À peine élu, un ministre genevois déjà victime d’homophobie

GenèveL’ancien député René Desbaillets a dérapé sur Facebook puis a présenté ses excuses à Thierry Apothéloz.

René Desbaillets, ancien député PLR.

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Tout juste élu, pas encore au pouvoir, mais déjà victime d’attaques homophobes. Le nouveau conseiller d’État Thierry Apothéloz a été la cible de propos infamants d’un ex-député PLR, René Desbaillets, sur Facebook. Ce viticulteur a manifesté sa solidarité avec le conseiller d’État non réélu Luc Barthassat ainsi: «De tout cœur avec toi Luc, Genève préfère les beaux parleurs et les homos. Lamentable», écrit-il en allusion à l’entrée au gouvernement du socialiste Thierry Apothéloz, premier conseiller d’État genevois à assumer publiquement son homosexualité. Ce dernier n’entend pas faire de commentaire.

Aux premières réactions outrées, René Desbaillets ne prend manifestement pas la mesure de ses propos et demande à leurs auteurs si, eux aussi, sont homosexuels. Il poursuit: «Homos est un terme général, mais on y retrouve malheureusement un grand nombre de pédophiles.» Devant le tollé général, l’auteur de ces lignes a modifié son commentaire a posteriori et présenté ses excuses sur le même réseau social: «Hier (ndlr: dimanche) en commentant les résultats des élections j’ai eu des propos sur FB inacceptables à l’égard d’un conseiller d’État élu. Je regrette ceux-ci et lui présente mes excuses ainsi qu’à toutes les personnes que j’ai pu choquer.»

«C’est un simple membre qui s’exprime à titre individuel. Le PLR n’a rien à faire là-dedans. Je déplore vivement ces propos, mais ça s’arrête là»

Le président du PLR, Alexandre de Senarclens, «condamne ces propos fermement». Envisage-t-il une sanction envers ce membre, voire une exclusion du parti? «Non, Monsieur Desbaillets n’est plus député depuis 2013 et n’a aucune responsabilité au sein du parti. C’est un simple membre qui s’exprime à titre individuel. Le PLR n’a rien à faire là-dedans. Je déplore vivement ces propos, mais ça s’arrête là.»

En revanche, un appel au boycott des vins du domaine du viticulteur, Les Abeilles d’or, circule à l’initiative de Dominique Tinguely, conseiller municipal Vert à Plan-les-Ouates. «René Desbaillets est allé trop loin, explique l’élu. Ce genre de propos ne passe plus en 2018.» Il déplore l’absence de norme pénale contre l’homophobie, à l’instar de ce qui existe pour le racisme. «Ça fait des années qu’on attend que le Conseil fédéral agisse. Le PLR ne prend pas de sanctions, c’est dommage, mais le peuple en prendra», conclut-il au regard de la quarantaine de partages de son appel au boycott en quelques heures. Joint par téléphone, René Desbaillets explique avoir tenu ces propos «sous le coup de l’amertume, sans réfléchir. Je n’ai pas pris conscience que ce serait mal pris par la communauté et réitère mes excuses.» Quant à l’appel au boycott, «Dominique Tinguely profite de ma bêtise, mais je ne suis plus exploitant du domaine, c’est mon fils. C’est un amalgame regrettable.»

Hasard du calendrier, cette polémique a lieu la veille de la présentation par la Ville de Genève de l’édition 2018 de la campagne contre l’homophobie et la transphobie. «C’est une erreur de penser que l'homophobie est uniquement l’affaire des homosexuels, analyse la conseillère administrative socialiste Sandrine Salerno. Elle nous concerne tous indépendamment de notre orientation. Le droit d’aimer est fondamental et doit être défendu. La libération de la parole que l’on a observée sur les propos sexistes se confirme ici, vu l'avalanche de commentaires qui a suivi les propos de René Desbaillets.»

«Propos inadmissibles»

Son homologue PDC Guillaume Barazzone a aussi réagi sur Twitter: «Propos inadmissibles (…) scandaleux et malheureusement une réalité (parfois) quotidienne pour une partie des homosexuels en Suisse.» Avant de reprendre sa casquette de conseiller national: «Raison pour laquelle les discriminations sur l’orientation sexuelle doivent aussi faire l’objet de condamnations pénales et l’art. 261bis du CP doit être modifié en ce sens.»

«Le contenu de ces propos est tout à fait détestable, ajoute Mathilde Captyn, secrétaire générale de Dialogai, association de défense des homosexuels. Cela a été suivi d’excuses assez rapides, mais seulement après une menace de boycott. Espérons que la culture sexiste et homophobe, que les soutiens de Luc Barthassat représentaient, s’adoucisse maintenant que ce conseiller d’État part.»

Créé: 07.05.2018, 19h58

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