L'Allemagne a pu identifier l'espion grâce à la Suisse

SuisseDaniel M. avait reçu des fonds du SRC pour acheter un informateur dans l'administration allemande.

Markus Seiler, le patron du SRC, garde pour le moment le silence dans l'affaire de l'espion suisse arrêté à Francfort.

Markus Seiler, le patron du SRC, garde pour le moment le silence dans l'affaire de l'espion suisse arrêté à Francfort. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L'affaire de Daniel M., l'espion suisse arrêté en Allemagne, dévoile peu à peu ses détails. L'ex-policier de 54 ans interpellé vendredi à Francfort s'était ainsi vu donner par le Service de renseignement de la Confédération (SRC) un téléphone prépayé de Coop pour ses contacts avec Berne, raconte le Tages-Anzeiger dans son édition du 4 mai 2017.

Selon la justice allemande et le mandat d'arrêt qu'elle a émis, le James Bond helvétique a opéré «de 2012 au moins jusqu'à la fin 2015». Il travaillait dans une agence à Francfort au titre de partenaire pour les enquêtes en Suisse.

Acheter un informateur

Pour les autorités allemandes, Daniel M. devait récolter des informations sur les enquêteurs des services fiscaux. Il disposait en effet d'une liste -incomplète, selon Berlin- des limiers du Département des finances de Rhénanie du Nord-Westphalie. C'est en effet ce Land qui avait acheté des CD de données bancaires volées en Suisse. Sa première mission consistait à compléter cette liste.

L'ex-policier avait également reçu des fonds pour placer une taupe au sein de ces services. Cette dernière n'aurait cependant pas été mise au courant du contexte d'espionnage de l'affaire et elle était chargée de collecter des informations supplémentaires sur l'acquisition des CD.

L'informateur a été identifié et fait désormais l'objet d'une procédure outre-Rhin. Le ministère public évoque une enveloppe de 90'000 euros, dont deux tranches pour un total de 30'000 euros ont été versées à l'agent suisse.

Daniel M. et son partenaire à l'agence de Francfort ont reçu chacun 10'000 euros comme honoraire et le solde de 40'000 euros a servi de «motivation à des tiers». Daniel M. recevait également un salaire de 3000 francs en espèces, versés par le SRC, ajoute la justice allemande.

Arrêté en Suisse en 2015

Dans son mandat d'arrêt, l'Allemagne se base sur les déclarations qu'a faites Daniel M. en Suisse en 2015, année où il a connu des difficultés. L'ex-policier faisait lui-même l'objet d'une enquête après avoir tenté de se procurer des bases de données bancaires par le biais d'un contact israélien pour les vendre en Allemagne.

Placé en détention par le ministère public de la Confédération à Berne, Daniel M. avait à cette occasion expliqué en détail quelle était sa mission pour le SRC. Or ce protocole d'interrogatoire a atterri chez le procureur de Bochum, qui menait déjà des enquêtes contre des fraudeurs fiscaux.

Face au caractère explosif des informations en provenance de Suisse, le dossier a ensuite été transmis au niveau fédéral. Reste encore à découvrir comment le procureur de Bochum a pu avoir accès au protocole d'interrogatoire.

Un agent «grillé»

Mis sur écoute à Francfort, Daniel M. ne met pas longtemps à se trahir. Lors d'une discussion téléphonique avec son partenaire allemand, il se définit comme un agent, mais un agent du SRC «grillé» en raison de l'enquête menée en Suisse. Et dans un courrier électronique envoyé à sa fille en 2016, Daniel M. fait référence à la procédure en Suisse.

L'enquête outre-Rhin permet également d'établir que l'espion était bel et bien en contact avec le SRC. Selon les services de renseignement allemands, deux noms évoqués sur quatre sont connus, l'en d'entre eux était un chef adjoint du SRC.

Les autorités allemandes se sont résolues à arrêter l'espion suisse, craignant qu'il ne prenne la fuite. Daniel M. est désormais en détention à Karlsruhe. Son avocat allemand devrait lui rendre visite dans la journée. Son avocat suisse, Valentin Landmann, accuse de son côté le SRC d'avoir laissé tomber son protégé. Berne se refuse en effet à assurer les frais de défense, a ajouté l'avocat zurichois.

Plusieurs mois

Le Ministère public allemand n'a pas souhaité commenter les extraits du mandat d'arrêt rendus publics. Des communications suivront lorsque l'acte d'accusation sera transmis, ce qui peut prendre plusieurs mois, a expliqué un porte-parole à l'ats.

Le Conseil fédéral n'a jusqu'ici pas dit si le SRC a bien mandaté l'homme arrêté. La conseillère nationale Corina Eichenberger (PLR/AG), vice-présidente de la délégation des commissions de gestion, chargée de la surveillance du SRC, a toutefois confirmé mercredi ces informations.

Le contre-espionnage fait partie des tâches du SRC, a-t-elle souligné. La politicienne reste convaincue que le service a agi correctement à l'époque. La délégation des commissions de gestion se fait informer ce jeudi des détails de l'affaire.

Créé: 04.05.2017, 10h21

«Tout déballer»

Pour l'avocat de l'agent, le Zurichois Valentin Landmann, le SRC a complètement laissé tomber son client. «Quand on traite ainsi des gens qui ont travaillé pour la Suisse et qui ont pris sur eux des risques, il se peut qu'un jour ils réfléchissent à tout déballer», a dit l'avocat à la radio alémanique SRF.

Un agent mandaté par le SRC doit être sûr que les informations qu'il lui transmet ou au Ministère public de la Confédération n'atterrissent pas tout de suite auprès des autorités allemandes, qui lancent alors immédiatement une enquête, poursuit M. Landmman, qui s'étonne que Berlin soit à ce point informé de détails.

«Au vu du mandat d'arrêt, on peut se demander si ce ne sont pas les Allemands qui ont placé une taupe chez nous. Ou alors, mon client a été trahi», conclut-il.

Articles en relation

L'agent secret a bien été mandaté par la Suisse

Allemagne Le présumé espion suisse arrêté en Allemagne a été mandaté par le Service de renseignements de la Confédération (SRC). Plus...

Affaire d'espionnage: les politiciens sont confiants

Suisse Une dégradation durable des rapports entre Berlin et Berne ne fait pas peur aux politiciens dans l'affaire du présumé espion suisse. Plus...

Berlin demande des explications à la Suisse

Espion arrêté Un Suisse arrêté à Francfort est accusé d'avoir travaillé pour le Service de renseignement de la Confédération. Plus...

Parmelin ne veut pas se «fâcher» avec Berlin

Espion arrêté Le conseiller fédéral a présenté le rapport annuel du service de renseignement sur fond de l'affaire d'un espion suisse du SRC arrêté en Allemagne. Interview. Plus...

Guy Parmelin muet sur l'arrestation d'un espion

Suisse Le chef du DDPS n'a pas voulu dire si l'espion était bel et bien mandaté par le Service de renseignement de la Confédération (SRC). Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.