Les aînés et l’habitat du futur

HébergementL’évolution des besoins des seniors amène à repenser les logements et les offres de soins.

<b>Moderne </b> La Résidence Agate, ouverte fin?août 2015 à Yverdon-les-Bains, offre un nouveau concept d’hébergement pour les personnes âgées.

Moderne La Résidence Agate, ouverte fin?août 2015 à Yverdon-les-Bains, offre un nouveau concept d’hébergement pour les personnes âgées. Image: VANESSA CARDOSO

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«Lorsqu’on parle de l’hébergement des personnes âgées, on pense souvent à l’EMS, indique Judith Bucher, responsable médias de Pro Senectute Suisse. Or il s’agit de plus en plus d’une image dépassée par la réalité.» En effet, les aînés sont toujours plus nombreux à vivre dans des logements ordinaires, souvent dans la maison ou l’appartement qu’ils occupaient avant la retraite.

Selon l’étude Vieillir chez soi, commandée par Pro Senectute à la Haute Ecole de Saint-Gall (HSG), 90% des personnes de plus de 65 ans vivent chez elles. Pour les plus de 85 ans, cette proportion est encore de 57%. Et, selon les chercheurs, cette situation ne devrait guère varier dans les quinze ans à venir.

Le fait que les personnes âgées occupent plus longtemps un logement indépendant est, en soi, réjouissant, souligne Pro Senectute, mais il n’est pas sans inconvénients non plus. D’une part, ces habitats, souvent trop grands, pourraient être mieux utilisés par des familles. Surtout, cette évolution entraîne un transfert des charges des institutions d’hébergement vers les services d’aide à domicile.

Explosion de l’aide à domicile

Ainsi, la HSG estime à 50% l’augmentation des coûts de l’aide à domicile d’ici à 2030. «Or, souligne Judith Bucher, les gens paient de leur poche l’essentiel des services à domicile.» En effet, ces services ne sont en général pas prescrits médicalement, ce qui signifie qu’ils ne sont pas pris en charge par l’assurance-maladie. En outre, les tarifs sont libres, donc très disparates.

Forte de ces constats, l’association des homes et institutions sociales Curaviva a élaboré un «modèle d’habitat et de soins 2030». Cette vision est destinée à répondre au vieillissement de la génération des baby-boomers, et en particulier aux besoins des personnes de plus de 80 ans. Depuis les années 1980, la qualité du logement a gagné en importance par rapport aux soins, avec la reconnaissance de valeurs telles que l’individualité, l’autonomie et le libre choix des personnes âgées, souligne Curaviva.

«Lorsqu’on parle de l’hébergement des personnes âgées, on pense souvent à l’EMS. Cette image est dépassée par la réalité»

Aujourd’hui, leur prise en charge a franchi une étape supplémentaire avec le respect de la sphère privée, la volonté de conserver les standards de vie antérieurs, la vie en communauté et au sein de l’espace public. Fini l’EMS perdu dans la campagne, certes dans un cadre splendide, mais loin de tout!

Selon Curaviva, l’institution du futur ne doit plus être conçue comme une grande maison, mais comme une structure de plus petite taille, décentralisée et offrant des services adaptés aux besoins variés des personnes âgées. Ce, en vertu du concept de gérontologie de «l’adéquation entre la personne et l’environnement». Et en collaboration avec les prestataires de soins. L’idée est de permettre à la personne âgée de rester chez elle si elle le souhaite, de conserver son réseau et de recourir à des aides si nécessaire.

Concepts à revoir

Pour l’association des homes, ce recentrage sur les aspirations des personnes âgées implique une révision des concepts aujourd’hui en vigueur, notamment la planification des lits. La souplesse recherchée commande de revoir aussi le financement, qui est réparti actuellement entre l’assurance-maladie, les collectivités et les résidents eux-mêmes. En outre, Curaviva préconise de repenser les critères d’attribution des prestations complémentaires, pour ne pas favoriser un modèle plutôt qu’un autre – par exemple les institutions au détriment des appartements protégés ou des logements personnels.

Partisan d’une vision globale de l’accompagnement et des soins aux personnes âgées, Pro Senectute partage l’analyse de Curaviva. Par exemple, le principe «ambulatoire (dans le sens d’aide et de soins à domicile) avant stationnaire» est dépassé et doit être remplacé par «ambulatoire et stationnaire», car ces prestations sont largement imbriquées et ne procèdent pas d’une évolution à sens unique.

Loi fédérale cadre

Pro Senectute va plus loin sur le plan du financement. Si une simplification est certes nécessaire, un débat de fond doit être engagé. En effet, l’organisation d’aide aux personnes âgées rappelle que l’étude de la HSG montre que les coûts de l’aide à domicile vont passer de 7,2 à 10,5 milliards de francs d’ici à 2030. Aujourd’hui, une moitié de ces frais sont déjà à la charge des bénéficiaires. Afin de sortir de l’impasse qui se dessine, Pro Senectute propose d’instaurer une loi fédérale cadre fixant les droits des personnes âgées à l’aide et aux soins à domicile ainsi que les modalités de financement et de fourniture.


Les phases du vieillissement et de la fragilisation

Rapport Outre le rapport Vieillir chez soi – Situation démographique initiale et coûts de la santé, Pro Senectute a publié l’automne dernier l’étude Agile, puis fragile, qui analyse la transition entre le 3e et le 4e âge.

3e et 4e âges L’âge «civil» n’étant pas un critère, le 3e âge est souvent considéré comme une phase de vie encore active, après la retraite, alors que le 4e est marqué par un besoin de soutien accru. En général, il débute par une phase assez longue de fragilisation pour aboutir à une courte période de dépendance et de besoin en soins.

Vieillissement et fragilisation La fragilisation est largement influencée par des facteurs économiques, sociaux, culturels et avant tout physiques: les personnes cumulant les déficits dans plusieurs domaines (par exemple manque de moyens financiers, isolement, difficultés linguistiques) sont d’autant plus vulnérables et donc tributaires de soutien. Evolution individuelle La fragilisation évolue de manière individuelle. Elle débute chez nombre de personnes par une perte d’énergie et des troubles de la vision, auxquels s’ajoutent souvent des difficultés psychiques.

Evénements critiques Le risque de vivre des événements de vie critiques augmente avec l’âge. Les personnes sont confrontées au décès de leurs contemporains. Le déclin physique accroît aussi le risque de chutes potentiellement graves.

Offres adaptées Les offres de soutien doivent tenir compte des facteurs de vulnérabilité (linguistiques, réticence à accepter une aide, etc.) si l’on veut qu’elles soient utilisées. A cet égard, le lieu où l’offre est proposée et les possibilités de transport pour s’y rendre sont importants.

Aide et soins La phase de fragilité entraîne un besoin non seulement d’aide mais aussi de soins. Bien qu’étroitement liés, ces domaines sont financés par des acteurs différents: les soins sont pris en charge par l’assurance-maladie jusqu’à un certain montant, par les cantons pour le surplus, alors que les aides (aide ménagère, transports, repas à domicile, etc.) sont payées par le bénéficiaire. Cette distinction accroît les inégalités et la vulnérabilité des personnes défavorisées, conclut l’étude de Pro Senectute.

Créé: 27.05.2016, 10h21

La résidence du futur s’est ouverte à Yverdon


André Allmendinger, directeur de la Fondation Saphir (Photo: OLIVIER ALLENSPACH)


De loin déjà, la Résidence Agate, à Yverdon-les-Bains, ne passe pas inaperçue. Le bâtiment, formé de cylindres emboîtés, accroche ses sept étages au coteau bien nommé de Bellevue, à proximité de la haute école et du gymnase. Ouvert fin août 2015, ce locatif de 36 logements protégés est présenté par l’association Curaviva comme un exemple d’intégration de l’hébergement et des soins aux personnes âgées.
«Nous proposons une offre diversifiée avec des deux-pièces et des trois-pièces ainsi que deux appartements destinés à des colocations pouvant accueillir jusqu’à six personnes», indique André Allmendinger, directeur de la Fondation Saphir, qui a construit Agate. Celle-ci comprend aussi une colocation pour sept étudiants, afin d’expérimenter la mixité générationnelle.

Avec leur cuisine équipée et adaptée, ces logements permettent aux locataires de continuer à vivre en toute indépendance, dans un environnement sécurisé. Ou de prendre leurs repas ensemble dans de très beaux espaces communautaires. Le principe est de laisser à chacun la liberté de recourir aux prestations hôtelières, au fitness, aux animations, mais aussi de s’entendre sur une sortie en ville, une promenade, selon ses affinités. «Beaucoup d’activités sont organisées spontanément par les locataires», indique Klara Fantys, responsable communication.

«Les locataires apprécient la beauté et le calme du quartier, constate le directeur. Le fait qu’un EMS soit en construction à proximité (ndlr: il sera ouvert en février 2017) est aussi perçu comme un facteur positif. Certaines personnes trouvent rassurante cette perspective de rester, le moment venu, dans le même cadre, avec les mêmes relations et les mêmes interlocuteurs.»

Afin de s’adapter aux besoins et au rythme de ses locataires, Saphir a développé son propre système de gérance. «Il faut être en mesure de fournir une assistance pour certaines démarches, par exemple pour les prestations complémentaires», dit André Allmendinger. «Le concierge est présent lors du déménagement, ajoute Klara Fantys. Le service technique peut donner un coup de main pour régler la TV, par exemple.» Les loyers, toutes prestations incluses, s’échelonnent entre 1500 et 2300 francs par mois.

Située dans un quartier résidentiel, à 10 minutes du centre d’Yverdon, la Résidence Agate n’est pas véritablement au cœur de la vie de la cité. «Nous étions dépendants de la parcelle sur laquelle le Canton nous a concédé un droit de superficie, reconnaît André Allmendinger. Mais la résidence est bien desservie par les transports publics et nous assurons des navettes à la demande.» A cet égard, le pôle de gériatrie lancé par Saphir à Orbe, à proximité de l’hôpital, des écoles et de la vieille ville, correspondra mieux aux nouveaux concepts de Curaviva.

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