L’alcoolisme des aînés fait de la résistance

SantéLes 65-74 ans sont la seule tranche d’âge dont la consommation ne baisse pas. Des actions de prévention ciblées sont lancées.

Image: Pixabay

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Quand on parle d’abus d’alcool, il n’y a pas que les jeunes adeptes des soirées arrosées. Les professionnels de la prévention s’inquiètent pour une autre catégorie de la population, les seniors. Et pour cause: les 65-74 ans sont la seule tranche d’âge dans laquelle on n’a pas constaté de baisse de la consommation depuis vingt ans. Une problématique mise en avant dans le cadre de la Semaine alcool, qui prend fin ce dimanche 26 mai.

Selon le Monitorage suisse des addictions, 7,5% des aînés ont une consommation d’alcool problématique. Deux fois sur trois, celle-ci est installée de longue date. Pour les autres, les difficultés se développent avec le passage à la retraite. «La fin de l’activité professionnelle peut provoquer des changements majeurs dans la consommation», relève Franck Simond, directeur de la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme (FVA). Décès de proches, problèmes de santé, formes de démence, troubles anxieux, ennui, solitude, manque de valorisation… Tout cela peut également conduire à boire davantage.

Médicaments: attention, danger!

Les spécialistes recommandent aux hommes adultes en bonne santé de ne pas dépasser deux verres standards de boisson alcoolisée par jour, et pas plus d’un pour les femmes. Il faudrait en outre se fixer des jours où l’on ne consomme pas d’alcool et ne pas dépasser quatre verres standards lors d’occasions exceptionnelles. Ces préceptes sont plus importants pour les aînés, car l’organisme se modifie avec les années. Son pourcentage d’eau diminue. L’effet de l’alcool se fait sentir plus vite, son élimination est moins rapide. En outre, les retraités souffrent souvent de diverses maladies et l’interaction avec les médicaments est un souci. Un senior sur deux consomme par exemple des benzodiazépines, en particulier les femmes.

Une consommation excessive d’alcool peut entraîner la confusion, l’anxiété et la dépression. Elle peut isoler, conduire à une baisse de la qualité de vie ou à des conflits avec les proches ou le personnel soignant. «Chez les aînés, l’intoxication alcoolique survient plus rapidement. Nous rencontrons des personnes qui doivent aller en EMS de manière prématurée parce qu’elles ont perdu leur autonomie suite à une chute engendrée par une consommation problématique. Ces gens doivent être informés des risques de façon aussi claire que le sont les jeunes», plaide Marie Cornut, chargée de projet au Groupement romand d’étude des addictions (GREA).

Un problème croissant

Pour les experts, cette question est d’autant plus importante que notre société est vieillissante. 18% de la population a plus de 65 ans, et les prévisions annoncent un fort accroissement de ce groupe dans les prochaines années. La prévention prend donc les choses en main. Des exemples? Marie Cornut mentionne un programme de la Croix-Bleue prévoyant un accompagnement par des bénévoles eux-mêmes seniors. Au niveau national, un nouveau site internet d’Infodrog fournit des informations sur le sujet (www.addictions-et-vieillissement.ch). En Suisse alémanique, des recommandations à l’intention des professionnels des EMS vont être publiées.

Il y a deux ans, la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme (FVA) a mis en place un programme «d’intervision», qui permet aux professionnels (médecins, personnel soignant dans les EMS ou dans les soins à domicile…) d’échanger sur le sujet avec des experts en addictologie. «Ces professionnels se sentent souvent impuissants et ont besoin de raconter ce qu’ils vivent, détaille Franck Simond. Le but de ces rencontres est de les écouter, les soutenir et les aider à motiver les personnes en difficulté pour qu’elles acceptent une aide spécifique. En cas de besoin, nous pouvons aussi intervenir.»

Projet coordonné

Depuis un an, le projet de prévention intercantonale alcool (PIA), qui rassemble les cantons latins, met lui aussi l’accent sur les retraités. Coordonné par le GREA et la Commission de prévention et de promotion de la santé (CPPS), le PIA se développe autour de quatre axes: la formation du personnel, la sensibilisation des personnes concernées et de leurs proches, la prévention lors des cours de préparation à la retraite, ainsi qu’une réflexion sur les politiques institutionnelles (pour que tous les EMS adoptent par exemple le même discours).

Une question s’impose néanmoins: ne faut-il pas laisser ce petit bonheur aux aînés? «On nous fait parfois cette remarque et nous sommes nous aussi attachés au droit à l’autodétermination, répond Marie Cornut. Mais pour que l’alcool reste un plaisir, il faut être conscient des risques liés à une consommation excessive à l’âge avancé.»

Créé: 24.05.2019, 13h33

Plusieurs obstacles

La prévention de l’alcoolisme chez les seniors n’est pas évidente. D’abord, certains aînés sont isolés. Selon Franck Simond, 90% des personnes en difficulté ne sont pas détectées. Ensuite, le public cible est hétérogène: le jeune retraité actif et le pensionnaire d’EMS n’ont pas grand-chose en commun. Il n’est pas non plus évident de faire la morale à une personne plus âgée que vous. Finalement, le diagnostic n’est pas simple à poser car il peut se confondre avec les symptômes du vieillissement (pertes de mémoire et d’équilibre, chutes, mal-être, etc.).

Le traitement est plus facile si la consommation est devenue excessive lors du passage à la retraite, car le comportement n’est pas installé de longue date. Les soins pourront passer par des thérapies comportementales ou systémiques. Mais pour les experts, le plus important est ailleurs. «Les choses marchent vraiment quand le professionnel et l’aîné créent un lien particulier, relève Franck Simond. Pour cette raison, il est important de soutenir ces infirmiers, médecins ou pharmaciens qui deviennent des proches du retraité au même titre que la famille.»

Dans cette même logique du lien, Marie Cornut appelle la société à s’interroger sur son rapport aux aînés. «Beaucoup de gens sont victimes de discrimination en raison de leur âge. L’alcool peut alors être une réponse. Il faut valoriser les retraités et leur expérience. Des démarches participatives, comme les projets intergénérationnels qui permettent aux aînés de raconter des histoires à des enfants dans des bibliothèques ou des maisons de quartier, sont intéressantes pour y parvenir.»

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