou à toute autre entité indépendante. Au lieu de cela, nous avons de multiples enquêtes, de portée et de timing différents: une de La Poste, une de la Police fédérale, une du Contrôle fédéral des finances et enfin une de l’Administration fédérale. On saucissonne les enquêtes de manière à diluer les responsabilités. Difficile ensuite d’avoir une vue d’ensemble sur la totalité de la période allant de 2007 à 2017.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.