Très attaché au libéralisme, Nantermod reste droit dans ses bottes

PortraitLongtemps vu comme le jeune premier, Philippe Nantermod (PLR), 34 ans, a une longue carrière derrière lui.

Dans le groupe PLR, je souhaite être l’un des prochains à avoir un enfant. La sérénité d’une famille est apaisante face à la bagarre permanente qu’est la politique…

Dans le groupe PLR, je souhaite être l’un des prochains à avoir un enfant. La sérénité d’une famille est apaisante face à la bagarre permanente qu’est la politique… Image: Jean-Paul Guinnard

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Ce jeudi à Berne, Philippe Nantermod est très sollicité. Un peu nerveux aussi. Entre deux questions, il lance un coup d’œil à sa montre, un autre à son portable. La veille, le conseiller national (PLR/VS) a expliqué à la TV avoir accepté de participer à des séances de réflexion du Groupe Mutuel – cinq ou six par année – pour une rémunération de 10'000 francs. Face à la caméra et malgré les critiques du conseiller d’État vaudois Pierre-Yves Maillard, il assume. Mais après avoir discuté avec ses proches et dormi «quatre heures de mauvaise qualité», il annonce sur les réseaux sociaux qu’il renonce et présente ses excuses.

Le «jour d’après», Philippe Nantermod n’a pas totalement digéré. Il explique n’avoir jamais été à l’aise dans cette affaire. «J’étais vraiment mal mercredi soir, je suis un bileux… Maintenant, je me sens mieux. J’ai fait une erreur, je n’aurais jamais dû accepter cette offre.» L’anecdote n’en est pas totalement une. En politique, le Valaisan n’apprécie ni la tiédeur ni le manque de courage. Il se veut indépendant et quand on lui demande s’il aime la provocation, il sourit: «J’ai une chronique dans «Le Temps» toutes les deux semaines. Quand je l’écris, c’est un bonheur d’imaginer que des gens vont hurler en la lisant… Il ne faut pas trop se prendre au sérieux.»

Pascal Couchepin comme modèle

Cet homme-là agit vite, parfois un peu trop, et toujours à droite. Son camarade de parti Christian Lüscher évoque «un politicien fougueux, capable de se remettre en cause, bon orateur et sérieux en commission». Si la conseillère nationale socialiste Ada Marra regrette son «ultralibéralisme libertaire», elle salue son intelligence et son humour. Philippe Nantermod pratique la course à pied et voudrait participer au Marathon de New York. Dans sa vie aussi, il est rapide. Un coup d’œil à son CV le confirme. Depuis qu’il a rejoint le PLR à 17 ans, on l’a vu président de la section jeune, puis vice-président romand du parti. Et après le Grand Conseil valaisan, il a rejoint le Conseil national en 2015. Aujourd’hui, il occupe deux commissions importantes – la Santé et la Commission de gestion.

De son enfance, il évoque la liberté offerte par les montagnes valaisannes. «On avait une forêt derrière la maison, on faisait des cabanes et des guerres contre le camping d’à côté. On avait monté un groupe, les aventuriers juniors, et on réalisait un journal qu’on vendait à Morgins. Ça m’amusait, j’ai toujours aimé organiser les choses.» C’est peut-être de là qu’est née sa passion de la politique. Pour l’expliquer, il évoque surtout un autre PLR valaisan, Pascal Couchepin. «Je ne serais pas là s’il n’avait pas été élu au Conseil fédéral.» C’était en 1998, il avait 14 ans. «Je l’ai suivi, son discours me parlait, il était clair et cela m’a poussé à m’intéresser à la politique.» Son credo? «J’aime cette idée que nous pouvons organiser notre vie comme nous le souhaitons.» Il a notamment défendu les taxis Uber, s’est battu contre le prix unique du livre ou contre la redevance radio-TV. Et ces prochaines semaines, on le verra soutenir la loi octroyant davantage de pouvoirs aux assurances sociales pour surveiller les assurés.

Son ascension lui a valu une réputation de jeune loup hyperactif et ambitieux. «C’est un défaut d’être très ambitieux? Un pays avec des gens ambitieux est un pays qui marche.» Jeune, il l’est forcément un peu moins. L’avocat s’amuse à préciser qu’il n’est plus le cadet de la députation PLR au parlement fédéral, Damien Müller ayant six mois de moins que lui. Son premier combat national – contre le droit de recours des organisations écologistes – date d’il y a dix ans déjà. Il l’a perdu. «Avec le recul, ce n’est peut-être pas si mal.» A-t-il changé avec les années? «J’ai davantage de sensibilité pour les questions environnementales et je suis plus consensuel, même si cela ne se ressent pas.» Lors de la session parlementaire qui vient de se terminer, il a soutenu la révision de la loi sur l’égalité qui exige que les entreprises de plus de 100 employés contrôlent l’égalité salariale. «C’est mon épouse qui m’a rendu attentif à ces questions. Pour moi, ce n’était pas très important, mais son discours féministe m’a influencé. On a un gros problème d’égalité qui doit être résolu. Et s’il n’est pas si important, cette loi permettra de le savoir.»

Le désir de fonder une famille

Pour lui, la politique est un jeu dans lequel il n’y a rien de plus «grisant» que de parvenir à faire appliquer l’une de ses idées. Il précise avec fierté que sur la dizaine de propositions soumises au parlement, il a enregistré «sept ou huit» victoires. Un peu narcissique? Il l’admet, en glissant: «Je fais de la politique…» Cela aurait aussi pu être autre chose. Dans sa jeunesse, il a fait de la programmation et à 14 ans, il a créé sa propre entreprise informatique. On l’a aussi vu organisateur d’un festival de musique à Morgins et «mauvais guitariste dans un bon groupe de rock». Il a commencé des études de lettres avant de tenter les examens de sciences politiques à Paris. «Je me suis pris une taulée et je ne savais plus que faire.» Le droit lui semblait le choix «le plus solide». Dans la foulée, il a passé son brevet d’avocat et ouvert une étude à Sion, à laquelle il consacre environ la moitié de son temps.

Ambitieux, il le reste. On évoque le Conseil fédéral. Philippe Nantermod botte en touche, prouvant qu’il sait malgré tout user de la langue de bois. «Le Conseil fédéral, c’est aussi une question d’être au bon endroit au bon moment. Et ce n’est pas d’actualité.» Il évoque un autre objectif, d’ordre privé. Le Valaisan s’est marié en juin 2017 avec Julie, «une très belle femme de 36 ans, brillante, avec qui j’ai des conversations passionnantes». Et désormais, il veut fonder une famille. «Dans le groupe PLR, je souhaite être l’un des prochains à avoir un enfant. La sérénité d’une famille est apaisante face à la bagarre permanente qu’est la politique… Et je ne vous parle pas du métier d’avocat!»

Créé: 02.10.2018, 09h00

Bio Express

1984 Naissance le 27 mars. Son père dirige les Remontées mécaniques de Morgins. Sa mère, décoratrice de formation, est assistante médicale.

1999 Ses parents se séparent. Il a deux frères cadets, un demi-frère et une demi-sœur.

2001 Adhésion au PLR, alors que sa famille est de tradition PDC.

2008 Campagne contre le droit de recours des organisations écologistes. Un échec. Il aura plus de succès en 2012 dans son combat contre le prix unique du livre.

2009 Député suppléant au Grand Conseil valaisan. Il obtient un siège en 2013.

2012 Ä la tête des jeunes PLR, il invite Gérard Depardieu à venir s’établir en Suisse.

2015 Il rejoint le Conseil national, où il reprend la place de Jean-René Germanier, l’ancien président du National.

2017 Il épouse Julie, rencontrée pendant ses études de droit.

2019 Il se représentera au Conseil national.

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