Alain Berset: «La situation en Libye est terrible»

Suisse-LibyeLe président de la Confédération, Alain Berset, a crevé l’écran lors du terne sommet organisé par l'Italie sur la question libyenne. La migration n'a pas été abordée... Mais il a rencontré Medvedev.

Alain Berset, président de la Confédération, aux côtés du premier ministre russe Dmitri Medvedev, mardi à Palerme lors du «sommet Libye» organisé par l'Italie.

Alain Berset, président de la Confédération, aux côtés du premier ministre russe Dmitri Medvedev, mardi à Palerme lors du «sommet Libye» organisé par l'Italie. Image: Francesco Bellina

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Seul président à participer à la séance plénière avec son homologue du Niger, Mahamadou Issoufou, Alain Berset n’a pas boudé son plaisir durant la séance photo avant la réunion plénière organisée par l’Italie, mardi 13 novembre. Debout en train de discuter amicalement avec le premier ministre russe Dmitri Medvedev, le président de la Confédération est paru très à son aise, attirant l’attention de nombreux journalistes internationaux. À sa gauche, pourtant, une place vide symbolisait les divisions entre les différents participants, celle du général Khalifa Haftar, invité de dernière minute.

Ancien homme de Kadhafi, ce général à poigne soutenu par l’Égypte et la Russie ne faisait pas l’unanimité auprès des participants. Représentant l’est de la Libye, il est opposé au gouvernement de Tripoli du président Fayez al-Serraj. Sa venue est restée incertaine jusqu’à la fin et le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a même dû se rendre personnellement à Benghazi pour s’assurer de sa présence quelques jours avant le début du sommet.

Une fois la conférence terminée, Alain Berset a répondu à nos questions dans le jardin de la superbe Villa Igiea. Interrogé sur la nature de ses discussions avec Dmitri Medvedev et s’ils avaient abordé l’entrevue glaciale entre le Conseiller Fédéral Ignazio Cassis et son homologue russe Sergei Lavrov lors de l’assemblée générale des Nations-Unies en septembre dernier, Alain Berset botte volontairement en touche. «Nous avons de très bons rapports avec Monsieur Medvedev avec qui je me suis déjà entretenu récemment à Bruxelles. Ces temps morts permettent toujours de parler de manière officieuse.»

Les absents ont toujours tort

Concernant les propos du général Haftar qui a déclaré ne pas souhaiter participer à cette conférence même si elle durerait 100 ans, Alain Berset à souhaité voir le bon côté des choses: «Les absents ont toujours tort. Haftar aurait eu raison de venir ici afin de démontrer qu’il était un acteur majeur du processus démocratique.»

De même concernant la mauvaise humeur affichée de la Turquie. Ce matin, son vice-président Fuat Oktay a déclaré devant les journalistes: «Il est impensable de pouvoir résoudre la crise en Libye en incluant ceux qui l’ont causée et en excluant la Turquie.» Adversaires déclarés du général Haftar, les Turcs et les Qataris ont été exclus d’une rencontre entre les deux leaders libyens Al Serraj et Haftar ainsi que la Russie, la France, l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie dans la matinée. Se déclarant profondément déçus, les turcs sont partis abruptement mardi matin. «L’ambiance tendue est liée aux enjeux qui sont très élevés. Mais les conférences ne sont pas tout. Ce qui est important c’est de régler les choses sur le terrain», a tempéré à nouveau le conseiller fédéral socialiste.

Travailler pour la stabilité

Revenant sur les tensions entre les Italiens et les Français accusés tour à tour de vouloir se tailler une part du pétrole libyen et d’empêcher la résolution du conflit, Alain Berset ajoute: «On doit trouver le juste milieu entre la volonté des Libyens d’avancer et le besoin de temps pour reconnaitre les institutions. La rapidité ne doit pas nuire à la stabilité.»

Grande absente des négociations, la question migratoire a largement été ignorée malgré son caractère urgent. Confirmant que ce n’était pas la priorité du sommet, le président à déclaré: «La situation sur place est terrible. Mais elle ne s’améliorera que lorsque les institutions auront été renforcées». Avant d’émettre une menace à peine voilée: «Il ne faut pas se cacher derrières des paravents, ceux qui ralentiront le processus volontairement et empêcheront la tenue d’élections démocratiques seront punis diplomatiquement.»

Le soutien au pays

Prudent, il confirme néanmoins que la Suisse ne soutiendra pas financièrement l’un des deux gouvernements libyens avant une amélioration de la situation: «La suisse ne reconnaît pas de gouvernements mais des pays.» En effet, bien loin des 374 millions d’euros offerts par l’Union Européenne à la Libye, la Suisse n’a donné que 21,4 millions entre 2011 et 2016 et 17 autres qui viendront s’ajouter d’ici 2020 pour des mesures humanitaires et pour la paix.

Présent pour participer à une conférence sur la société civile libyenne qui a ensuite été annulée, Kamal Mohamed Hudhayfah al-Houni ne partage pas l’enthousiasme de notre président. «La conférence de Palerme n’a fait qu’exacerber les divisions entre les différents acteurs qui s’intéressent à l’avenir de la Libye.» S’appuyant sur la réaction épidermique du vice-premier ministre turc et de l’absence du président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi à la réunion plénière, cet ancien magistrat sous l’ère Kadhafi ajoute: «La Turquie et le Quatar ont eu l’impression que l’Italie a déroulé le tapis rouge à Haftar. De plus, les autres acteurs à part Serraj et Haftar ont clairement été marginalisés.»

Encore inconnu du grand public, ce proche du ministre de la justice côté Tripoli d’origine Benghazienne pourrait devenir le prochain président si Fayez Al Serraj devait se retirer comme nous l’a confié une source bien placée. En attendant, les élections ont été reportées au printemps prochain. Soulignant le rôle positif de la Confédération, Kamal Mohamed Hudhayfah al-Houni a observé: «La Suisse devrait prendre son rôle de médiateur plus à coeur. Nous ne pouvons rien espérer de positif de nos voisins italiens et français, ils ont trop d’intérêts en jeu pour être impartiaux.»

Créé: 14.11.2018, 10h52

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