Avions de combat: un compromis gagnant pour la Suisse romande

Défense aérienneLa limitation des affaires compensatoires à 60% mécontente les entrepreneurs. Mais les Romands pourront rester dans le jeu.

La Suisse souhaite renouveler sa défense aérienne. Le Conseil fédéral propose une enveloppe de 6 milliards pour de nouveaux avions.

La Suisse souhaite renouveler sa défense aérienne. Le Conseil fédéral propose une enveloppe de 6 milliards pour de nouveaux avions. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La Suisse possédera de nouveaux avions. Le parlement a accepté jeudi matin l’enveloppe de six milliards de francs pour renouveler la défense aérienne. L’achat en soi ne constituait pas le réel enjeu - seuls les Verts y étaient opposés. La question tournait surtout autour des affaires compensatoires: en Suisse, en cas d’achat d’armement à l’étranger, le fournisseur est tenu, à titre de compensation pour les firmes suisses, de passer des contrats avec des entreprises locales.

L’économie suisse en profite donc, mais cela signifie également un surcoût de 20%, selon les évaluations du Conseil fédéral. Afin de balancer les choses, le gouvernement a donc proposé de limiter ces contrats suisses à 60% du prix d’achat, au lieu du 100% pratiqué jusqu’à présent. En contrepartie, les économies réalisées devraient permettre d’acquérir un ou deux avions en plus, a argumenté la conseillère fédérale Viola Amherd, en charge du Département de la défense.

Heureux compromis

Le parlement a ainsi suivi les recommandations du Conseil fédéral. C’est ce que redoutaient, à la base, les milieux de l’armement romands. Le Groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité (GPRM) s’était exprimé avant le vote en soulignant que ces 60% ne laissaient aucune chance aux entreprises romandes de remporter un contrat face aux géants Ruag, Rheinmetall ou Thales. Mais ce jeudi, à l’issue de la décision du National, le GPRM ne se déclare pas aussi mécontent qu’on pourrait le croire. «Au contraire, corrige son secrétaire général Philippe Zahno. C'est même une excellente nouvelle.»

Entre-temps, les États ont en effet révisé la copie du Conseil fédéral et introduit un compromis. Les collaborations avec les firmes suisses ne doivent ainsi pas se limiter aux entreprises actives dans la sécurité, mais également à 11 autres domaines: machines, métallurgie, électronique et électrotechnique, optique, horlogerie, construction de véhicules et wagons, produits en caoutchouc et matières synthétiques, secteur aéronautique et spatial, software-engineering, coopérations avec des hautes écoles et instituts de recherche. «Sans cette clause, il aurait été impossible pour les Romands de rester dans le jeu, explique Philippe Zahno. Viola Ahmed prévoyait 60%, dont 30% pour la Suisse romande. Mais la Suisse romande ne possède pas, dans le domaine de la sécurité et de l'armement, les compétences nécessaires pour remplir ces 30%. Mais c'est possible grâce aux domaines ouverts ce matin par les Chambres. Elle possède les spécialistes, les PME et les technologies requises.»

Des collaborations industrielles avec le constructeur de l’avion permettront d’importer des compétences et des technologies, de créer des emplois et d’accéder à des entreprises mondiales qui disposent de très grands réseaux de fournisseurs. Et ce, sur une douzaine d'années, se réjouit GPRM.

Une promesse à tenir

Le Département de la défense s’est également engagé à revenir à des compensations à 100% pour les prochaines acquisitions de l’armée. Dans un communiqué commun, GRPM et l’association faîtière des PME et des grandes entreprises de l’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (Swissmem) «attendent de la conseillère fédérale Amherd qu’elle tienne parole».

Car malgré ce compromis, le plafond de 60% fait grimacer les acteurs de la branche. «Ce compromis est une bonne nouvelle pour la Suisse romande mais une mauvaise pour la Suisse entière, nuance Philippe Zahno. On parle de plus d'un milliard de francs de recettes perdues pour l'industrie suisse.»

Le Parti socialiste et les Verts devraient lancer le référendum. En cas de vote, les Suisses ne se prononceront ni sur le modèle d'avion ni sur leur nombre, mais uniquement sur le principe de l'achat. Le Conseil fédéral se prononcera sur le type de jet après le scrutin populaire, qui devrait avoir lieu en septembre 2020.

Créé: 19.12.2019, 15h42

Articles en relation

Le parlement se déchire sur les milliards du ciel

Défense aérienne Les retombées économiques liées à l’achat de nouveaux avions de combat cristallisent les débats. L’industrie romande veut sa part du magot. Plus...

Viola Amherd fait la leçon à l’industrie d’armement

Nouveaux avions de combat La conseillère fédérale enjoint les entreprises à plus de transparence et à limiter leur appétit pour les compensations. Plus...

Les Romands pèsent de tout leur poids sur l'achat d'avions de combat

Armée Le Conseil des Etats veut renouveler la flotte. Craignant l’échec dans les urnes, il a suivi les Romands sur le point le plus brûlant. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.