Ces anciens conjoints qui font de la vie de leur ex un véritable enfer

HarcèlementLe stalking est un problème complexe qui touche tout le monde. La moitié des cas concerne des ex-compagnons.

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En Suisse, une femme sur six et un homme sur vingt sont victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement obsessionnel, plus communément appelé stalking. Un anglicisme un peu flou qui englobe une pratique aux conséquences graves et se traduit par des formes diverses: des SMS ou appels trop pressants et trop nombreux jusqu’aux menaces et aux agressions physiques. La violence s’invite dans environ 30% des cas. Quelque 220 spécialistes se sont penchés mardi à Berne sur ce sujet complexe à l’occasion d’un congrès national, organisé par le Bureau fédéral de l’égalité.

Le stalking s’exerce entre collègues, membres d’une famille ou connaissances. Mais la moitié des cas concernent des ex-conjoints. Le témoignage de Raoul Jaccard, chef du Groupe menace et prévention de la violence de la police neuchâteloise, laisse entrevoir la tension dans laquelle vit une victime. Un couple se sépare après vingt ans de vie commune. Le mari est devenu au fil des ans toujours plus jaloux et possessif, surveille constamment son épouse, va jusqu’aux coups. Elle le quitte lorsqu’il s’en prend à leur fils. Le harcèlement commence alors. Raoul Jaccard lit un extrait de son audition: «Il n’a de cesse de me harceler, par téléphone et sur mes boîtes de courriels, même professionnelles. J’ai changé de numéro mais il a réussi à se procurer le nouveau.» Elle n’ose plus sortir de son bureau pendant ses pauses, de peur qu’il ne l’attende à la sortie. Le ton se fait peu à peu menaçant: «Il m’écrit qu’il comprend pourquoi il y a des gens qui tirent dans le tas. Il menace sans cesse de se suicider ou de s’en prendre à moi.» Lorsque monsieur est soumis à des mesures d’éloignement et à une thérapie par la justice, il s’estime victime d’une injustice, précise encore Raoul Jaccard. Après tout, il n’a fait qu’envoyer des lettres d’amour…

Personnalités fragiles
La prise de responsabilité du harceleur tout comme la prise de conscience des conséquences de ses actes sur sa victime représentent la partie ardue du travail de Wolf Ortiz-Müller, responsable de la cellule Stop-Stalking de Berlin. Le thérapeute évoque l’histoire de cet homme ayant envoyé près de 8000 mails à son ex-compagne en deux ans. «Un centième parlait de réconciliation. Le reste contenait des propos sexistes, en dessous de la ceinture, dénigrant la victime. C’était proprement dégoûtant.» Ce patient-là s’estime pourtant lui aussi victime d’une injustice, dépense des milliers en frais d’avocat pour assurer sa défense. Une absence de remise en question qui s’explique en partie par des personnalités fragiles, présentant des troubles de l’attachement, de l’abandon ou de compétences sociales.

Wolf Ortiz-Müller apporte des témoignages venus de l’autre côté du miroir, dressant un portrait nuancé des harceleurs. Le spécialiste identifie plusieurs types, entre celui qui cherche à rétablir une relation, celui qui ne sait traduire correctement son admiration pour sa victime ou encore celui qui cherche à se venger. «J’ai connu cette élève qui était tombée amoureuse de sa professeure et, n’assumant pas son homosexualité, a développé une forme de paranoïa. Ses pulsions sexuelles ont quant à elles été exprimées dans les nombreux messages adressés à l’enseignante.»

Le prix est lourd à payer pour la victime, qui souffre souvent de séquelles tant sur le plan psychologique que physique, social ou économique. Une situation de harcèlement peut déboucher sur un déménagement, une perte ou un changement d’emploi ou encore sur des coûts élevés, notamment en frais d’avocat dans le cas d’une action en justice. «Pendant des mois, les victimes sont dans un état de vigilance accrue, craignent d’être suivies par leur harceleur dans la rue, sursautent lorsque le téléphone sonne», témoigne Christine Gallas, psychologue du service ambulatoire des victimes de stalking de Mannheim. Troubles de l’anxiété, du sommeil, une perte de confiance ou encore une grande nervosité sont des symptômes courant. «Je ne connais pas un patient qui ne souffre pas de conséquences négatives», conclut la spécialiste. (24 heures)

Créé: 14.11.2017, 23h05

Des mesures de lutte complexes

En Suisse, des mesures de protection policière, comme une interdiction de contact ou de périmètre, peuvent être ordonnées. Enfin, tout dépend du canton. Seuls quinze cantons prévoient des mesures de protection, à des degrés variables. Le Canton de Vaud n’intervient par exemple qu’en cas de «danger général sérieux». Seuls neuf cantons, dont Genève et le Valais, prévoient des mesures spécialement pour le stalking, mais uniquement venant d’un ex-partenaire. Appenzell Rhodes-Intérieures et Uri sont les seuls à reconnaître tous les cas de harcèlement obsessionnel. La durée des mesures de protection est également variable, passant d’une dizaine de jours à une durée maximale de vingt jours, comme à Genève. Dans dix-neuf cantons, dont Vaud, une prolongation est possible. Des disparités qu’il faut gommer, de l’avis d’Aurelia Gurt, doctorante à l’Institut de droit de l’Université de Zurich. «L’interdiction de périmètre, d’approche et de contact devrait exister partout.» Une fois arrivée devant la justice, l’affaire est encore loin d’être résolue. En Suisse, le stalking ne constitue pas une infraction pénale spécifique. Les cas graves sont punis sous d’autres infractions pénales – menace, contrainte, injure, voies de fait… Ceux de peu de gravité relèvent quant à eux du Code civil. Une réalité qui a souvent fait débat sous la Coupole au cours des dernières années, sans pour l’heure porter ses fruits au parlement.

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