Y aura-t-il des boîtes à bébé dans toute la Suisse?

DétresseCet été, une «fenêtre à bébé» sera installée à Davos. La Suisse alémanique en comptera alors deux, alors qu’aucun dispositif de ce genre n’est prévu en Suisse romande. Retour sur un concept controversé.

En Suisse, les abandons sont rares, mais restent une cruelle réalité.

En Suisse, les abandons sont rares, mais restent une cruelle réalité. Image: Keystone

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Se rendre à l’hôpital, déposer anonymement son bébé dans la «fenêtre», le laisser sur le petit lit chauffant et repartir. En raison d’une détresse psychique ou de la pression de l’environnement familial ou culturel, des femmes en situation difficile choisissent d’abandonner leur enfant dans la «fenêtre à bébé».

Oui, «la fenêtre», car pas question pour les instigateurs du projet de parler de boîte. «Ce mot vient de l'Allemagne où le dispositif a été lancé, mais nous voulons nous en distancer. C'est pourquoi nous préférons utiliser le terme de fenêtre», précise Dominik Müggler, président de l’Aide suisse pour la mère et l’enfant (ASME).

Éviter les morts de bébés

Lundi, un nouveau nourrisson, une petite fille, a été placé dans une telle installation créée en 2001 à l’Hôpital régional d’Einsiedeln (SZ).

En Suisse, les abandons sont rares, mais restent une cruelle réalité. «Avec sept enfants déposés en un peu plus de 10 ans, nous voyons que la fenêtre à bébé est particulièrement utile pour les mères qui se retrouvent en situation extrême et qui veulent rester dans l’anonymat», relève Dominik Müggler.

Mis en place pour éviter les morts de bébés, le dispositif semble fonctionner, puisque selon les statistiques de la fondation, toujours moins de nourrissons abandonnés sont décédés ou tués (en 2010, sur neuf bébés abandonnés, deux ont trouvé la mort). C’est pourquoi l’ASME souhaite développer le concept de «fenêtre à bébé» dans toute la Suisse.

Population favorable

Cet été, une nouvelle fenêtre sera disposée à l’hôpital de Davos. Et la fondation souhaiterait mettre encore en place 5 à 6 de ces dispositifs, «pour couvrir toutes les régions de Suisse», comme le souligne Dominik Müggler. Mais une telle installation n’est pas aisée. «Cela nécessite un travail de longue haleine, notamment avec les hôpitaux et les autorités cantonales de tutelle. A Davos, nous travaillons pour la première fois avec un hôpital public. Nous espérons que cette expérience sera concluante et que nous pourrons intéresser d’autres hôpitaux», note le président de l’ASME.

Par exemple au Tessin et en Suisse romande, là où aucune «fenêtre à bébé» n’existe. La faute à un «manque d’intérêt» des institutions, selon Dominik Müggler, qui prévoit de prendre contact avec des hôpitaux romands. Car, selon une enquête d’opinion menée par ISOPUBLIC en 2011, la population, elle, se positionne à une large majorité (87%) en faveur d’un tel dispositif. Et le concept séduit même plus les Romands et les Tessinois que les Alémaniques.

Risque de déresponsabilisation

Mais tout le monde n'est pas aussi favorable. «J'y suis opposé, affirme le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE). Il y a un risque de déresponsabilisation. Il vaut mieux miser sur la prévention. D’autre part, je suis pour favoriser un accouchement qui se passe dans un hôpital, dans des conditions sanitaires adéquates. Surtout que la mère peut accoucher et directement renoncer à son enfant. Finalement, je pense qu’il est important pour l’enfant de pouvoir connaître ses origines s’il le désire. Dans le cadre de la boîte à bébé c’est problématique, car la mère ne laisse pas de traces.»

L'élu genevois est membre de la Commission des affaires juridiques du National, qui s’était opposée à l’initiative parlementaire de l’accouchement sous X. Un texte refusé par le Parlement en 2009.

Ainsi en Suisse, comme en Allemagne, les femmes enceintes qui accouchent dans un hôpital sont obligées de donner leur identité. «Bien sûr, si en Suisse l’accouchement sous X était autorisé, comme en France, les «fenêtres à bébé» ne seraient pas nécessaires. Mais à défaut nous pensons que c’est une excellente solution, car nous devons respecter la volonté d’anonymat. De plus nous incitons les mères (n.d.l.r.: notamment via une «lettre à la maman» déposée dans la fenêtre) à donner des informations à l’enfant. Et dans la majorité des cas, les femmes nous ont contacté après avoir déposé leur nourrisson», relève Dominik Müggler. Un bébé déposé a même retrouvé une place auprès de ses parents.

Créé: 24.02.2012, 08h59

Comment ça marche ?

Lorsqu’une mère place un bébé dans la «fenêtre», une alarme retentit dans l’hôpital au bout de trois minutes. C’est une sage-femme qui prend en charge l’enfant pour lui apporter les premiers soins.

Le bébé est ensuite examiné par un médecin puis confié à une famille d’accueil. Après deux à trois mois, une procédure d’adoption est ouverte. Jusqu’au terme de celle-ci, qui prend environ une année, les parents ont le droit de reprendre leur enfant.


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