Depuis Berne, le PLR Suisse fusille Pierre Maudet

CriseLe comité directeur demande à l’unanimité au conseiller d’État de démissionner. «Il a foulé aux pieds les valeurs du PLR.» Récit d’une folle journée à rebondissements.

Droit dans ses bottes Pierre Maudet au sortir de sa rencontre avec la direction du PLR Suisse à Berne.

Droit dans ses bottes Pierre Maudet au sortir de sa rencontre avec la direction du PLR Suisse à Berne. Image: KEYSTONE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La nuit est déjà tombée mercredi à Berne quand la présidente du PLR Suisse lit la sentence au 3e étage du Palais fédéral lors d’une conférence de presse impromptue. «Pierre Maudet a foulé aux pieds les valeurs du PLR, déclare Petra Gössi. La confiance n’a pas pu être restaurée et le ministre genevois n’a rien fait pour aller dans ce sens. Le comité directeur du parti a donc décidé à l’unanimité de lui demander de démissionner. Je viens de l’en informer par téléphone.»

Cette exécution en bonne et due forme a ponctué une folle journée à Berne. Premier rebondissement le matin quand les élus fédéraux apprennent le coup de semonce inattendu du président du PLR genevois, Alexandre de Senarclens. Ce dernier, convoqué à Berne par les instances du parti suisse, demande pour la première fois la démission de Pierre Maudet (interview sur le site du «Temps»). Il veut crever l’abcès et met sa propre tête en jeu s’il est désavoué.

La pause de midi arrive. Les nouveaux présidents du National et des États, la socialiste Carobbio (TI) et le PDC Fournier (VS), prennent un train officiel pour recevoir les honneurs de leurs Cantons respectifs. Chez les huiles du PLR, le cœur n’est pas à la fête. Il s’agit de faire le sale boulot. Le comité directeur a organisé une séance extraordinaire pour mettre de l’ordre dans les écuries d’Augias genevoises. Convoqué, Pierre Maudet a fait savoir qu’il ne s’y rendrait pas.

Volte-face

Coup de théâtre. En début d’après-midi, le ministre genevois est bel et bien là. Pourquoi cette volte-face? «L’accord d’apaisement conclu la semaine dernière avec mon parti genevois a été rompu. Je voulais défendre ma position, qui n’était plus représentée par mon président cantonal», explique-t-il. Pour ce faire, il a quitté la séance ordinaire du Conseil d’État genevois. Son président, Antonio Hodgers, en est le premier surpris: «Il ne nous a pas dit s’il allait à Berne ou s’il démissionnait» (voir interview dans l'encadré).

L’audition à Berne ne se passe pas bien. «Maudet n’a pas apporté d’éléments nouveaux capables de restaurer la confiance», lâche Philippe Bauer, le représentant des élus latins. Dans la matinée, le conseiller national Benoît Genecand tirait déjà à vue contre Maudet. «Il est dans un tunnel du déni. II n’entend plus rien et s’accroche. Tant qu’il n’est pas condamné par la justice, il s’estime intouchable malgré ses mensonges.»

À la sortie de son audition, effectivement Pierre Maudet reste droit dans ses bottes. Il rappelle l’importance de la présomption d’innocence et demande au PLR de garder la tête froide. Il anticipe déjà sa condamnation au sommet car il fait l’éloge de la base du parti. «C’est la seule chose qui compte.» Et de conclure: «On doit laver notre linge sale en famille.»

Grande lessive

C’est mal parti. En début de soirée, la grande lessive se fait devant les journalistes suisses quand la présidente du PLR réclame la démission de Maudet. La scène ne manque pas de piquant. Derrière Petra Gössi, il y a une fière bannière du parti où l’on peut lire le slogan: «Votez PLR. Avancer ensemble».

Le divorce n’est pas encore complètement acté. Petra Gössi donne un mois à Maudet pour vider le plancher à cause de ses mensonges. Et s’il ne bouge pas? Alors la Conférence des présidents PLR, lors de son assemblée du 11 janvier, se saisira de l’affaire. Elle pourra recommander son exclusion du PLR. «Un parti ne peut pas en effet forcer un élu à démissionner», note Philippe Bauer.

Quitte ou double

Il est douteux que Pierre Maudet attende sagement son exclusion. Il va certainement tenter le quitte ou double, à savoir prendre le contrôle du PLR genevois via un vote de soutien de l’assemblée générale. Cela lui permettrait d’avoir un levier puissant contre le PLR Suisse. Et si cela ne marche pas, il a toujours la possibilité de rester au Conseil d’État en tant qu’indépendant.


Hodgers: «Pierre Maudet sera traité comme n’importe quel citoyen»

L’inédit a ponctué la journée de mercredi. Alors que Pierre Maudet était en route vers Berne pour répondre au PLR Suisse, le président du Conseil d’État genevois, Antonio Hodgers, s’exprimait au même moment sur les déboires de l’élu avec le fisc. L’administration des impôts doit établir si Pierre Maudet a déclaré les 10'000 francs de contribution au PLR payés en son nom par son association de soutien.

Et s’il a déduit ces sommes de sa déclaration.

Antonio Hodgers, des doutes se précisent sur la sincérité des déclarations fiscales de votre collègue Pierre Maudet?

Ce matin, le Conseil d’État a évoqué avec Pierre Maudet les éléments que vous soulevez. Celui-ci confirme être en contact avec l’Administration fiscale cantonale (AFC) afin de revoir ses déclarations d’impôt sur dix ans et d’examiner ses revenus accessoires, dons et autres déductions. Le gouvernement prend acte. Il a demandé à son collègue de l’informer du travail de l’administration dès qu’elle aura effectué son enquête, qui peut prendre passablement de temps. Il s’avère qu’elle est plus complexe que la simple vérification que l’on imaginait au départ. En termes de procédure, Pierre Maudet sera traité comme n’importe quel citoyen. Le cas échéant, l’AFC fixera les correctifs nécessaires et dénoncera les faits à la justice si nécessaire.

Le secret fiscal protège M. Maudet. Les résultats de l’enquête du fisc seront-ils publics?

Nous n’en avons pas parlé. Mais il me semble qu’il y a un intérêt public évident à savoir si la situation fiscale d’un conseiller d’État est conforme à la loi.

Si des faits problématiques sont avérés, quel regard le gouvernement portera-t-il sur son collègue?

Que faire si, en plus du mensonge, de l’acceptation d’un avantage, des éléments troublants relatifs à l’ouverture de l’Escobar, un volet fiscal s’ajoutait? Jusqu’ici, les agissements de Pierre Maudet n’ont causé aucun préjudice aux citoyens contribuables. Mais si les faits que vous évoquez se confirment, et sont graves, il y aurait atteinte à l’image de probité qui doit être celle du Conseil d’État. Il est évident, quand on assume une fonction d’autorité, que les règles fiscales que l’on impose aux citoyens doivent être respectées de manière pleine et entière par soi-même.

Aujourd’hui, le Conseil d’État genevois est-il en crise?

Le gouvernement ne traverse pas une crise institutionnelle. Les prestations sont délivrées, le Conseil d’État prend des décisions, l’administration les met en œuvre. Il traverse en revanche une crise politique, la situation est assez inédite. L’affaire Maudet, comme on dit, brouille l’image du Canton avec ses partenaires: les communes, la région, Berne. Quand un magistrat est en conflit avec son parti, cela complique aussi le travail de recherche des majorités parlementaires.

Pierre Maudet doit-il démissionner?

Chacun peut naturellement avoir son opinion personnelle. Mais le Conseil d’État pour sa part s’en tient à ses prérogatives institutionnelles. De plus, il n’a aucun moyen pour pousser un collègue à partir. Nos lois ne prévoient en effet pas de procédure de destitution. La Constitution protège absolument le choix du peuple. Seul le peuple peut défaire ce qu’il a fait. Théoriquement, un ministre pourrait siéger même s’il est condamné pour des faits graves… On n’en est pas là, évidemment. Quoi qu’il en soit, le Conseil d’État n’a pas à discuter d’éléments qui ne relèvent pas de ses compétences.

Sur ce dossier, la responsable des Finances, Nathalie Fontanet, PLR comme Pierre Maudet, va-t-elle se récuser?

Une procédure fiscale est en cours et Madame Fontanet n’intervient pas sur son déroulement. Elle n’a donc aucune raison de se récuser.

(24 heures)

Créé: 28.11.2018, 22h58

Et maintenant?

Seul Pierre Maudet peut choisir s’il reste ou non. Lundi, le comité directeur du PLR genevois dira s’il appuie l’appel à la démission lancé mercredi par sa présidence. En janvier (le 9 ou le 10), une assemblée générale du PLR cantonal débattra de l’affaire. Sans prendre de décision. Le 11 janvier, la Conférence des présidents du Parti suisse (composée des présidents des partis cantonaux et du comité directeur) proposera, ou non, l’exclusion de Maudet.

Articles en relation

A Berne, le PLR affiche son ras-le-bol de l’affaire Maudet

Division La crise genevoise énerve de plus en plus le parti, au moment où il doit se consacrer à la succession de Schneider-Ammann. Plus...

La direction du PLR Suisse demande à Pierre Maudet de démissionner

Politique Le comité directeur du parti s'est exprimé à l'unanimité. Il parle de «confiance perdue». Plus...

Pierre Maudet: «L'accord d'apaisement a été rompu!»

Politique Le conseiller d’État met en cause Alexandre de Senarclens. Plus...

Surprise, Pierre Maudet est à Berne!

Saga Le magistrat genevois a finalement décidé de répondre à la convocation du PLR Suisse. Plus...

La présidence du PLR genevois demande à Pierre Maudet de démissionner

Politique Alexandre de Senarclens annonce que la présidence du PLR a voté mardi un appel à la démission de son magistrat. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...