Berne chouchoute ses pigeons

SérieCes bêtes qui nous embêtent (3/4)

La bonne santé des pigeons bernois se voit à leur plumage

La bonne santé des pigeons bernois se voit à leur plumage Image: Keystone

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A les voir roucouler nonchalamment sur les toits, on ne se douterait pas un seul instant de tout ce que la Ville fait pour eux. Entre Berne et ses pigeons, c’est une véritable love story.

Comme dans toutes les histoires d’amour, il y a des hauts et des bas. D’un côté, l’image choupinette d’un enfant qui jette des miettes à un volatile qui se dandine pour les picorer; de l’autre, celle, beaucoup moins glamour, de ces oiseaux malades – véritables nids à microbes à moitié mourants – dont les fientes maculent les bâtiments. Ici comme ailleurs, la présence de pigeons pose problème.

Les autorités ne sont pas restées les bras croisés. La Suisse a son Plan loup, qu’à cela ne tienne, Berne a son concept pigeon! Et ça dure depuis cinq ans. A l’origine de ce projet: un travail de doctorat. «Une vétérinaire a voulu savoir comment réguler au mieux leur population dans une ville. Elle s’est penchée sur le cas bernois», explique Melanie Frieden, responsable du secteur pigeons au Parc zoologique de Berne (Tierpark).

«Notre concept repose sur le baguage des animaux, l’installation de pigeonniers, la vaccination et la stérilisation des mâles»

Agée de 35 ans, elle est à la tête d’une petite équipe qui intervient cinq jours par semaine. «Notre concept repose sur le baguage des animaux, l’installation de pigeonniers, la vaccination et la stérilisation des mâles. Les œufs n’étant pas fécondés, il est aisé de gérer la population.»

Encore faut-il pouvoir attraper la bête. De grands pièges sont donc installés à tour de rôle dans trois lieux de la ville, où les pigeons ont leurs habitudes. Attirés par une nourriture saine, les gourmands se font capturer. La brigade entre alors en action. «Nous regardons d’abord si l’oiseau est connu de notre registre, détaille Melanie Frieden. Si ce n’est pas le cas, on lui met une bague et on lui implante une puce électronique.» S’ensuit un passage sur le billard du vétérinaire qui lui fait passer des examens cliniques. «On regarde s’il s’agit d’un mâle ou d’une femelle. Comme ce n’est pas facile à voir sur un pigeon, il est nécessaire de réaliser une endoscopie sous narcose. Les mâles sont stérilisés dans la foulée et tous les pigeons en bonne santé sont vaccinés. Ceux qui sont visiblement malades ou dont l’état général est trop mauvais sont euthanasiés.»

Autre situation, autre piège. Lorsque des particuliers font face à la présence dérangeante d’un ou plusieurs pigeons dans un lieu précis, ils ont la possibilité de demander un petit piège. «Le principe est le même. Une fois l’oiseau capturé, les propriétaires des lieux nous appellent et nous venons le récupérer.» Ce système n’est toutefois pas très répandu, en raison des contraintes qui y sont liées. Les pièges sont certes livrés et récupérés gratuitement par le Tierpark, mais c’est au demandeur de placer la nourriture mise à disposition et de surveiller le piège quotidiennement. Si ce sont les employés du Tierpark qui doivent s’occuper de la capture, leur travail est facturé 80 francs de l’heure.

La Ville a mis en place un véritable concept, qui passe notamment par l’installation de pigeonniers, où les oiseaux sont nourris et logés. Photo: Keystone

Prochaine étape: la resocialisation. Afin que l’indésirable ne retourne pas maculer l’endroit où il s’est fait attraper, on l’emmène dans l’un des cinq pigeonniers de la Ville, qui peuvent accueillir chacun entre 50 et 100 individus. Ici, les pigeons sont comme des coqs en pâte. Nourris et logés, ils préfèrent revenir y nicher plutôt que de rester dans des greniers où ils n’étaient pas les bienvenus. «L’avantage de ces pigeonniers est que l’entrée est semblable à une chatière. Nous pouvons ainsi contrôler les arrivées et les départs, mais aussi, le cas échéant, empêcher les pigeons de sortir.» De quoi faciliter le contrôle de l’hygiène et de l’état de santé de l’animal.

Résultat des courses? La capitale de la Suisse compte 800 pigeons bagués, enregistrés et en bonne santé – cela se voit à leur plumage – auxquels il faut ajouter quelque 500 pigeons non répertoriés. Mille trois cents individus, est-ce le maximum pour une ville comme Berne? «C’est difficile de parler d’un nombre limite, répond Melanie Frieden. Notre objectif est surtout d’atteindre une bonne cohabitation entre les habitants et les pigeons. Il suffit parfois d’une dizaine d’individus localisés sur un endroit donné pour créer des problèmes, alors qu’une population plus nombreuse ne causera aucun désagrément si elle est mieux répartie sur le territoire.»

Un concept qui divise

Chouchoutés, bichonnés, nourris, vaccinés, stérilisés; le traitement des pigeons coûte-t-il un saladier au contribuable bernois? «Il est difficile de parler du coût du concept, répond Melanie Frieden. Les autorités ont créé l’équivalent d’un poste à 40%. Mais l’équipe qui s’occupe des pigeons travaille également pour les autres services en lien avec les animaux de la ville.» Reste que ce déploiement est jugé exagéré par certains habitants, qui estiment qu’on investit beaucoup trop pour un résultat pas très probant.

Chaque volatile capturé passe des examens cliniques sous narcose. Photo: Keystone

En matière de pigeons, chaque ville semble en tout cas avoir sa propre méthode de régulation. Bâle, par exemple, ne croit pas du tout au concept bernois. La Cité rhénane prend même le contre-pied de cette idée. Selon un responsable, pour limiter le nombre de volatiles, il faudrait stériliser jusqu’à 95% des mâles. Impossible. Bâle mise donc sur l’information. A coups de flyers – en huit langues – on explique pourquoi il ne faut pas donner à manger aux pigeons: cela cause du stress et favorise la propagation.

A Zurich, on est passé au cran supérieur. La population de volatiles est donc régulée à coups de destructions d’œufs et d’abattages. Radical.

Créé: 02.08.2017, 21h10

L’association suisse pour le pigeon des villes vient d’être créée

Les pigeons ont désormais une association pour les défendre. Créée le 13 juillet dernier, elle vise à faire «cohabiter de manière pacifique et responsable» l’homme avec le volatile. A l’origine de ce projet, une citoyenne de Thoune (BE). Soucieuse de l’état de santé souvent déplorable des pigeons de sa ville, elle a cherché des solutions pour améliorer leur sort, sans nier les problèmes liés à leur présence. Elle a ainsi remarqué qu’il n’existait aucun réseau professionnel au niveau suisse.

«Le but de l’association est donc d’analyser, de comparer et d’évaluer les différents concepts mis en place dans les différentes villes, explique Gabriela Gschwend, une des responsables de l’association. Il s’agit aussi de rétablir certains faits quant à la réputation souvent négative dont souffre à tort la bête.»

Et de préciser: «Avec une mise en réseau de tous les acteurs, comme les organisations de défense des animaux, les politiques, les scientifiques, nous pensons qu’il est possible de trouver des solutions pour lutter contre les désagréments que le pigeon peut causer, tout en assurant son bien-être et sa dignité.»

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