L’Aquarius cherche un autre pavillon après le niet suisse

Crise migratoireLe Conseil fédéral refuse de faire une exception. Le navire qui vient en aide aux réfugiés ne battra pas pavillon suisse. La décision divise.

Affrété en partenariat par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, l’Aquarius vient au secours des migrants en Méditerranée, ici au large de la Libye en septembre 2017. Le navire est actuellement bloqué dans le port de Marseille. REUTERS/TONY GENTILE

Affrété en partenariat par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, l’Aquarius vient au secours des migrants en Méditerranée, ici au large de la Libye en septembre 2017. Le navire est actuellement bloqué dans le port de Marseille. REUTERS/TONY GENTILE Image: Reuters

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La décision est désormais officielle. La Suisse refuse d’accorder son pavillon au navire de sauvetage en mer Aquarius. «Le Conseil fédéral considère qu’il n’est pas en mesure d’appliquer la clause d’exception de la loi sur la navigation maritime au navire», estime le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis.

Cette annonce est l’épilogue d’un dossier qui est monté en puissance ces dernières semaines. SOS Méditerranée, affréteur du navire Aquarius, s’était vu retirer fin septembre son pavillon panaméen. Pour qu’il puisse reprendre ses activités de sauvetage, de nombreux politiciens se sont engagés. Outre l’interpellation des conseillers nationaux Ada Marra (PS/VD), Guillaume Barazzone (PDC/GE) et Kurt Fluri (PLR/SO), diverses personnalités, dont l’ex-conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey et l’ex-procureure générale de la Confédération Carla Del Ponte, avaient appelé les sept Sages à reconnaître le navire. Une pétition allant dans le même sens et munie de 25 000 signatures avait également été déposée à Berne début octobre. En vain.

Réponse «incohérente»

«Nous sommes très déçus, explique Julie Melichar, chargée de communication de SOS Méditerranée. Mais nous ne baissons pas les bras. Nous sommes en discussions avec d’autres pays pour obtenir un pavillon. Pour nous, l’essentiel, c’est de reprendre la mer le plus vite possible.»

Dans sa réponse, le Conseil fédéral estime que les opérations de secours en Méditerranée nécessitent une approche de l’admission des réfugiés coordonnée. «Une solution européenne viable doit être trouvée, qui respecte les règles de secours en mer et garantisse des ports de débarquement sûrs ainsi qu’un mécanisme de répartition des personnes débarquées. Une telle solution n’est pas encore une réalité. Dans ce contexte, les actions isolées risquent de compromettre la nécessaire coopération entre les États, au lieu de l’encourager.»

Cette réponse reste en travers de la gorge de Julie Melichar. «C’est totalement incohérent. Nous aussi, nous attendons une réponse coordonnée, mais nous ne sommes pas d’accord de laisser des gens se noyer en mer en attendant qu’elle arrive.»

Cette vision est partagée par Ada Marra: «L’Aquarius, c’est le symbole de la fin du courage politique. On exigeait un choix éthique de notre gouvernement, il préfère une politique mortifère. En refusant de trouver une solution, on s’évite un «problème», celui de devoir réfléchir à comment se répartir ces réfugiés chez nous.»

Reste que Christoph Hempel lui-même (ndlr: l’armateur allemand du bateau de sauvetage) ne voyait guère comment la Suisse pourrait sauver le navire actuellement bloqué dans le port de Marseille. Dans une interview parue dans «Le Temps», il expliquait ceci: «Nous sommes un petit armateur et n’avons que quatre navires. Je ne peux pas créer un bureau en Suisse qui s’occupe uniquement de l’Aquarius, les coûts seraient trop élevés.»

Partant de ce constat, ce combat en valait-il vraiment la peine? «Évidemment, répond Ada Marra. Notre pétition est soutenue par des Prix Nobel, des ONG, des professeurs de droit. Il existe un appui démocratique et populaire à nos revendications. Nous en sommes désormais à quelque 36 000 signatures. C’est largement plus que la pétition anti-Aquarius.»

Addor: «On sauve des vies»

Lancée en réaction à cet appel, une autre pétition en ligne n’a en effet recueilli que 2600 signatures. Son instigateur, le conseiller national Jean-Luc Addor (UDC/VS), salue la décision du gouvernement. «Le Conseil fédéral nous a entendus. Il n’est pas tombé dans le panneau. Qu’elles le veuillent ou non, les ONG qui soutiennent l’Aquarius encouragent les actions des passeurs et des réfugiés qui tentent la traversée en sachant qu’ils pourront être repêchés. En entravant cette action pseudo-humanitaire, on limite le travail des passeurs et on sauve des vies.»

De 2016 jusqu’à ce jour, le navire Aquarius – affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières – a déjà sauvé près de 30 000 migrants tentant de rejoindre l’Europe.

Créé: 03.12.2018, 18h30

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