Baptême du feu diplomatique pour Isabelle Moret

ChinePour sa première visite à l’étranger, la présidente du parlement s’est rendue en Chine pour les 70 ans de relations entre Berne et Pékin.

Isabelle Moret et Li Zhanshu, le président du parlement chinois, vendredi à Pékin.

Isabelle Moret et Li Zhanshu, le président du parlement chinois, vendredi à Pékin. Image: Xinhua/Zhang Ling

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C’est au son des compositions de Schubert, jouées par des artistes chinois et suisses, que s’est conclue la visite officielle d’Isabelle Moret en Chine. À l’occasion d’une réception dans l’ambassade de Suisse, célébrant les 70 ans des relations diplomatiques entre la Suisse et la Chine, la présidente du Conseil national n’a eu de cesse de rappeler les liens d’amitié qui lient les deux pays.

L’ire oubliée

L’élue PLR vaudoise, qui réalisait son baptême du feu avec ce premier voyage international depuis sa prise de fonction le mois dernier, a lu un passage du télégramme officiel envoyé par le président de la Confédération suisse, Max Petitpierre, à Mao Zedong en 1950, sous les yeux de Chen Zhu, vice-président de l’Assemblée nationale populaire de Chine.

«Nous n’oublierons jamais que la Suisse a été l’un des premiers pays occidentaux à reconnaître la République populaire de Chine», lui a retourné ce dernier.

Oubliée donc l’ire de Jiang Zemin en 1999 lors d’une visite officielle à Berne perturbée par des manifestants pro-tibétains. Les deux parties préféreront certainement retenir celle de Xi Jinping en 2017 et son discours au Forum de Davos, le premier d’un président chinois.

Sur scène, Xi avait appelé à renforcer la coopération sino-suisse et s’était fait le chantre du libre-échangisme, profitant des premières saillies protectionnistes du tout nouvel élu Donald Trump. Signe que les relations sont au beau fixe, les deux pays ont signé un accord de libre-échange en 2013, entré en vigueur un an plus tard, faisant de la Suisse le premier État européen à détenir un tel partenariat avec la Chine.

Il est temps de passer à la deuxième étape

Concédant que l’économie n’est pas son point fort, Isabelle Moret a tout de même prôné «un approfondissement de cet accord» et affirmé qu’il était «temps de passer à la deuxième étape».

Avec 40 milliards de francs suisses d’exportations par an vers la Chine, Berne est l’un des rares pays à observer un excédent commercial avec la deuxième puissance économique mondiale, laquelle voit d’un bon œil cette coopération pour son secteur financier et sa crédibilité auprès des organisations internationales.

Mardi, visite du Drum Tower Hospital de Nankin, capitale de la province du Jiangsu, dont le projet d’agrandissement a été confié au bureau d’architecte lausannois Lemanarc. Isabelle Moret s’informe sur les méthodes de traitement des patients, dans cet hôpital où arrivent chaque jour 17'000 personnes. Pour pallier la pénurie de médecins généralistes, ces machines permettent aux patients de consulter leur dossier médical, de fixer les rendez-vous à l’hôpital et de les orienter vers le lieu de leur consultation.

En atteste le discours prononcé en 2017 à la tribune du siège européen de l’ONU à Genève par le président Xi Jinping, toujours lors de la même tournée en Suisse. Berne est aussi l’un des seuls pays européens, avec l’Italie, la Grèce et le Portugal, à avoir signé un accord dans le cadre du projet pharaonique de Xi Jinping des nouvelles routes de la soie, que certains voient comme une contre-partie.

Sujet sensible abordé

Isabelle Moret a tenu à axer sa visite sur les thèmes de la santé, de l’environnement, de la qualité de vie et de l’innovation, les thèmes prioritaires de son année présidentielle.

En l’absence de Xi Jinping, en visite officielle en Birmanie, la première citoyenne du pays a été reçue par Li Zhanshu, le président du parlement chinois, avec lequel elle a abordé tous les sujets, affirme Isabelle Moret, y compris celui, sensible, des droits de l’homme: «En tant que pays amis, on peut se permettre d’exposer ce que l’on a sur le cœur.»

L’été dernier pourtant, Pékin avait annulé le dialogue Suisse-Chine sur les droits humains pour protester contre une lettre cosignée par Berne et adressée au président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Un couteau suisse en guise de cadeau

Dans cette missive publique, les 23 États signataires demandaient à Pékin de mettre fin à la détention des Ouïgours au Xinjiang, où la Chine mène une vaste campagne d’internement de cette minorité turcophone et musulmane. Cette question, ainsi que celle des manifestations à Hong Kong contre l’influence et le pouvoir de la Chine communiste, ont fait l’objet d’échanges, assure-t-on officiellement. Sur ce dernier point, Isabelle Moret confie que la Suisse continue «d’exhorter la Chine à la modération et au respect de l’indépendance de la justice».

À la fin de son discours, vendredi soir, Isabelle Moret, accompagnée de l’ambassadeur de Suisse en Chine, Bernardino Regazzoni, a offert au vice-président du parlement chinois un couteau suisse personnalisé pour célébrer ces 70 ans de relations bilatérales... et précisé qu’il ne visait pas à couper toute coopération mais bien à les renforcer.

Créé: 17.01.2020, 21h28

Suisse et Chine meilleures amies?

La longue amitié entre la Suisse et la Chine, les diplomates ne cessent d’en parler. Qu’en est-il vraiment? Petite histoire express.

1950 La Suisse reconnaît la République populaire de Chine (proclamée un an plus tôt) et établit des relations diplomatiques avec le régime communiste. «Ni par sympathie idéologique ni par courage politique», note Antoine Kernen, professeur à l’Université de Lausanne. «Berne a appliqué les critères juridiques établis en Suisse pour une telle reconnaissance. Parmi eux, la question du contrôle du territoire.»

1980 La société suisse Schindler s’engage dans la première joint-venture entre une entreprise chinoise et une firme étrangère. «Les investissements helvétiques dans la république populaire ne sont pas négligeables. C’est pourquoi il est vite devenu important pour nos entreprises que des accords réglementent les échanges», note le professeur.

1999 Visite houleuse à Berne du président Jiang Zemin, outré de voir sur la place Fédérale une manifestation pour le Tibet. «Vous avez perdu un bon ami», avait-il lancé à la conseillère fédérale Ruth Dreifuss. «Depuis, les droits de l’homme ont été mis sous le tapis, les deux pays ayant convenu d’un «dialogue» discret sur la question», estime Antoine Kernen.

2007 La Suisse est l’un des premiers pays européens à reconnaître la Chine en tant qu’économie de marché. Depuis, il y a eu d’innombrables visites de ministres chinois.

2013 Cinq des sept conseillers fédéraux se rendent en Chine au cours de l’année. Un record!

2014 Entrée en vigueur de l’accord de libre-échange entre les deux pays. La Suisse est le premier pays d’Europe continentale à le faire. «Vu de Pékin, la Suisse est pratique: il est plus aisé de négocier avec Berne qu’avec Berlin, et on est quand même aux portes du marché européen», souligne le chercheur. La Chine est notre troisième partenaire commercial, après l’UE et les États-Unis. L’hôtellerie helvétique comptabilise en 2014 plus de un million de nuitées d’hôtes chinois.

2015 Les deux banques nationales signent un accord sur le clearing en renminbis (la devise chinoise) en Suisse.

2016 Notre pays est l’un des premiers en Europe à rejoindre la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB).

2017 Visite en Suisse du président Xi Jinping, sans incident cette fois-ci, par opposition à 1999. Le numéro un chinois ne verra aucun manifestant sur son parcours. Outre ces visites officielles, d’innombrables échanges ont lieu depuis des années entre étudiants, professeurs, scientifiques et milieux culturels. Conclusion d’Antoine Kernen: «La Suisse est utile parce qu’elle n’est pas une grande puissance, sa politique étrangère est très discrète. En clair, Pékin préfère envoyer ses étudiants à l’EPFL plutôt qu’au MIT!»

Andrés Allemand

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