Pour arrêter de fumer, les nouvelles technologies s’imposent

SantéRéseaux sociaux, applications, jeux et intelligence artificielle sont utilisés par les milieux de la prévention.


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En 2016, le programme «J’arrête de fumer» a réuni 7000 Romands sur Facebook. Une communauté dont le but était d’écraser sa dernière cigarette. Une solution d’avenir? La prévention mise sur les nouvelles technologies. Des programmes faisant appel aux réseaux sociaux et des applications se sont développés. Et dans son panorama 2019, publié mardi, Addiction Suisse souligne qu’il faut mieux toucher les jeunes, en utilisant ces outils de prévention.

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Cette même année 2016, 13,5% des candidats inscrits sur Facebook ont réussi leur pari. À titre de comparaison, les chances d’y parvenir sans aucune aide sont de 3%. Soutenu au départ par les pouvoirs publics, le programme vole désormais de ses propres ailes et ses participants doivent débourser 75 francs. Depuis l’an dernier, les fumeurs bénéficient des services de bots intelligents. Ces logiciels ont été développés par la start-up ObeeOne avec la HES-SO Valais.

Difficile réponse immédiate

«Dans nos premiers groupes, la difficulté était d’apporter une réponse immédiate, et surtout individualisée, à tous les candidats. Des centaines de collaborateurs disponibles 24 heures sur 24 n’y auraient sans doute pas suffi», explique Roland Savioz, CEO d’ObeeOne. En passant par le téléphone portable, un petit robot va questionner le fumeur pour mieux le connaître et analyser ses habitudes de consommation. Ces informations seront utilisées pour le soutenir. À six mois, le taux de succès atteint 25,2%.


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En 2015, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a lancé pour sa part l’application SmokeFree Buddy. Dans ce projet, ceux qui veulent arrêter choisissent un proche pour les soutenir ou peuvent s’encourager entre deux fumeurs. Ce programme est arrivé à son terme. L’Institut de santé globale (ISG) à l’Université de Genève a relooké dernièrement son application Stop Tabac, qui propose là aussi un soutien personnalisé durant une année et un accès à une tribu dans laquelle une psychologue et des modérateurs interviennent.

Autre exemple, les «serious games», ces jeux vidéo à visée pédagogique, sont utilisés pour atteindre l’abstinence. Addiction Suisse cite Smokitten. Dans ce jeu vidéo destiné aux 25-45 ans, le joueur incarne un petit chat qui doit tenir 222 jours sans fumer. Du yoga à la boxe, des activités lui sont proposées en cas d’envie. Les joueurs sont aussi encouragés par des enfants de 10 à 12 ans qui, eux, s’amusent à Smokitten Park. Fini les vieux fascicules! L’idée est de créer un groupe, de partir à la rencontre des consommateurs, de les aider au plus près de leurs besoins, avec des moyens plus ludiques pour relayer l’information. «Ces programmes permettent de toucher des gens qui, autrement, ne demanderaient pas d’aide», ajoute Jean-Paul Humair, médecin et directeur du Centre d’information et de prévention du tabagisme à Genève. 73% des participants au programme «J’arrête de fumer» sont des femmes. Près de 60% d’entre eux ont entre 25 et 44 ans. Les applications de Stop Tabac et de SmokeFree Buddy visent aussi cette classe d’âge.

Et les jeunes? «Pour les atteindre, il faudrait certainement employer d’autres réseaux sociaux que Facebook», avance Jean-Paul Humair. À l’entendre, la piste est intéressante: les jeunes crochent plus facilement avec les nouvelles technologies et n’utilisent pratiquement pas les canaux de soins habituels, comme les consultations.

Enjeu de taille

L’enjeu est de taille. Les jeunes sont confrontés six fois plus souvent à des publicités pour le tabac qu’à des messages de prévention, précise Addiction Suisse dans son panorama. «Il est difficile de cibler cette population, alors que le lobbying des fabricants est très présent sur les réseaux sociaux. Des influenceurs sont engagés par les fabricants et la cigarette est très présente dans les vidéos partagées sur les portables. Cela rend le tabac attractif et nous avons du mal à concurrencer cette image», regrette Evelyne Laszlo, tabacologue chez Stop Tabac. Pour les milieux de la prévention, il est urgent d’inverser les forces. «Face aux jeunes, deux choses fonctionnent: la hausse du prix et une baisse de la visibilité du produit», poursuit Evelyne Laszlo. D’où l’appel aux politiques pour qu’ils serrent la vis, en interdisant notamment la publicité (lire encadré).


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(24 heures)

Créé: 05.02.2019, 22h00

«Des mesures de prévention doivent être prises»

Addiction Suisse a publié ce mardi son panorama des addictions, dont nous présentons plusieurs chiffres ci-dessus. Sa porte-parole, Monique Portner-Helfer, répond à nos questions.

Les chiffres que vous publiez vous surprennent-ils?

Ce qui est frappant, c’est que la situation ne bouge pas. Le taux de fumeurs stagne depuis près de sept ans. L’ivresse ponctuelle, durant laquelle une personne boit beaucoup d’alcool en une seule fois, a fini par se stabiliser après avoir beaucoup augmenté. En ce qui concerne le cannabis et la cocaïne, des études suggèrent que leur consommation a légèrement augmenté. Pour que ces chiffres puissent diminuer, des mesures de prévention doivent être prises.

Vous critiquez des décisions politiques prises l’an dernier. 2018 a-t-elle été une année noire pour la prévention?

Cela ne date pas de l’an dernier! Le parlement fédéral ne veut pas réglementer ces produits d’une manière efficace. On l’avait déjà vu avec la loi sur l’alcool, dont la révision a été abandonnée en 2015. En 2017, la vente d’alcool sur les aires d’autoroute a été autorisée. Les fabricants font pression et combattent avec succès toute révision. Il y a un manque de volonté politique alors que les substances psychoactives causent 11 000 décès chaque année dans notre pays.

Quelles sont vos priorités?

Pour l’alcool, nous demandons l’interdiction de produits à très bas prix et de restreindre les horaires de vente durant la nuit. Les cantons de Genève et de Vaud l’ont fait, nous souhaitons que d’autres suivent. Pour le tabac, il faut interdire la publicité, comme le demande une initiative (ndlr: qui vise la publicité atteignant les enfants et les jeunes) dont les signatures sont récoltées actuellement. Pour le cannabis, il faut prendre le débat à l’envers. Nous avons aujourd’hui une interdiction totale qui n’est pas respectée, une grande disponibilité du produit et une situation juridique peu claire pour les consommateurs. Il faut donc rechercher des modèles de régulation autres – que nous souhaitons plus stricts que pour l’alcool et le tabac – et qui nous permettent de reprendre l’initiative dans ce domaine. C’est ce que souhaitent de nombreuses villes et cantons suisses qui ont développé des projets pilotes dans ce sens. Nous les soutenons dans cette initiative.

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