L'Allemagne, cet «indissociable» voisin

DiplomatieLe Conseil fédéral reçoit le président allemand Frank-Walter Steinmeier pour une visite d'Etat sur un air de «Je t'aime moi non plus».

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Les soldats s’alignent au cordeau, tandis que, sur le tapis rouge, Doris Leuthard devise sur son sac à main en riant avec Ueli Maurer. À leurs côtés, les autres membres du Conseil fédéral ainsi que Paola, l’épouse du ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, font face à la troupe.

Il y avait foule, mercredi, aux abords de la place de la Cathédrale, à Berne, pour voir le Conseil fédéral in corpore accueillir avec les honneurs militaires Frank-Walter Steinmeier (SPD), le président de l’Allemagne, pour une visite d’État de deux jours, soit la réception la plus protocolaire.

Le social-démocrate a été vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères de son pays. Il est populaire à tel point que plusieurs parties de sa visite ont été diffusées en direct sur la télévision alémanique.

À 62 ans, Frank-Walter Steinmeier incarne en effet une certaine image de l’Allemagne en Suisse. Membre du parti de Peer Steinbrück, qui voulait envoyer la cavalerie dans la Berne fédérale pour y faire le ménage en pleine bataille sur le secret bancaire il y a quelques années, il se dit lui-même adepte de la raison et du consensus, un «fan» de la Suisse, pays qu’il arpente régulièrement à pied durant ses vacances.

Entre la Suisse et l’Allemagne, on se chante donc à fréquence régulière des airs de «Je t’aime moi non plus». Aujourd’hui, les principaux différends politiques sont apaisés, hormis le serpent de mer des atterrissages à l’aéroport de Zurich. Le moment pour une visite d’État se prêtait donc bien. Quitte à faire comme si les quelques coups de tonnerre dans ce ciel bleu – l’arrestation et la condamnation d’un espion suisse à Francfort l’an dernier, par exemple – n’avaient jamais existé.

«Les États n’ont pas d’amis»

Au moment des discours, mercredi, le président de la Confédération, Alain Berset, a rappelé la réalité politique: «De Gaulle a dit: «Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.» Certes, mais on ne peut pas toujours clairement distinguer les intérêts et l’amitié.» Et de citer les chiffres, ceux qui témoignent de l’intensité des relations entre la Suisse et son voisin du nord: 300'000 Allemands vivent en Suisse, 90'000 Helvètes résident outre-Rhin. Le volume commercial annuel atteint presque 100 milliards de francs. Berlin et Berne partagent aussi des valeurs communes, a poursuivi le socialiste. La Suisse, comme membre de l’accord Schengen, a par exemple soutenu les propositions allemandes faites au niveau européen sur la question des réfugiés. Pour Alain Berset, il est enfin question d’interdépendance: «Les liens étroits qui nous unissent sur les plans culturels, sociétaux et économiques avec nos voisins en Europe, notamment avec l’Allemagne, sont indissociables du succès de la Suisse, et cela déjà bien avant la création de l’UE.»

Soutien fiable à Bruxelles

En bilatéral, Alain Berset et Frank-Walter Steinmeier ont parlé de l’état du monde – la digitalisation, le changement climatique, les mesures protectionnistes de Donald Trump, le dialogue entre les Corées, etc. – mais aussi, bien sûr, d’Europe. Si le Conseil fédéral, dans une stratégie qui a suivi le vote anti-immigration de 2014, soigne ses relations avec ses voisins dans le but d’en faire des alliés à Bruxelles, l’Allemagne est à ce jeu-là un partenaire fiable. Berlin fait partie des onze pays qui, en janvier dernier, ont adressé une lettre à la Commission européenne critiquant l’équivalence limitée à un an accordée à la Bourse suisse. La chancelière Angela Merkel a par ailleurs répété ces dernières années son soutien au processus de négociation sur un accord institutionnel aujourd’hui en cours entre le Conseil fédéral et la Commission européenne.

«L’UE, pas une ennemie»

Frank-Walter Steinmeier n’a pas le pouvoir politique de la chancelière. Il a cela dit réaffirmé mercredi la position allemande, en espérant voir l’aboutissement cette année encore des négociations. Il a aussi appelé les Suisses à ne pas voir l’Union européenne comme une ennemie. «De mon point de vue, cet accord institutionnel vise à une simplification, en particulier en ce qui concerne le règlement des conflits (Ndlr: entre la Suisse et l’UE)», estime-t-il.

Alain Berset répond que «si nous avons des partenaires, des voisins, des amis qui nous connaissent bien – ainsi que notre démocratie directe – cela ne peut qu’aider». Frank-Walter Steinmeier aura l’occasion de débattre et d’apprendre encore sur la démocratie, version suisse. Elle sera au cœur du deuxième jour de sa visite d’État, ce jeudi à l’Université de Fribourg.

Créé: 25.04.2018, 21h37

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