L'affaire «Car Postal» fait rouler la tête de Susanne Ruoff

La PosteLa directrice s’en va un jour avant la publication des enquêtes. Elle s’excuse mais nie avoir été au courant des détournements.

Susanne Ruoff: «Je voudrais m’excuser personnellement pour les incidents  et les troubles  à CarPostal».

Susanne Ruoff: «Je voudrais m’excuser personnellement pour les incidents et les troubles à CarPostal». Image: Keystone

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Coup de tonnerre dimanche soir. Susanne Ruoff, patronne de La Poste, fait savoir par l’entremise d’une agence de communication qu’elle jette l’éponge. Elle démissionne avec effet immédiat de son poste de directrice générale, qu’elle assume depuis septembre 2012. Elle tire ainsi les conséquences de l’affaire «Car Postal», où plus de 100 millions de francs ont été détournés (lire la chronologie ci-dessous).

«Je voudrais m’excuser personnellement pour les incidents et les troubles à CarPostal», déclare-t-elle. Elle assume la responsabilité globale des irrégularités mais nie avoir eu connaissance des détournements. Elle reconnaît cependant, après lecture des rapports d’enquête, qu’il existait certains indices témoignant «de pratiques comptables illégales». Comment dès lors l’alarme rouge n’a-t-elle pas sonné chez elle? Elle met en cause les réviseurs. «Comme dans toute entreprise, j’ai fait confiance aux systèmes de contrôle interne et externe.»

La démission de Susanne Ruoff n’est pas vraiment une surprise. Celle qui avait tenté de minimiser l’affaire au départ en parlant d’un problème dans un «coin de l’entreprise» était toujours plus sous pression. En tant que directrice générale, elle était prise entre deux feux: soit elle avait couvert les malversations, et elle devait payer de sa tête; soit elle ne savait rien, et comme cheffe gagnant 1 million de francs par année, c’était inacceptable.

On devrait en savoir plus sur les manquements de La Poste ce lundi. Le géant jaune a convoqué une conférence de presse à Berne. Son président du conseil d’administration, Urs Schwaller, présentera les enquêtes internes sur les détournements à CarPostal et les mesures qu’il compte prendre. L’une d’elles était sans doute de couper la tête de sa directrice. Celle-ci ne lui en a pas laissé le temps. Elle a préféré lui couper… l’herbe sous les pieds en annonçant avec fracas sa démission dimanche soir sans passer par le service de communication de La Poste. Ce dernier, devant ce qu’il faut bien voir comme un geste de défiance, a réagi de façon laconique: «Le conseil d’administration a pris acte de la démission de Madame Ruoff. Le conseil d’administration a pris ses décisions. Il les communiquera lundi et mettra les rapports à la disposition du public.»

«Passivité irresponsable»

Le départ de Susanne Ruoff est accueilli avec soulagement dans le milieu politique. «Enfin!» s’exclame le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD), très critique sur ce dossier. «La communication de La Poste a consisté à enfumer l’opinion publique pendant des mois. De sérieux indices permettent d’affirmer que la directrice avait fauté. Comme lors de la rétention d’informations de La Poste auprès de l’Office fédéral des transports pendant l’année 2017.»

Mais Olivier Feller estime que le dossier n’est pas clos pour autant. «Comment se fait-il qu’Urs Schwaller présente les enquêtes? Il cherche à échapper à son éventuelle responsabilité. 30 millions ont été détournés par CarPostal en 2016 et 2017 alors qu’il était en poste.» L’élu vaudois déplore encore «la passivité irresponsable» du Conseil fédéral qui a mis des mois avant de communiquer et d’agir face au scandale.

À gauche aussi, le ton est peu amène. Le chef du groupe parlementaire du PS, Roger Nordmann, considère que la démission de Ruoff était inéluctable. «Elle n’a pas compris la gravité des problèmes. Son management reflétait une culture toujours plus éloignée du service public. La Poste a d’ailleurs toujours plus de mal, pour remplacer les offices postaux, à trouver des agences postales vu les conditions offertes.» Roger Nordmann estime en revanche qu’Urs Schwaller, s’il n’a pas tout fait juste, n’est pas responsable de l’affaire CarPostal. «En tant que président, il n’est pas dans l’opérationnel.»

Âgée de 60 ans, ayant longtemps travaillé pour IBM et parlant bien le français, Susanne Ruoff quitte une entreprise de 60'000 personnes qu’elle aura passablement transformée. Sous son règne, le géant jaune a accompli une mue digitale nécessaire. Mais les suppressions d’offices postaux, menées tambour battant, lui ont attiré toujours plus d’ennuis politiques. Elle restera comme la première femme à avoir dirigé La Poste.

Créé: 10.06.2018, 22h14

Le scandale Car Postal en 6 points

L’affaire

Elle éclate le 5 février 2018. L’Office fédéral des transports (OFT) révèle que CarPostal a reçu de l’argent en trop pour effectuer les prestations commandées par ce même office. Au lieu de le signaler, cette filiale de La Poste a transféré l’argent dans d’autres domaines pour l’utiliser à son gré. On parle alors de 78 millions de francs de bénéfices indus. L’OFT dit avoir découvert le pot aux roses lors d’une révision des comptes faisant suite à la transformation de l’entreprise en holding.

Malversations

L’enquête ouverte par l’OFT n’a pas permis de découvrir une logique dans ces manœuvres, mais montre qu’elles ne sont pas le fait d’une seule personne. Les malversations portent sur des milliers d’écritures. L’OFT estime qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel. La Poste assure qu’elle remboursera à la Confédération et aux cantons l’intégralité de la somme.

Période

Si les montants à rembourser concernent la période de 2007 à 2015, ils vont dépasser les 100 millions en comptant les années 2016 et 2017.

Ampleur

Toutes les régions desservies par CarPostal sont concernées. Mais les cantons lésés semblent être principalement ceux des périphéries. À noter que la Confédération et les cantons versent chaque année 340 millions de francs à CarPostal Suisse.

Enquêtes externes

Dès les premières révélations, les politiques demandent au Conseil fédéral de faire toute la lumière sur cette affaire. Après que le Ministère public de la Confédération et le Parquet général du canton de Berne se sont renvoyé le problème – tous deux estiment ne pas être compétents pour juger ces irrégularités – Doris Leuthard décide le 27 février de confier la procédure pénale administrative contre La Poste à Fedpol. Le Contrôle fédéral des finances et l’Administration fédérale s’emparent également du dossier.

Enquêtes internes

La Poste ouvre deux enquêtes internes. Les conclusions seront présentées ce lundi. Urs Schwaller, président du conseil d’administration, informera des mesures prises.

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