À un an des élections, l’UDC d’Albert Rösti est en déroute

VotationLe Bernois a pris les rênes de l’UDC lorsque le parti était au sommet. Depuis, la machine à gagner s’est grippée. Y a-t-il un malaise?

Malgré la défaite de dimanche, Albert Rösti a bien l’intention de rester président du parti pour les élections de 2019.

Malgré la défaite de dimanche, Albert Rösti a bien l’intention de rester président du parti pour les élections de 2019. Image: Keystone

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«Tout va très bien, Madame la Marquise.» Malgré la défaite cinglante enregistrée ce dimanche – l’«Initiative pour l’autodétermination» a été balayée par les deux tiers des votants – le mot d’ordre général au sein de l’UDC, c’est «circulez, il n’y a rien à voir». Or, le constat est clair et pas franchement positif. Depuis l’arrivée d’Albert Rösti à la tête du parti, l’UDC ne sait plus gagner. Les déconvenues s’enchaînent aussi bien en votation que dans les cantons. Sans oublier les guéguerres internes qui ont miné plusieurs sections (lire encadré).

Voilà qui fait tache à une année des élections fédérales. «Depuis l’arrivée d’Albert Rösti, on a tout perdu, s’énerve un élu sous couvert d’anonymat. L’UDC a misé sur les mauvais combats, comme en s’engageant contre la stratégie énergétique. À un moment, il devra en tirer les conséquences.» Un collègue refuse toutefois de demander la tête du Bernois. «Nous ne sommes pas un club de foot, où on limoge l’entraîneur à chaque défaite. Mais, c’est vrai qu’Albert Rösti est davantage un président sympathique qu’un chef de guerre. Et je me demande parfois si c’est lui qui décide, ou si les ordres viennent de Zurich.»

«Il nous faut une victoire»

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est l’initiative sur l’autodétermination. «Le sujet était très compliqué, abstrait, et nous nous sommes perdus, reconnaît Luzi Stamm (AG). La ligne du parti n’était pas visible. Il faut revenir à nos thèmes phare comme l’immigration.» À cette critique sur le fond, Michaël Buffat (VD) ajoute une critique sur la forme. «Il n’y avait pas l’ADN du parti dans nos affiches. L’UDC a besoin de campagnes musclées.» Pour Jean-Luc Addor (VS), «ce qu’il manque à l’UDC, c’est surtout une victoire. Et pour mettre toutes les chances de notre côté, il faut un sujet qui porte sur nos valeurs et qui parle au peuple. Or, il y en a un qui nous tend les bras, le référendum sur les armes, qui viendra devant le peuple le 19 mai.» Pour celui qui préside Protell, «il faut que l’UDC le soutienne clairement».

Les critiques sur la campagne, Roger Köppel (ZH), l’un des grands stratèges du parti, est prêt à les entendre. «Il y avait peut-être une dissonance entre notre message qui était provocateur et nos affiches un peu molles. Cette confusion a pu heurter les gens.» Pour le reste, il ne voit aucune raison de parler d’une spirale négative pour l’UDC ou de critiquer Albert Rösti: «Il défend nos valeurs à 150%.»

Pour l’écrasante majorité des élus, c’est comme si un mot d’ordre était passé: ne pas écorner l’image du parti. Une image qui a été ternie ces derniers jours. «Blick», dans son édition de lundi, dressait même un palmarès des votations perdues par l’UDC et qui montrait qu’Albert Rösti était clairement en retrait face aux résultats de ses prédécesseurs Toni Brunner et Ueli Maurer. De quoi déstabiliser l’UDC? Jean-François Rime (FR) balaie cette idée. «Il y a eu un changement de génération, mais je trouve qu’il fait du bon travail.»

Cette déconfiture qui s’ajoute à d’autres peut-elle avoir des conséquences sur les résultats des élections fédérales? Les élus UDC gonflent le torse. «Nous allons retrouver le ton qui est le nôtre. Je vous le promets», lance Michaël Buffat.

Pas de démission en vue

Plus surprenant, Roger Köppel estime qu’il faut arrêter de donner trop d’importance à ce genre d’échéance électorale. «Qu’est-ce que ça représente 1 ou 2% de plus ou de moins pour un parti? Je préfère que l’UDC reste fidèle à ses combats, plutôt qu’elle soit obnubilée par un pourcentage.»

Sur un bateau UDC qui commence un tout petit peu à tanguer, le capitaine Albert Rösti garde le cap. «Il y a des hauts et des bas. On a perdu une votation, c’est vrai, mais nous avons réussi à inscrire le thème de la démocratie directe à l’agenda, et cette campagne nous a soudés à l’interne.» Revenant sur les crises qui ont agité certaines sections, il rétorque «qu’avec près de 70 000 membres, il peut toujours y avoir des problèmes».

Par contre, il attend de ceux qui le critiquent qu’ils le fassent devant lui, et pas par l’intermédiaire des médias. Il n’a en tout cas aucune intention de démissionner. «Quand je m’engage, c’est sur le long terme.»

Créé: 26.11.2018, 21h43

En dehors de l’UDC, l’initiative a fait un fiasco partout

«L’initiative pour l’autodétermination», balayée dimanche par plus de 66% des votants, n’a été soutenue que par l’UDC. C’est ce que montre le sondage réalisé en ligne par Tamedia (éditeur de ce journal). Les politologues Lucas Leemann et Fabio Wasserfallen, qui ont analysé les résultats, ne sont pas surpris de cette situation. «Le fossé entre l’UDC et le reste de la classe politique était présent depuis le début de la campagne. Et il s’est creusé de plus en plus», commentent-ils.

Au final, 83% des sympathisants UDC ont voté pour l’initiative de leur parti, contre 18% de PLR et 14% de PDC. Chez les socialistes et les Verts, les «oui» ne dépassent même pas les 6%. Cette fracture est la seule observée dans le sondage. Il n’y a pas de différence notable dans le rejet des votants si on examine l’âge, le sexe, le lieu de résidence, le revenu ou la formation.

Pour l’initiative en faveur des vaches à cornes, certaines différences apparaissent plus nettement. Le texte a été plébiscité par les Verts (69% de oui), et il aurait passé s’il n’y avait que les villes qui avaient voté. Les femmes et les plus de 65 ans ont aussi été davantage séduits. L’initiative a échoué, rappelons-le, à plus de 54%.
Enfin le référendum contre la surveillance des assurés n’a trouvé un écho qu’auprès de la gauche (les Verts ont rejeté la loi à 78%, le PS à 62%), mais s’est heurté au bloc formé par le centre et la droite. Pas étonnant donc, que la loi ait été rejetée par deux tiers des votants.

Sondage réalisé auprès de 9120 personnes entre le 23 et le 25 novembre. Marge d’erreur: 2,4%.

La liste des échecs prend de l’ampleur

Présidence Rösti

Le Bernois Albert Rösti est devenu président de l’UDC le 23 avril 2016. En deux années et demie, il a déjà dû éteindre plusieurs incendies.

Votations

Trois scrutins ont porté sur les thèmes phares de l’UDC depuis le début de l’ère Rösti: le parti les a tous perdus. Il a été désavoué sur la révision de la loi sur l’asile en 2016. En 2017, il subissait un nouveau revers sur la naturalisation facilitée des étrangers de la troisième génération. Dimanche, il essuyait sa dernière déconvenue avec son initiative sur l’autodétermination.

Élection

Le tableau n’est pas vraiment meilleur du côté des élections dans les cantons. Depuis 2016, l’UDC a perdu l’un des deux derniers sièges de conseiller d’État, avec la non-réélection d’Oscar Freysinger en Valais. Et le parti n’a pas réussi à faire son entrée au Gouvernement fribourgeois. Au niveau des parlements cantonaux, le parti a perdu des plumes à Neuchâtel, Genève et Vaud.

Démissions

Albert Rösti a également dû faire face aux départs de plusieurs cadres du parti. En quelques jours, le coprésident de l’UDC du Valais romand, Jérôme Desmeules, et les présidents des sections neuchâteloise et fribourgeoise, Stephan Moser et Ruedi Schläfli, ont annoncé leur démission. Au même moment, Kevin Grangier, chef de campagne de l’UDC pour la Suisse romande jetait l’éponge. En juillet, c’est le secrétaire général de l’UDC Suisse qui prenait la porte après quelques jours de fonction.

Crises cantonales

Auparavant, Albert Rösti avait dû gérer les crises au sein de deux sections cantonales. À Neuchâtel, une guéguerre interne a conduit à l’exclusion du seul élu national du canton, Raymond Clottu. Dans le canton de Vaud, l’affaire a précipité le départ de Claude-Alain Voiblet, alors qu’il était vice-président de l’UDC Suisse.

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