Un appel à durcir l'accès à la maturité

EducationLes cantons sont hésitants à donner un tour de vis. Le conseiller fédéral Schneider-Ammann les presse à plus de sévérité.

Le conseiller fédéral Schneider-Ammann prône plus de sévérité pour la maturité.

Le conseiller fédéral Schneider-Ammann prône plus de sévérité pour la maturité. Image: KEYSTONE/Peter Schneider

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Il ne doit plus être possible d’obtenir la maturité avec des notes insuffisantes en mathématiques et en langue première – le français en Suisse romande, l’allemand en Suisse alémanique. C’est la conviction du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. Le ministre de l’Education et de la Recherche invite les cantons à agir. Dans une prise de position écrite adressée à la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP), il réclame que les critères de réussite s’appliquant au parcours gymnasial soient rendus «plus sévères».

Révélée par la NZZ am Sonntag, cette intervention du conseiller fédéral bernois a le mérite de braquer les projecteurs sur une série de décisions que la CDIP a prises le 17 mars 2016, lors de son assemblée plénière. Jusqu’à présent, celles-ci n’avaient guère eu d’écho en Suisse romande.

Les chefs cantonaux de l’Instruction publique se sont mis d’accord pour mieux préciser dans le plan d’études gymnasiales les compétences à acquérir dans les deux «disciplines de base» que sont la langue première et les mathématiques. Mais ils ont refusé de corriger, dans l’immédiat, le mécanisme controversé qui permet de compenser une note insuffisante dans ces branches par une note élevée dans une autre matière. Aujourd’hui, un 3,5 en maths peut être compensé par un 5 en musique ou en sport. Par ailleurs, au maximum quatre notes insuffisantes (en dessous de la moyenne fixée à 4) sont autorisées.

Sous pression à ce sujet, la CDIP ne veut pas exclure une évolution ultérieure du règlement fédéral sur la maturité. Elle a annoncé vouloir procéder à un réexamen des critères de réussite. Elle promet de se concerter avec la Confédération. La mise en œuvre du règlement par chacun des 26 cantons sera analysée d’ici à la fin de l’année 2016. Puis un groupe de travail réfléchira à d’éventuelles mesures correctrices. La CDIP statuera sur ces propositions le moment venu.

L’impatience monte

Encore une mesure dilatoire? Les partisans d’une sévérité accrue s’impatientent. Les critiques récurrentes contre des lacunes identifiées de la maturité fédérale remontent à plus de dix ans. Elles ont entraîné le lancement d’une évaluation des conditions d’obtention de la maturité en Suisse. Cette vaste enquête a été menée de 2005 à 2008; elle a porté sur 3770 bacheliers. Résultat le plus spectaculaire, il a été établi qu’une partie «non négligeable» des bacheliers ont des compétences insuffisantes dans au moins une des deux branches de base. En mathématiques, c’était le cas pour un diplômé sur quatre en 2007.

Cette enquête a créé un deuxième malaise en rendant visibles les disparités énormes de niveaux atteints entre bacheliers et plus encore entre classes. «C’était inattendu», commentait à l’époque Franz Eberle, le professeur zurichois qui a dirigé l’évaluation. En mathématiques, la meilleure classe obtenait des résultats trois fois supérieurs à la moins bonne. En langue première, l’écart était moins grand mais important.

A l’issue de son enquête, Franz Eberle a émis plusieurs recommandations. La principale était précisément de ne plus autoriser la compensation de notes insuffisantes dans les branches de base. Sans remettre en cause l’orientation généraliste du certificat fédéral de maturité (le cursus porte sur 12 branches), il n’estimait «pas souhaitable» que des gymnasiens puissent tirer un trait sur les mathématiques ou la langue première, deux branches trop importantes pour réussir plus tard un cursus académique.

Cantons sur la défensive

Cette recommandation a brusqué les cantons. Ils ont beaucoup parlé, mais peu agi. Jaloux de leur autonomie, ils se sont mis d’accord en septembre 2012 sur une manœuvre tactique. D’un côté, ils ont botté en touche la discussion sensible sur le mécanisme de compensation; de l’autre, ils ont chargé un groupe de travail de préciser les compétences à acquérir dans les deux disciplines de base entrant dans l’aptitude générale aux études supérieures.

Ce sont justement les propositions de ce groupe d’experts que la CDIP a acceptées en mars, presque quatre ans plus tard. Les cantons sont invités à compléter leur plan d’études gymnasiales. La CDIP y voit l’instrument approprié pour «renforcer globalement la qualité de la maturité».

L’exigence réitérée par Johann Schneider-Ammann d’agir sur les critères de réussite a le soutien de quelques cantons, plutôt alémaniques. Les Latins y sont réticents, confie un haut fonctionnaire romand. Les maîtres de gymnase et les maîtres de mathématiques, via leurs associations, demandent aussi une révision de l’actuel mécanisme de compensation des notes. Ils y voient un facteur affaiblissant la maturité.

Plusieurs modèles évoqués

Plusieurs modèles sont en discussion dans les milieux spécialisés, rappelle la NZZ am Sonntag. On pourrait exclure de la compensation les deux disciplines de base; la note dans ces deux branches pourrait être frappée d’une pondération supérieure; une règle nouvelle pourrait imposer d’atteindre un minimum de 8 points dans ces deux branches. Ces variantes et d’autres seront à évaluer par le groupe de travail mis sur pied. «Le processus est ouvert, tout est possible», a assuré le président de la CDIP, le Bâlois Christoph Eymann. Il devançait la grogne des sceptiques qui redoutent une nouvelle manœuvre pour ne rien imposer à des cantons sur les pattes de derrière.

En attendant, la CDIP vient d’adopter une recommandation validant l’intérêt à harmoniser, un peu, les examens de maturité. Les rares expériences dans ce sens sont qualifiées de «bonnes pratiques» et la CDIP entend les «encourager». Mais rien ne sera imposé, on restera sur une base volontaire. Pour réduire la diversité des résultats atteints par les bacheliers, Franz Eberle avait à l’époque déjà invité les cantons à un peu d’audace. Les expériences de comparaison de leurs résultats étaient encouragées. Un pas prudent est franchi. (24 heures)

Créé: 25.04.2016, 08h05

La maturité en chiffres

En Suisse
Un jeune de 20?ans sur cinq (20,2%, chiffre de 2014) a la maturité gymnasiale, sésame pour entrer à l’Université. Avec les maturités professionnelles et spécialisées, le taux national moyen grimpe à 37,5%.

Disparités
De fortes différences entre cantons existent pour l’accès à la maturité gymnasiale. Saint-Gall a le taux le plus bas (14,2%), Genève le plus élevé(29,5%). Vaud est à 23,5%.

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