Les antiburqas s’offrent un débat national au forceps

VotationL’initiative fédérale sur l’interdiction de se dissimuler le visage sera déposée vendredi.

La récolte de signatures, comme ici à Lugano en 2016, a duré jusqu’au dernier moment.

La récolte de signatures, comme ici à Lugano en 2016, a duré jusqu’au dernier moment.

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Walter Wobmann respire. Mercredi, le conseiller national UDC soleurois et son Comité d’Egerkingen ont annoncé avoir récolté les 100'000 paraphes requis pour l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage» dans l’espace public. Deux jours avant la fin du délai. Vendredi, ils déposeront officiellement le texte, confirmant une information de la Luzerner Zeitung. Si la Chancellerie fédérale valide les paraphes et qu’aucune solution parlementaire ne se dessine, le peuple tranchera. Il aura à dire s’il faut inscrire dans la Constitution l’interdiction de dissimuler son visage sur l’ensemble de la Suisse. Seul le Tessin connaît aujourd’hui une telle mesure.

Walter Wobmann espère une votation d’ici à 2019. Celui qui était déjà à l’origine, avec le Comité d’Egerkingen, de la votation contre les minarets veut bannir ce bout de tissu, «symbole d’oppression envers les femmes». Il assure qu’il vise aussi un but sécuritaire en ciblant les hooligans encagoulés et les terroristes. Le rejet par le Conseil des Etats, en mars, de son initiative parlementaire sur le même thème – acceptée à une voix près seulement au National – n’ébranle pas son optimisme. Les difficultés rencontrées dans la récolte de signatures non plus. Il y a deux semaines, le comité lançait un appel «urgent» pour obtenir 10 000 paraphes manquants. «Nous sommes un petit groupe et une telle opération demande beaucoup d’efforts et d’organisation», avance-t-il.

Pour le conseiller aux Etats Andrea Caroni (PLR/AR), l’explication tient plutôt au fait que la population ne se sent pas concernée. «Il n’y a quasi personne qui porte la burqa en Suisse, hormis quelques touristes en été.» Depuis l’entrée en vigueur de la loi antiburqa au Tessin, en été 2016, seules quelques femmes ont été amendées. Tirant le même constat, Glaris refusait en mai d’interdire le voile intégral. Andrea Caroni en est persuadé, la démarche des initiants ne vise qu’à alimenter les tensions avec la communauté musulmane et à en profiter politiquement. Le PLR est paré pour mener l’opposition avec un comité regroupant des membres de tous les partis, UDC compris. Le débat promet d’être animé tant il dépasse les logiques partisanes.

Divisions partisanes

Chez les socialistes, les fractures sont déjà visibles. Le conseiller d’Etat Mario Fehr (ZH) avait déclenché des vagues en se déclarant favorable à un interdit. Le ministre vaudois Pierre-Yves Maillard lui emboîtait le pas. Le PS s’attelle depuis à clarifier sa position officielle. Le processus est toujours en cours. «Nous sommes opposés à la burqa, mais aussi à une interdiction, précise la vice-présidente du parti, Géraldine Savary (VD). Il existe d’autres moyens d’empoigner le problème que nous sommes en train d’étudier, comme une loi encadrant les pratiques religieuses, la formation d’imams ou le financement des Eglises.» Pour la socialiste Ada Marra (VD), ces mesures seront bien plus efficaces contre le communautarisme et l’extrémisme. «Une interdiction ne servira à rien. On l’a vu avec les minarets. Ces initiatives ne font au final que stigmatiser les musulmans et peuvent contribuer au repli sur soi.»

La droite ne partira pas unie non plus, même si une majorité d’élus bourgeois sont opposés à une interdiction, hormis à l’UDC. Andrea Caroni en est conscient mais ne présage pas d’échanges virulents sur un sujet qui «n’est pas si important». L’un des arguments qu’il portera tient au respect du fédéralisme: les questions sécuritaires et religieuses relèvent de la compétence des cantons.

Vice-président du PDC, Yannick Buttet (VS) fait partie des démocrates-chrétiens à avoir soutenu une interdiction au National. «La burqa est contraire aux valeurs suisses. Elle est humiliante et discriminatoire pour les femmes. On ne peut pas être opposé à la burqa et ne pas soutenir son interdiction. Il faut être cohérent.»

Présidente de la Commission fédérale contre le racisme, Martine Brunschwig Graf est opposée à l’interdiction de signes religieux. «Ce n’est pas ainsi qu’on règle ce genre de problématique.» L’ancienne conseillère nationale PLR s’en prend aux motivations des initiants. «Ils utilisent un symbole pour mener un combat dont ils ne donnent pas le nom. Derrière leur démarche, il y a une hostilité à l’égard des musulmans, comme lors du vote contre les minarets.»

Musulmans engagés

Ce scrutin et la campagne victorieuse menée par les antiminarets sont ancrés dans la mémoire du président de l’Union vaudoise des associations musulmanes, Pascal Gemperli. Lequel ne compte pas, cette fois, garder le silence. «En 2009, les communautés musulmanes ne s’étaient pas impliquées pour ne pas jeter de l’huile sur le feu. Cela a été contre-productif. Aujourd’hui, nous sommes mieux organisés et allons défendre notre point de vue.»

Le Vaudois estime que peu de musulmans prendront la défense de la burqa. «Nous sommes cependant opposés à une interdiction, d’autant plus en raison de la nature de l’organisation qui la promeut. Le Comité d’Egerkingen est obsédé par l’islam.» (24 heures)

Créé: 13.09.2017, 21h34

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