Dans l'attente d'un centre national de lutte contre la cybercriminalité

SécuritéUn réseau national d'experts cyber et une offensive de formation auprès des polices et des procureurs seront mis en place.

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Internet, dans sa version la plus sombre, est-il le nouvel eldorado des criminels en Suisse? Pas du tout, répondait encore le Conseil fédéral en 2016, interpellé sur la question par Christian Imark (UDC/SO). Et de fournir une preuve: l’opération «Onymous». En 2014, la police fédérale (FedPol) avait pris part à cette grande opération policière coordonnée par Europol. Trente-trois places de marché illégales du Darknet avaient été fermées et 17 personnes arrêtées à travers le monde.


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Mais ni cette réponse ni les suivantes sur des questions similaires n’ont suffi à apaiser les critiques des parlementaires jusqu’à aujourd’hui. «La lutte contre la cybercriminalité avance en Suisse, mais beaucoup trop lentement», estime Carlo Sommaruga (PS/GE). Sous la pression croissante du parlement, le Conseil fédéral vient ainsi de muscler sa stratégie nationale de protection contre les cyberrisques.

Il reconnaît dans ce document publié le 18 avril dernier l’ampleur des besoins: «Le cyberespace fournit aux criminels potentiels de nouvelles opportunités, susceptibles d’entraîner de sérieux dommages pour la société et l’économie (…) Face à cette évolution, il est urgent de rechercher de nouvelles solutions en matière de poursuites pénales.»

Chaque policier sera formé

Pour mieux se défendre contre les crimes commis sur Internet – qu’il s’agisse de vente de drogues, d’appel à la haine ou de pédopornographie –, la Suisse va répliquer le modèle qu’elle utilise pour lutter contre le terrorisme. Les cantons, FedPol et les procureurs, vont regrouper leurs forces dans un réseau national de spécialistes cyber. Mais cela ne s’arrête pas là. «Il est décisif que la lutte contre la cybercriminalité ne soit pas réservée aux seuls spécialistes», écrit FedPol dans son rapport 2017 publié vendredi dernier. Une grande offensive de formation sera ainsi menée avec l’appui des commandants des polices cantonales. «Chaque policier doit avoir des connaissances de base dans l’utilisation du matériel numérique», écrit FedPol. Les procureurs sont aussi invités à se former.

Mesure supplémentaire, le Conseil fédéral prévoit d’ici à 2022 la création d’un Office central de lutte contre la cybercriminalité chargé de coordonner les enquêtes entre les cantons, la Confédération et le reste du monde.

Suffisant? «Cette stratégie contre les cyberrisques est plus charpentée que la première, ce qui est positif. Mais le dispositif doit encore être amélioré, notamment par rapport au pilotage général de la situation», réagit le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE). Le Genevois parle d’une «querelle de clochers au sein du Conseil fédéral» en pointant du doigt le grand point faible de la politique suisse au niveau de la cybersécurité.

Aujourd’hui, au moins trois départements fédéraux se disputent des compétences en la matière: le Département de la défense de Guy Parmelin, celui de Justice et Police de Simonetta Sommaruga et le Département des finances d’Ueli Maurer, tandis que la Chancellerie fédérale est responsable de communiquer sur des cyberincidents. Un éparpillement des compétences qui explique en partie le retard pris par la Suisse dans le domaine numérique.

Le conseiller national Fathi Derder (PLR/VD) abonde: «Il faut absolument qu’un seul pilote soit désigné au niveau fédéral pour penser la cybersécurité. C’est essentiel.» Une «révolution de fond» à laquelle le Conseil fédéral n’est visiblement pas encore prêt.

Créé: 03.05.2018, 06h37

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