Quand l’ambassadeur à Berlin-Est défendait le mur

Suisse Un livre sur les derniers diplomates suisses de Berlin-Est jette une ombre au tableau.

A la chute du mur en 1989, l'ambassadeur de Suisse à Berlin-Est Franz Birrer aurait ouvertement montré son scepticisme.

A la chute du mur en 1989, l'ambassadeur de Suisse à Berlin-Est Franz Birrer aurait ouvertement montré son scepticisme. Image: Keystone

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La Suisse avait-elle des sympathies pour le régime est-allemand? Si l’on en croit l’ouvrage publié par l’historien Bernd Haunfelder (Die DDR aus Sicht schweizerischer Diplomaten 1982-1990), qui s’appuie sur 96 documents d’archives, le dernier des ambassadeurs suisses à Berlin-Est aurait été en tous les cas particulièrement indulgent envers la dictature communiste.

Selon ses recherches, qui concernent la période 1982 à 1990, le dernier des représentants de la Confédération en République démocratique d’Allemagne (RDA), Franz Birrer, a fait preuve de beaucoup de compréhension pour le régime d’Erich Honecker.

«Je ne m’attendais pas à lire des positions aussi insultantes pour l’Allemagne fédérale. Il accuse notamment la RFA d’être responsable de l’hémorragie démographique (ndlr: fuite des citoyens) et défend explicitement le mur. En lisant ce livre, un ancien secrétaire d’Etat de Helmut Kohl m’a dit qu’il avait été effaré par ces accusations», résume Bernd Haunfelder.

Cet ancien diplomate suisse, en poste à Berlin de 1987 à 1990, écrit par exemple, dans des rapports envoyés à Berne, que le nombre de prisonniers politiques en RDA restait «faible», sans donner de chiffres précis. Par ailleurs, la vie culturelle sous le régime d’Erich Honecker jouissait d’une «grande liberté» et les cadres du régime faisaient «tout leur possible pour bâtir une nouvelle société et la rendre meilleure».

«Il ne s’agit ni plus ni moins que de la création de nombreux passages frontaliers»

Franz Birrer manifeste sans conteste une certaine compréhension pour le mur de Berlin en faisant des comparaisons peu défendables. Le diplomate accuse ainsi la RFA, le 21 juin 1989, de déstabiliser le régime communiste en accordant automatiquement la nationalité aux réfugiés «économiques» est-allemands qui fuient le pays. «Imaginez-vous ce qu’il se passerait si les Suisses accordaient la même chose aux Italiens. L’Italie n’aurait pas d’autre choix que de construire une frontière comme en RDA», analyse le diplomate.

En 1989, lorsque les Allemands de l’Est prennent d’assaut l’ambassade de RFA à Prague, le diplomate suisse parle d’une «violation de domicile». Enfin, Franz Birrer annonce le 17 novembre 1989, huit jours après l’ouverture de la frontière entre Berlin-Est et Berlin-Ouest, que «le mur n’est pas tombé». «Il ne s’agit ni plus ni moins que de la création de nombreux passages frontaliers», précise-t-il dans son rapport…

Agé aujourd’hui de 85 ans, Franz Birrer conteste les conclusions de l’historien allemand. Certes, il ne remet pas en cause la véracité des 96 documents publiés dans le livre. «Ils sont vrais», dit-il. Mais il estime que l’historien transforme ses propos en les sortant de leur contexte.

«Grotesque»

«Les commentaires sont grotesques. Je n’avais aucune sympathie pour la RDA», assure-t-il. «Quand je dis par exemple que les prisonniers politiques étaient peu nombreux, c’était par rapport à d’autres pays», ajoute-t-il. «Par ailleurs, je me suis réjoui de la réunification seulement après coup car j’avais de grandes craintes sur l’évolution des événements», ajoute-t-il.

Le jour de la réunification, le 3 octobre 1990, le diplomate suisse ne ressent toujours pas d’atmosphère de fête dans les rues de Berlin. Une chose lui semble néanmoins intéressante: les Allemands de l’Est ont pris la mauvaise habitude d’uriner contre les murs comme leurs cousins de l’Ouest… «Cette remarque n’est que la partie émergée de l’iceberg», insiste l’historien Bernd Haunfelder.

«La question est maintenant de savoir si certains fonctionnaires à Berne partageaient cette vision de la RDA, s’interroge Jochen Staadt, historien à la Freie Universität de Berlin, spécialiste des relations entre la RDA et la Suisse. Mais je ne le pense pas, car la Suisse a toujours accueilli les Allemands de l’Est comme des réfugiés et gardait de très bonnes relations avec la RFA.»

Créé: 29.06.2017, 22h14

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