Les atouts et handicaps de Pierre Maudet vu de Berne

Conseil fédéralLe conseiller d'Etat genevois présente des qualités et des défauts selon la lorgnette fédérale. Le point.

Pierre Maudet se lance dans la bataille.

Pierre Maudet se lance dans la bataille. Image: Keystone

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«A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire». Fort de cet adage, Pierre Maudet a décidé de se lancer dans la bataille même si les augures fédéraux ne lui sont pas favorables. Revue de ses atouts et de ses handicaps vus de la Berne fédérale.


Edito: «Vaud doit passer la vitesse supérieure»


LES ATOUTS

1/ Du sang frais à la Macron. La moyenne d’âge du Conseil fédéral est plutôt élevée puisqu’elle approche les 60 ans. On y compte qu’un seul quadra en la personne de Berset. Avec ces 39 ans, Maudet apporte donc du sang neuf et, contrairement au candidat Macron en France, il a déjà passé l’épreuve du feu des élections. Il amène aussi un charisme, une brillance intellectuelle qui lui sera très utile lors des auditions devant ses pairs. Belle gueule comme Macron, il a tout pour séduire rapidement. Il compte aussi dans son entourage des fonctionnaires qui connaissent très bien la mécanique bernoise et l’appui de politiciens, comme Christian Lüscher, le vice-président du PLR Suisse. Utile pour éviter les chausse-trappes fédérales dont avait été victime Martine Brunschwig Graf.


A lire: Pierre Maudet: «Je vais à Berne pour parler des sujets de fond»


2/ Une éloquence à faire pleurer Schneider-Ammann Alors que Johann Schneider-Ammann bute sur ses mots, même en allemand, Maudet dispose d’une éloquence nettement supérieure à la moyenne. Il n’a pas attendu sa candidature pour poser ses jalons sur la scène fédérale. Il donne régulièrement des interviews dans la presse alémanique sur les sujets touchant à la sécurité. Comme le Genevois a du répondant et de la substance, les médias d’outre Sarine le qualifient depuis plusieurs années de “shooting star” du PLR. A l’aise en allemand, Pierre Maudet a aussi travaillé son italien. Une planification méthodique qui va lui servir car il va être confronté à des candidats qui maîtrisent les trois langues nationales.

3/Un positionnement centre droit Pierre Maudet a l’avantage de ne pas être positionné trop à droite comme un Christian Lüscher. Partisan d’une économie de marché libérale encadrée par un Etat fort, il peut recueillir une majorité des 246 voix à l’Assemblée fédérale. La barrière la plus dure pour Maudet sera de convaincre le groupe PLR, plus à droite que lui, de le mettre sur le ticket. Ensuite, il peut aller écrémer des voix à gauche où l’on tire déjà à boulets rouges sur Cassis, le “vendu” aux assureurs maladie. Pour assurer son succès, il lui faut engranger un maximum de voix centristes et même tenter de grappiller quelques suffrages à l’UDC, où il n’est pas en odeur de Sainteté. La PS Micheline Calmy-Rey avait réussi ce tour de force.

4/ Une expérience gouvernementale A la différence du favori Ignazio Cassis, Pierre Maudet dispose d’une véritable expérience gouvernementale aussi bien en Ville de Genève que sur le canton. Il sait donc diriger une administration et il peut se prévaloir d’un bilan. Aux yeux du grand public, cela compte. Mais pas vraiment chez les parlementaires fédéraux qui préfèrent généralement élire un de leurs pairs. Pour eux, Doris Leuthard ou Alain Berset démontrent à l’envie qu’une expérience dans un gouvernement cantonal n’est pas un pré-requis. Maudet ne pourra donc pas surjouer de cette compétence. Par contre elle va lui servir indirectement. Il peut se prévaloir de servir l’Etat depuis longtemps et pas un lobby, comme… celui des assureurs maladie.

LES HANDICAPS

1/ La vague tessinoise Avec Micheline Calmy-Rey, Genève a été représentée au Conseil fédéral il n’y a pas très longtemps. De 2003 à 2011 pour être exact. Le Tessin, seul canton pleinement italophone, n’est plus au Gouvernement depuis le siècle dernier (1999). Il y a un très fort mouvement en faveur du Tessin lors de cette élection, notamment chez les élus alémaniques. Certains s’inquiètent de la radicalisation du Tessin sous l’emprise de la Lega et y voient le moyen de calmer les choses. D’autres ne supportent pas que les Romands aient le toupet de s’accrocher à leur 3e siège au Gouvernement, ce qui les place en surreprésentation flagrante. Maudet a donc tout intérêt à dépasser rapidement la question régionale qui le plombe. Voilà pourquoi il axe sa campagne sur «les projets de fond».

2/ L’absence sous la Coupole Pour un homme, il est très difficile de passer de la case de conseiller d’Etat à celle de conseiller fédéral sans avoir siégé à Berne. Les femmes y parviennent (Calmy-Rey, Widmer-Schlumpf), mais pas les hommes. Alors bien sûr, Pierre Maudet a été président de la Commission fédérale pour la jeunesse et il s’est fait connaître auprès des directeurs cantonaux de la sécurité de par sa présidence de la Conférence latine. Mais cela pèse moins que de siéger sous la Coupole et de tisser son réseau dans les travées parlementaires. Maudet a la difficulté supplémentaire d’affronter non pas un simple élu mais le chef du groupe parlementaire PLR. Cassis est déjà connu de tous les grands électeurs et possède une bonne longueur d’avance.

3/ Le mauvais sexe Après le départ de Calmy-Rey, de Widmer-Schlumpf et bientôt celui de Leuthard, la représentation féminine se réduit comme peau de chagrin au Conseil fédéral. Les Vaudois l’ont bien senti eux qui sont en train de préparer une candidature féminine avec de Quattro ou Moret. Ce critère trouve un large écho à Berne , surtout dans les partis de gauche et du centre. Pierre Maudet ne peut pas changer de sexe, mais il doit éviter de passer pour un Ladykiller. D’où son discours sur la nécessité de dépasser les catégories (femmes, jeunes, etc) pour privilégier la confrontation des idées.

4/ Un candidat qui polarise A Berne, pour être élu, il faut avoir le moins d’ennemis possibles. Voilà pourquoi des candidats au profil peu marqué remportent en général la mise. Or Pierre Maudet adore donner des leçons, à droite et à gauche. Sur l’armée, sur le Service de renseignements, sur la centralisation des registres cantonaux, sur les relations européennes, etc. Tout cela provoque des irritations. Et chez les élus, on n’aime pas trop les fortes têtes. Blocher y a laissé la sienne après 4 ans de mandat. Maudet a tout intérêt à faire passer son image de «Monsieur-je-sais-tout» sur le compte du jeune challenger qui prend des risques pour le bien de la Suisse.

Créé: 04.08.2017, 17h10

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