L'affaire Maudet inquiète jusqu'au Conseil fédéral

GenèveDes ministres s’agitent et prient pour que l’affaire Maudet cesse au plus vite. L’image de Genève souffre. À Berne, ce qui a trait au magistrat PLR est devenu toxique.

Des conseillers fédéraux sont ulcérés par le dégât d’image de l’affaire Maudet.

Des conseillers fédéraux sont ulcérés par le dégât d’image de l’affaire Maudet. Image: PETER KLAUNZER

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On a patienté, mais maintenant ça suffit! En Suisse alémanique, et en particulier dans la Berne fédérale, l’affaire Maudet a d’abord surpris. Puis elle a été relativisée comme une nouvelle Genferei dont les autres Confédérés sont friands. Ce n’est plus le cas désormais. Depuis l’assemblée de mardi soir et le soutien relatif reçu par Pierre Maudet par la base du PLR genevois, on est passé outre-Sarine à un jugement moral sévère sur cette affaire hors norme.


L'éditorial: Maudet nuit à la Suisse romande


À tel point que des conseillers fédéraux s’inquiètent désormais de ces répercussions sur les institutions suisses. «Tous les politiciens comprennent les dégâts que ça peut faire aux institutions et à la classe politique en général», souligne un connaisseur de la Berne fédérale.

Évidemment, l’affaire Maudet n’a pas été portée officiellement à l’ordre du jour d’une séance du gouvernement, qui n’a d’ailleurs aucune compétence pour intervenir. Mais selon différentes sources croisées et concordantes, des ministres abordent la situation entre eux et essaient désormais de donner des signaux à l’extérieur: il faut que cela cesse!

La crédibilité générale en jeu

Posez-leur la question, ils nieront. «Aucun conseiller fédéral ne sera d’accord de parler de ça avec un journaliste», nous indique un interlocuteur. Mais le président du Conseil d’État genevois, Antonio Hodgers, l’a confié jeudi matin sur les ondes de la RTS: «J’ai eu personnellement les retours de deux conseillers fédéraux qui s’inquiètent fortement de l’image de Genève à Berne. Il est important aujourd’hui de passer à autre chose.»

Selon les différents témoignages que nous avons recueillis – des personnes qui ne veulent pas apparaître publiquement, c’est décidément trop risqué – ces conseillers fédéraux ne s’inquiètent pas uniquement pour l’image de Genève à Berne. Ils redoutent plus généralement la perte du bien le plus précieux de toutes les personnes engagées en politique, surtout dans une démocratie directe: la crédibilité. «Le fait de voir que Pierre Maudet est prêt à ce point à prendre en otage la confiance qu’ont les électeurs dans le système politique les fait bondir, explique un interlocuteur. Surtout en année électorale et sur fond de mouvement des «gilets jaunes» en France. L’affaire Maudet a le pouvoir de massacrer la foi de simples citoyens – ceux qu’on n’entend pas dans les médias et qui ne participent pas aux assemblées de partis – dans le système politique.»

N’est-ce pas donner trop d’importance à un seul homme? «Si l’affaire Pierre Maudet est sur toutes les lèvres, c’est parce qu’il était le premier de classe, le politicien emblématique d’une génération. Et n’oubliez pas qu’il est l’homme politique romand le plus connu de Suisse alémanique. C’est le chouchou du «Blick», explique notre fin connaisseur de la politique fédérale, en référence à la chronique que tient le magistrat dans le quotidien zurichois. Et il s’est trouvé aux portes du Conseil fédéral, ça marque.

D’autres interlocuteurs relativisent: tous les départements fédéraux n’en font pas une maladie. Mais ils reconnaissent aussi que l’affaire Maudet prend désormais une tournure beaucoup plus pesante. «Les Suisses alémaniques ont pris une distance amusée par rapport à ces affaires. Mais là, le PLR Suisse et sa présidente, Petra Gössi, se sont tellement engagés que l’histoire a désormais une portée fédérale», confesse un proche de ministre. Cette intervention a été une grossière erreur, le rejoint un collègue. «Les interventions du PLR Suisse ne font que renforcer Pierre Maudet. Dans un système fédéraliste et dans un parti aussi fédéraliste que l’est le PLR, on déteste qu’on se mêle des affaires cantonales.»

De surdoué à paria

Dans l’Administration fédérale, Pierre Maudet est ainsi passé de surdoué à paria. «Plus personne ne veut apparaître en photo à ses côtés. Et il ne peut plus monter à Berne pour négocier quoi que ce soit», souligne un parlementaire.

«Si ici à Genève, certains tendent à relativiser les agissements de Pierre Maudet, ils ne se rendent pas compte du dégât d’image à l’extérieur», nous confirme un responsable politique local.

Non seulement Pierre Maudet est devenu un paria, mais les dossiers portant sa patte, de même que de manière assez tragique les anciens proches qui lui ont fait confiance comme la grande majorité des Suisses, sont considérés comme toxiques à Berne. «Personne ne veut se brûler les mains», confirme une source à l’interne de l’Administration fédérale. «On est dans une situation d’affaiblissement des rapports entre Genève et Berne en tout cas là où Pierre Maudet est actif», évoque un parlementaire. «Parce qu’on se demande si ce qu’il dit ou a dit était vrai», ajoute un autre élu.

La Genève numérique cherche une tête

Ainsi, les grands dossiers que sont les transports ou encore la péréquation financière n’ont pas eu à pâtir, au niveau fédéral, de la situation genevoise. En revanche, les ambitions de la Genève internationale se cherchent un nouveau porte-parole. La ville pourrait en effet devenir la capitale mondiale de la cybersécurité et du numérique. Or c’est Pierre Maudet qui incarnait ce dossier. Aujourd’hui, l’Administration cantonale genevoise a pris le relais. Certains cherchent une tête. «S’il devait y avoir un problème pour la Genève internationale, il faudrait que le nouveau président, Antonio Hodgers, reprenne ça en main», note-t-on au sein de la diplomatie suisse. «On n’a plus de voix pour défendre cela à Berne. Mais je ne jette la pierre à personne. Antonio Hodgers ne peut pas tout faire», ajoute un parlementaire genevois.

En attendant, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) poursuit son offensive. Et au Forum de Davos, c’est l’organisme Présence Suisse du Genevois Nicolas Bideau qui fera de mardi prochain le «Geneva Day» dans la station grisonne. Au programme figure la présentation du rôle de Genève dans la gouvernance mondiale d’internet. Comme si de rien n’était.

Créé: 17.01.2019, 21h38

Tous les vieux clichés ressurgissent

Conséquence de l’affaire qui agite Genève autour de Pierre Maudet, l’image du canton et des Genevois en a pris un sacré coup au-delà de la Versoix. Un employé de la Confédération le confirme: «Une profonde incompréhension règne à Berne par rapport à la manière de fonctionner de Genève.» Les parlementaires fédéraux se sentent décrédibilisés. «Les Genevois sont devenus la risée, et ce dans tous les partis. Cette affaire, ajoutée à celle des notes de frais à la ville, a amené un certain discrédit», explique l’un d’entre eux, qui tient à son anonymat. Cela imprègne les conversations.

«Nos collègues suisses alémaniques nous font comprendre de manière implicite qu’avant de venir prétendre des choses sur la scène fédérale, nous devons d’abord faire de l’ordre chez nous», ajoute cet élu genevois.

Mais les parlementaires ne sont pas les seuls à pâtir du dégât d’image. «Même moi qui n’ai rien à voir avec ce dossier, je trouve cela pesant», confie une Genevoise qui travaille et habite la Suisse alémanique. Pour ce Genevois de Berne, «l’affaire Maudet a renforcé tous les clichés dont on a essayé de se débarrasser depuis des années». Et de citer l’exposition «Genève autrement», organisée dans la Berne fédérale il y a quelques années, qui avait amené avec succès les Confédérés à s’interroger sur leur perception du canton de Genève et de ses habitants. «Tout ce mouvement a été balayé en six mois!»

De vieux clichés ressurgissent ainsi jusque dans la bouche de la présidente du PLR Suisse, Petra Gössi. La Schwytzoise estime que les problèmes genevois s’expliquent par une «autre notion de l’État en Suisse romande». Cela a eu le don de faire sortir le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD) de sa réserve: «Les problèmes du PLR GE ne s’expliquent pas par une «autre notion de l’État en Suisse romande». Les causes sont à chercher du côté de Maudet et de 341 membres du PLR GE. OK?» a-t-il tweeté, en s’adressant à Petra Gössi.

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