L’affaire Garnier tourne au vinaigre entre Verts et PS

AllianceLa division de la gauche à Fribourg fait des vagues au niveau national. Christian Levrat se défend de tout intérêt personnel.

La stratégie du PS passe mal du côté de la vice-présidente des Verts Lisa Mazzone.

La stratégie du PS passe mal du côté de la vice-présidente des Verts Lisa Mazzone. Image: Keystone

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La foire d’empoigne qui entoure la succession de la Verte démissionnaire Marie Garnier fait du grabuge jusqu’à Berne. L’élection complémentaire au gouvernement fribourgeois aura lieu le 4 mars. UDC et PLR sont sur les rangs. Mais c’est la division de la gauche qui étonne. En annonçant son intérêt, la conseillère nationale socialiste Valérie Piller Carrard a suscité l’ire des instances nationales du parti écologiste.

«Je suis tombée de ma chaise, s’exclame Lisa Mazzone, vice-présidente des Verts suisses. Lancer une candidature socialiste pour la succession d’une écologiste alors qu’une candidate Verte est déjà déclarée (ndlr: la députée Sylvie Bonvin -Sansonnens), ce n’est pas une façon de se comporter entre partenaires.»

Ce qui gêne la Genevoise, ce sont les arguments mis en avant pour justifier cette OPA. «On laisse entendre que le PS est seul à pouvoir conserver un siège de gauche, alors que le résultat dépendra de la solidité des alliances et que nous avons une candidate reconnue. J’ai l’impression qu’on met de côté l’intérêt de la gauche pour répondre à des plans de carrière personnels.»

Le courroux des Verts est à la hauteur de l’enjeu. Il s’agit en effet d’un des trois seuls sièges gouvernementaux dont dispose le parti en Romandie. «Je regretterais la perte de ce siège, réagit Regula Rytz, présidente du parti national. Il est important que Fribourg ait une voix écologiste au gouvernement. La section cantonale va présenter une candidature forte, bien intégrée dans les milieux écologiques et agricoles.» Et de rappeler que, dans la plupart des cantons, PS et Verts font cause commune lors des élections et profitent de leur complémentarité.

Piquée au vif, Valérie Piller Carrard ne se laisse pas démonter. «Ceux qui me connaissent savent que je ne poursuis pas un objectif personnel. Ma réflexion est tout autre. Ce siège doit rester à gauche, et je pense avoir les qualités nécessaires pour le sauver. Élue à deux reprises au Conseil national, je peux convaincre au niveau cantonal. La configuration est particulière. Il s’agit d’une élection complémentaire, pas d’une élection traditionnelle, où nous pourrions faire liste commune.»

N’aurait-il tout de même pas fallu discuter plus tôt d’une stratégie avec les Verts, eux qui estiment avoir été mis devant le fait accompli? «Cette démission a pris tout le monde de court, mais des discussions ont lieu entre nos partis. Il est primordial qu’on soit unis face à la droite.»

Dépasser les états d’âme

Cette dernière peut compter sur un soutien de poids, celui du président du PS, le Fribourgeois Christian Levrat. «Ce siège n’est ni socialiste ni Vert. Il a été gagné par l’Alliance de Gauche. En 2011, nous avions estimé que c’était Marie Garnier qui était la mieux placée pour le défendre. Le PS avait renoncé à présenter un candidat supplémentaire. Aujourd’hui, il serait faux d’en faire un mini-pré carré écologiste. La question qui se pose est quelle est la meilleure stratégie pour empêcher que la droite ne s’en empare. Cet enjeu doit dépasser les états d’âme des uns et des autres.» Et de démentir les rumeurs qui le voient surgir entre deux tours de scrutin pour sauver le siège in extremis. «C’est exclu. Cette idée de l’homme providentiel, les gens n’en veulent pas.»

Vice-présidente du parti suisse, Géraldine Savary (PS/VD) relativise les choses. «La droite ne part pas unie dans cette bataille, on peut donc comprendre qu’il y ait aussi une Verte et une PS. Le premier tour serait une sorte de primaire.» Et de rappeler que si les alliances de gauche sont une quasi-tradition en terres vaudoises, à Genève la gauche partira divisée dans la course au Conseil d’État l’an prochain. «Il y a différentes logiques cantonales.»

Le beau-frère de Levrat

Mais si cette affaire prend une telle ampleur, c’est aussi parce qu’elle revêt un aspect très personnel, qui touche directement le président du PS. Ils sont plusieurs à Fribourg et sous la Coupole à rappeler que si la socialiste est élue, le premier des viennent-ensuite qui fera son entrée sous la Coupole n’est autre que Pierre Mauron, le beau-frère et ami d’enfance de Christian Levrat. «Ça va pousser le PS à travailler d’arrache-pied pour cette campagne», glisse un élu bourgeois du canton.

Interrogée à ce sujet, Valérie Piller Carrard refuse «d’entrer dans ce jeu-là». Quant au président du PS, il balaie les critiques d’un revers de main. «Ça ne joue aucun rôle. Tout au plus ça montre la médiocrité des gens.»

Toute cette affaire peut-elle laisser des traces entre Verts et socialistes? «Absolument pas, répond Christian Levrat. C’est une affaire fribourgo-fribourgeoise.» Et Lisa Mazzone de conclure: «Le PS reste notre partenaire privilégié. Les Verts tiennent à ces alliances. Ce cas est une exception, et j’espère que nous trouverons un terrain d’entente.» (24 heures)

Créé: 30.11.2017, 21h07

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