Par amour pour son épouse ministre, il démissionne

GenèvePascal Emery quitte la direction de son collège alors que sa femme, Anne Emery-Torracinta, prend la tête de l’Instruction publique genevoise.

Pascal Emery.

Pascal Emery. Image: Pierre Abensur

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Qu’en aurait pensé Emilie Gourd? Décédée en 1946, la pionnière du féminisme genevois ne peut plus commenter le départ du directeur de l’école qui porte son nom. Pascal Emery, 59 ans, quittera le 31 décembre ce collège et école de commerce (l’un des plus vastes du canton, avec 1560 élèves et près de 200 collaborateurs) en raison de la nomination de son épouse, Anne Emery-Torracinta, à la tête du Département de l’instruction publique (DIP). Directeur de l’établissement depuis 1997, le Valaisan d’origine s’efface au profit de sa femme, élue au Conseil d’Etat, qui sera de fait sa patronne durant quelques jours après sa prestation de serment, le 10 décembre.

Conflit d’intérêts

«Tant durant ma campagne de 2012 que durant celle de cette année, nous en avons discuté en couple, raconte la conseillère d’Etat élue, jointe par téléphone. Plusieurs départements m’intéressaient, dont le DIP, mais le conflit d’intérêts était trop grand en raison de la position de mon mari. Au fil des discussions sur la répartition des dicastères, il s’est avéré que le DIP était pour moi.» Le couple a décidé que Monsieur quitterait son poste. «Nous avons pris la décision ensemble, poursuit l’élue. Courageuse de sa part, elle a été d’autant moins facile qu’elle a dû être rapide. Mais la situation aurait été impossible tant pour moi que pour lui.»

«Lui rendre la pareille»

Le couple n’était pas tenu légalement de trancher (lire ci-contre ). «Je n’ai pas eu l’ombre d’une hésitation, témoigne Pascal Emery dans son bureau professionnel. Si Anne prenait le DIP, mon éthique personnelle et professionnelle m’obligeait à quitter mon poste. La question aurait aussi pu se poser dans un autre département. Il vaut mieux que je sois en dehors de l’Etat pour lui permettre d’avoir un mandat serein.» Un sacrifice? «C’en est un, mais je le fais par amour pour ma femme, répond celui qui a épousé la future ministre il y a trente-deux ans. J’aime mon métier et mon école, où j’avais plein de projets en cours et d’autres pour l’avenir.» Un acte féministe? «Pas dans un sens militant, répond Pascal Emery. Mais si ma décision est vue comme un service à la cause des femmes, cela me convient. Mon féminisme, c’est de savoir m’effacer. Cela ne me pose aucun problème. Je serai là pour épauler mon épouse.»

Pascal Emery est devenu doyen très jeune, à 26 ans. C’est son épouse, enseignante à temps partiel, qui a géré l’éducation des enfants, dont celle de l’aînée, frappée d’autisme. «C’est ma femme qui s’en est occupée pour l’essentiel, témoigne-t-il. Elle a accepté cette charge et je suis heureux de pouvoir lui rendre la pareille aujourd’hui. Il n’y a pas eu de pacte ou de tactique de carrière commune. Le handicap de notre fille aurait bouleversé toute stratégie, s’il y en avait eu une.» Anne Emery-Torracinta ne dit pas autre chose: «Nous ne sommes pas les Clinton!»

Pascal Emery ne cache pas son émotion en évoquant les témoignages reçus de la part de son équipe après l’annonce de son départ. «Je me suis toujours considéré comme un primus inter pares et j’ai travaillé de façon participative: l’école peut continuer sans moi. Le corps enseignant m’a promis de tout mettre en œuvre pour que la transition se passe bien. Cela m’aide dans ce choix difficile.»

Projets d’avenir

Le fonctionnaire a tout juste l’âge pour prendre une retraite anticipée, laquelle s’annonce bien remplie. Plutôt que de jouer au prince consort, il compte s’investir, notamment comme bénévole dans l’association qui a été la partenaire de son collège dans des projets d’aide au développement au Bénin, où il s’est rendu à deux reprises avec des groupes d’élèves afin d’ériger des écoles. Autre perspective: Pascal Emery briguera ce printemps un poste de juge assesseur pédagogue au Tribunal des mineurs – une fonction qu’il pratique déjà à la Chambre pénale d’appel et de révision.

Au Collège Emilie-Gourd, un doyen assurera l’intérim avant qu’un nouveau directeur ne soit nommé.

(24 heures)

Créé: 29.11.2013, 08h37

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...