Intégrer les requérants par le travail dans les champs

AsileSoutenue par le Secrétariat d'Etat aux migrations, l'Union suisse des paysans lance un projet-pilote sur trois ans.

Andreas Eschbach (à droite) engage dans son entreprise des réfugiés et des requérants depuis une vingtaine d’années.

Andreas Eschbach (à droite) engage dans son entreprise des réfugiés et des requérants depuis une vingtaine d’années. Image: Keystone

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Pour un matin, la grande serre de l’exploitation maraîchère Esch­bach à Füllinsdorf (BL) a été débarrassée de ses bacs à salades. Depuis une vingtaine d’années, Margret et Andreas Eschbach emploient des réfugiés et des requérants. Mercredi, leur ferme a été choisie par le Secrétariat d’Etat aux migrations et l’Union suisse des paysans (USP) pour présenter le projet lancé par cette dernière pour expérimenter l’engagement de réfugiés dans l’agriculture.

Le secrétaire d’Etat Mario Gattiker a souligné la nécessité d’intégrer les réfugiés qui arrivent en nombre en Suisse. «Les conflits sont complexes et ancrés dans la durée. Voilà pourquoi les personnes qui trouvent refuge dans notre pays y restent souvent longtemps, a expliqué Mario Gattiker. En contrepartie, nous attendons d’elles qu’elles s’intègrent et accèdent à l’emploi pour pouvoir assurer elles-mêmes leur subsistance.»

Réserve de main-d’œuvre

Pour le secrétaire d’Etat, pas de doute, l’intégration dans la société passe aussi par le travail. Or seulement un tiers des réfugiés et des admis provisoires en âge de travailler le font effectivement durant les premières années de leur séjour en Suisse. Après l’acceptation de l’initiative «Contre l’immigration de masse», les réfugiés constituent une réserve importante de main-d’œuvre que l’économie ne peut plus négliger.

Directeur de l’USP, Jacques Bourgeois ne cache pas que le texte de l’UDC a complètement changé la donne pour l’agriculture. «Les salaires aux champs sont modestes et peu attractifs pour les Suisses. Nous dépendons donc largement des Portugais, des Espagnols et des Polonais qui viennent pour quelques mois durant les périodes de pointe comme les récoltes.» Même si cette main-d’œuvre saisonnière ne devrait pas être touchée par l’initiative, l’USP est prête à faire un effort afin de limiter ses besoins en personnel importé.

Une dizaine d’exploitations

Le projet pilote de l’USP, qui est soutenu par le Secrétariat aux migrations, va mobiliser une dizaine d’exploitations durant trois ans. «L’objectif est de clarifier les conditions de base de l’emploi des réfugiés dans l’agriculture», a indiqué Jacques Bourgeois. Les personnes qui seront employées doivent répondre à plusieurs conditions: être volontaires pour travailler aux champs, avoir une bonne condition physique et des connaissances de base d’une langue nationale. Elles recevront un salaire de 2300 francs le premier mois et de 3200 francs par la suite, voire davantage si le Canton prévoit un salaire minimum plus élevé. De son côté, l’exploitant aura droit à une indemnité de 200 francs pour le travail administratif (entretiens et rapports) et à 200 francs de plus si le requérant est nourri et logé sur place.

A l’instar des Somaliens employés par les Eschbach, d’autres réfugiés travaillent déjà dans l’agriculture. En l’absence de statistiques, le Secrétariat aux migrations et l’USP s’accordent à penser que les effectifs sont très faibles, sans doute quelques dizaines de personnes. Pour Andreas Esch­bach, «le réfugié ne doit pas être une charge, il faut lui donner l’occasion de contribuer à son accueil». Le maraîcher souligne aussi que les connaissances acquises en Suisse peuvent être utiles en cas de retour au pays. «En vingt ans, j’ai fait de bonnes expériences, à quelques exceptions près qui n’avaient rien à voir avec l’origine des personnes. J’ai aussi été changé et très enrichi par les gens que j’ai ainsi découverts.»

Créé: 20.05.2015, 19h25

«Un salaire, c’est la liberté pour un réfugié»

- Abdi*, depuis quand êtes-vous en Suisse?

- Je suis depuis sept ans en Suisse. Je suis parti de Somalie à l’âge de 19 ans et je travaille depuis quatre ans chez les Eschbach.

- Est-ce que votre passé en Somalie vous avait préparé à travailler dans l’agriculture en Suisse?

- Non, car j’étais étudiant. Mais j’ai souvent aidé mon grand-père aux champs.

- Qu’est-ce qui est différent ici dans ce genre de travail?

- D’abord les conditions météo, avec la pluie et le froid auxquels j’ai eu de la peine à m’habituer. Mais aussi les horaires de travail et bien sûr le salaire. En Somalie, je ne faisais qu’aider bénévolement mon grand-père.

-Qu’est-ce que ce travail vous a apporté?

- Lorsque l’on est réfugié, que l’on a reçu l’aide sociale durant plusieurs années, le fait d’avoir un salaire change tout. J’ai pu choisir un appartement, j’ai eu soudain de l’argent à ma disposition… Un salaire, c’est la liberté! Regardez un de mes collègues somaliens: il s’est payé des leçons de conduite, maintenant il roule en voiture.

- Comment avez-vous trouvé ce travail chez les Eschbach?

- Je suis venu un jour me présenter personnellement. Je savais qu’il y avait du travail à la ferme et que M. Eschbach engageait des Africains.

- Comment voyez-vous votre avenir dans le monde du travail?

- Pour le moment, je suis content de ce travail, mais je ne me vois pas l’exercer toute ma vie. Un jour, j’aimerais pouvoir suivre une formation afin de trouver un autre métier. Mon rêve serait de devenir mécanicien, si possible sur automobiles.


* Nom connu de la rédaction

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