Appel à revoir la répartition des requérants en Suisse

AsileUn chercheur montre que les réfugiés trouvent plus facilement du travail si l’on tient compte de leur langue. Explications et réactions

Le politologue Daniel Auer.

Le politologue Daniel Auer. Image: DR

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«Une roulette de la langue.» C’est ainsi que Daniel Auer, doctorant à l’Institut de hautes études en administration publique à Lausanne, qualifie la répartition des demandeurs d’asile entre cantons. Cette distribution aléatoire ne tient pas compte des compétences linguistiques. Or, le résultat a des conséquences. Comme l’a révélé le Tages-Anzeiger, les recherches de Daniel Auer montrent qu’après deux ans, les francophones établis en Suisse romande ont 20% plus de chances de trouver un travail que ceux installés en Suisse alémanique.

Le politologue a épluché les statistiques entre 2000 et 2012. Il s’est concentré sur les requérants d’asile et les personnes admises à titre provisoire. «Cette différence dans la chance de trouver un travail se constate dès le départ et augmente avec le temps jusqu'à atteindre 20% après deux ans», précise-t-il. Ne finit-elle pas par s'estomper? «D’un côté, on peut imaginer que ces francophones apprennent l’allemand. Mais de l’autre, une personne qui n’a pas travaillé durant plusieurs années a plus de difficultés à trouver un job.»

Le risque serait celui d’une «spirale négative». Les réfugiés au bénéfice d’un permis B, eux, ont le droit de déménager d’un canton à l’autre. «Mais seulement ceux qui ne dépendent pas de l’aide sociale, complète Daniel Auer. Dans les faits, il semble donc que beaucoup d’entre eux ne peuvent pas bouger.» Selon lui, il faudrait revoir le système de répartition: «La méthode aléatoire garantit la transparence et la neutralité. Mais on pourrait considérer la question linguistique sans procéder à un changement radical.»

Daniel Auer souligne que cela aurait un intérêt financier. D’une part, les autorités n’auraient pas à investir dans des cours de langue. D’autre part, l’intégration professionnelle réduit les dépenses d’assistance. Dans son étude, 8% des personnes parlaient français. L’allemand est bien moins connu. Ne risque-t-on pas d’augmenter la pression en Romandie? «Celle-ci accueille quelque 25% des réfugiés. On pourrait prendre en compte les langues sans remettre en cause ce pourcentage.»

A Berne, le conseiller national Balthasar Glättli (Verts/ZH) va déposer une intervention en ce sens. La proposition est bien accueillie. «Cela permettrait d’accélérer l’intégration», réagit Valérie Piller Carrard (PS/FR). Philippe Nantermod (PLR/VS) qualifie l’idée de «bonne». Pour Jean-Luc Addor (UDC/VS), la priorité est de mieux contrôler les frontières. «Mais une fois que ces personnes sont là, il est bon de se préoccuper de leur langue dans leur répartition.»

Selon le SEM, toutefois, la solution actuelle permet d’éviter la concentration d’un groupe dans une région. Il estime que la prise en compte de nouveaux critères causerait des frais supplémentaires «considérables» - notamment pour évaluer les compétences de chacun. Finalement, vu leurs pays d’origine, ces migrants francophones obtiennent rarement le droit de rester en Suisse: la répartition des renvois ne serait pas non plus uniforme.

Interrogé par le Tages-Anzeiger, le conseiller d’Etat vaudois Philippe Leuba ajoute que la plupart des demandeurs d’asile francophones viennent de pays avec lesquels la Suisse n’a pas d’accord de réadmission. Ils ne peuvent pas être renvoyés sans leur consentement. Un changement pénaliserait donc les cantons romands. Si le Vaudois se dit ouvert à la discussion, il précise qu’il faudrait prendre en compte toutes les conséquences et prévoir un mécanisme de compensation.

Son homologue genevois, Pierre Maudet, s'exclame: «Si c’est possible, il faut évidemment répartir les réfugiés statutaires et admis provisoires en fonction de la langue. Cela facilitera leur intégration, leur employabilité et donc leur prise en charge financière par eux-mêmes. A Genève, par exemple, les cours de langue coûtent environ 1,5 million de francs, remboursés par le SEM. Veut-on vraiment gaspiller cet argent?»

Créé: 10.04.2017, 19h30

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