La Banque nationale suisse passe au vert

ClimatLa BNS veut rallier le vaste réseau de banques centrales qui cherchent à concrétiser l’accord de Paris sur le réchauffement.

La BNS (ici, le siège de Berne) vient de déposer une demande d'adhésion à un réseau qui veut verdir le système financier.

La BNS (ici, le siège de Berne) vient de déposer une demande d'adhésion à un réseau qui veut verdir le système financier. Image: Keystone

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La vague verte déferle jusque sur la Banque nationale suisse. La BNS est sur le point d’adhérer au Network for Greening the Financial System, un réseau de banques centrales constitué dans la foulée de l’Accord de Paris sur le climat, et dont le but est d’écologiser le système financier mondial. Le service de presse de l’institution confirme nos informations: «La Direction générale de la BNS a récemment déposé une demande d’adhésion.»

S’il y a bien une personne que cette annonce réjouit, c’est Adèle Thorens (Verts/VD). «C’est un signal très positif, décisif peut-être, se félicite la conseillère nationale. Depuis deux ans, j’ai eu l’impression de prêcher dans le désert en essayant de convaincre les autorités politiques et les cadres de la BNS que la Banque nationale avait une responsabilité en termes d’impact climatique. Aujourd’hui, le temps me donne raison.»

«C’est indispensable»

Adèle Thorens est en effet intervenue plusieurs fois pour verdir la politique financière de la BNS. «C’est indispensable, lance-t-elle. Un récent rapport des Artisans de la transition a montré que les investissements de la BNS dans les énergies fossiles suscitent autant d’émissions de CO2 que la Suisse entière. La BNS agit ainsi en contradiction avec les politiques économiques actuelles de la Suisse, qui visent à réduire nos émissions de CO2, conformément à l’Accord de Paris.» Jusqu’ici, Conseil fédéral et parlement ont refusé toutes les interventions de la Vaudoise. La dernière fois en décembre avec son initiative qui voulait donner un cadre de durabilité aux activités de la BNS.

Mais pendant ce temps, de l’eau a coulé sous les ponts chez nos voisins depuis l’Accord de Paris, qui veut limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré. Une des innovations de cet accord étant précisément que les flux financiers doivent être mis en conformité avec un développement économique à faible impact carbone, huit banques centrales ont saisi la balle au bond et se sont regroupées. Ce Network for Greening the Financial System compte désormais 30 membres et 5 observateurs sur les 5 continents, dont la Banque centrale européenne, la Banque populaire de Chine ou la Banque du Mexique.

«L’objectif du réseau est d’aider à renforcer la réponse mondiale requise pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et de renforcer le rôle du système financier dans la gestion des risques et la mobilisation de capitaux pour des investissements verts et sobres en carbone dans le contexte plus large d’un développement respectueux de l’environnement», peut-on lire sur son site internet.

«Si la Banque nationale suisse était restée en dehors de ce réseau, cela aurait été de la provocation, réagit Benoît Genecand (PLR/GE). Dans la configuration actuelle, je trouve juste qu’elle adhère, cela lui évite la pression politique qui serait venue de toute façon. Cela étant dit, j’attends de voir ce qui va et peut se passer concrètement. Les banques centrales sont des acteurs incontournables. À elle seule, la BNS représente 800 milliards de francs. Mais sur quelles solutions débouchera ce réseau? Et quels seront leurs impacts climatiques? Prenons un exemple: Apple. La BNS peut-elle continuer d’investir dans cette entreprise? En d’autres termes, peut-on considérer Apple comme une société durable? Le diable peut se cacher dans les détails.»

Un premier pas

Du côté de la BNS, pas question de détailler quoi que ce soit. «L’objectif de l’adhésion à ce réseau est de faciliter l’échange d’expériences entre banques centrales et d’acquérir des connaissances à propos des risques climatiques sur la stabilité financière et les scénarios macroéconomiques», explique Alain Kouo, chargé de communication à la BNS.

Pour Adèle Thorens, il s’agit évidemment d’un premier pas. «Pour l’heure, les banques centrales décident de réfléchir en réseau. C’est une démarche volontaire, et elle ne sera efficace que si les institutions qui y prennent part ont envie de s’engager sérieusement. Les banques centrales auraient la possibilité de désinvestir des sociétés les plus polluantes, en commençant par exemple par celles qui sont actives dans le charbon, mais elles peuvent aussi encourager les entreprises dans lesquelles elles investissent à se réorienter vers des activités plus durables. Le levier d’action est immense.» (24 heures)

Créé: 15.04.2019, 21h58

Les émissions de CO2 en légère baisse

Les émissions de gaz à effet de serre en Suisse se sont élevées en 2017 à 47,2 millions de tonnes d’équivalent CO2, selon l’inventaire de l’Office fédéral de l’environnement. Cela représente 1 million de tonnes de moins qu’en 2016. Une diminution liée au recul de la consommation de combustibles dans deux secteurs: le bâtiment et l’industrie.

Dans le premier secteur, la baisse s’explique par deux raisons: d’une part, l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments et l’utilisation de pompes à chaleur et d’énergies renouvelables qui remplacent les chauffages à l’huile ou au gaz. D’autre part, la douceur de l’hiver. Si l’on tient compte du facteur climatique, cette baisse n’est toutefois pas suffisante pour atteindre l’objectif de réduction de 40% d’ici à 2020.

Dans l’industrie, le recul est lié pour moitié à la baisse de la production de chaleur à distance d’origine fossile, due à l’hiver doux. Le secteur a actuellement déjà atteint son objectif de réduction de 15% d’ici à 2020. Des mesures supplémentaires devront toutefois être prises pour qu’il puisse enregistrer une baisse plus importante d’ici à 2020, et au-delà.

On note enfin une légère hausse des émissions de CO2 pour les transports, alors que celles liées à l’agriculture sont stables. L’inventaire suisse des gaz à effet de serre portant sur la période allant de 1990 à 2017 a été remis lundi au Secrétariat de l’ONU sur les changements climatiques. Il dresse un tableau complet des émissions de gaz, qui sont régies par le Protocole de Kyoto.

ATS

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