La fin de l’élevage intensif ressemblerait à ça

AgricultureUne initiative exige de nouveaux standards minimaux pour les bêtes. Quel serait l’impact pour les éleveurs? Décryptage.

Un élevage bio de poules pondeuses dans le canton de Zurich.

Un élevage bio de poules pondeuses dans le canton de Zurich. Image: Keystone

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L’organisation alémanique Sentience Politics appelle cela l’illusion du Heidiland. Selon ce laboratoire d’idées antispéciste, l’industrie alimentaire entretient l’image de vaches, porcs et poulets d’élevage menant une existence heureuse dans un cadre verdoyant. La réalité est tout autre pour nombre d’animaux, dénonce-t-il. Mardi, il a déposé à Berne l’initiative fédérale «Non à l’élevage intensif en Suisse», munie de plus de 100 000 paraphes. Le peuple sera vraisemblablement appelé aux urnes pour dire s’il souhaite la fin des élevages «visant à rendre la production de produits d’origine animale la plus efficace possible et portant systématiquement atteinte au bien-être des animaux».

Les initiants, qui s’attaquent aussi à l’impact environnemental de l’élevage industriel, ont rallié de nombreux soutiens de poids à leur cause, dont Les Verts, Greenpeace, la redoutable Fondation Franz Weber et des politiques de tous bords, UDC comme écologistes. Du côté des opposants, l’Union suisse des paysans montre les crocs. Mardi, elle a affirmé que l’élevage intensif était inexistant dans notre pays. «Une mauvaise plaisanterie, réagit Vera Weber, présidente de la Fondation Franz Weber. En Suisse, on peut garder une dizaine de cochons de 100 kg dans un espace aussi restreint qu’une place de parc ou jusqu’à 27 000 poules de chair dans une exploitation. Si ce n’est pas de l’élevage intensif, je veux bien être pendue.»

Pour garantir le bien-être des bêtes d’élevage, les initiants demandent de nouveaux standards minimaux. Les exploitations devraient respecter au moins le cahier des charges de Bio Suisse. Qu’est-ce que cela signifierait pour les vaches, cochons et poules suisses?

Des poules moins serrées

La législation suisse autorise aujourd’hui jusqu’à 18'000 poules pondeuses par exploitation. Chacune doit avoir à sa disposition au moins 0,12 m2 (soit 30 × 40 cm) de surface au sol. C’est plus que le minimum prévu au sein de l’Union européenne (0,075 m2 par bête), où les élevages contiennent souvent plus de 100'000 poules. Dans un poulailler suisse conventionnel, chaque mètre carré regroupe 7 à 17 poules. La loi n’oblige pas à aménager de basse-cour. Plus de 80% des poules élevées en Suisse ne mettent jamais les pieds dans une prairie, souligne Sentience Politics.

Si un élevage helvétique devait respecter au minimum les normes Bio Suisse, il ne pourrait plus compter davantage que 2000 poules pondeuses sous le même toit. Il devrait par ailleurs garantir près de deux fois plus de place à l’intérieur (au moins 0,2 m2 par bête) ainsi que 5 m2 de «surface enherbée» par poule.

Les cochons pourraient sortir

En vertu du droit suisse, un élevage traditionnel doit offrir à ses bêtes de la lumière du jour, mais ni accès à l’extérieur ni litière ne sont obligatoires. Les sorties en plein air ne sont pas exigées. Selon les initiants, 50% des cochons suisses sont abattus sans avoir jamais vu le ciel.

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La surface minimale qui doit être réservée en moyenne à un porc à l’engraissement est de 0,9 m2. C’est plus qu’au sein de l’UE, où la limite est de 0,65 m2. Un porc bio a beaucoup plus de place: 1,65 m2, dont une aire extérieure de 0,65 m2. Bio Suisse exige aussi que les bêtes puissent sortir plusieurs heures par jour. Mais la «réalité du plein air correspond le plus souvent à des courettes à ciel ouvert avec un revêtement dur», souligne la Fédération romande des consommateurs (FRC), qui regrette que l’élevage au pâturage reste une exception. La plupart des 2,7 millions de cochons abattus chaque année en Suisse n’ont jamais vu un brin d’herbe de leur vie.

Le droit suisse interdit de détenir plus de 1500 porcs à l’engrais. Bio Suisse n’est pas plus strict – même si la majorité des exploitations labellisées comptent 1 à 50 bêtes. Les initiants plaident pour une limite de 20 animaux par stalle; un éleveur pourrait cependant détenir plusieurs groupes à différents endroits. Sur le principe, la FRC soutient aussi des exploitations de taille limitée. «Les petits élevages ont moins besoin de traiter leurs bêtes aux antibiotiques et ont un plus faible impact environnemental», argumente Laurianne Altwegg, responsable agriculture à la FRC.

Au niveau de l’alimentation, les porcs bios doivent manger de l’herbe, du foin ou des cultures de champs récoltées en plante entière. Rien de tel n’est prévu pour l’élevage conventionnel.

Des vaches mieux nourries

La législation suisse prévoit un espace de 3 m2 par bovin. Dans un élevage conventionnel, une vache peut être gardée attachée pendant neuf mois si elle bénéficie les nonante jours restants d’une sortie quotidienne – dont la durée minimale n’est pas définie.

Les éleveurs bios doivent respecter les standards prévus par le programme fédéral SRPA (sorties régulières en plein air). Celui-ci prévoit que les animaux doivent être vingt-six jours par mois au pâturage du printemps à l’automne et treize jours par mois au parcours en hiver. Le standard bio permet de garder des bovins attachés seulement si ces conditions sont respectées. Sentience Politics milite pour l’interdiction de la stabulation entravée.

Bio Suisse prévoit aussi des normes plus strictes d’affouragement. Les fermes labellisées doivent garantir 75 à 80% d’herbe fraîche aux ruminants.

Créé: 19.09.2019, 18h53

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