Berset et Rohani se divisent en public sur l’Etat d’Israël

Visite officielle de l’IranLe point de presse des présidents suisse et iranien s’affranchit curieusement du blabla diplomatique habituel

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Cela ne rigole pas à Berne quand Hassan Rohani, le président de la République islamique d’Iran, s’y rend pour une visite officielle. Dès le lundi après-midi, la route passant devant le Palais fédéral est fermée et le périmètre autour du Bellevue Palace bouclé. Une escouade de policiers, dont certains lourdement armés, font le guet à divers checkpoints. Le dispositif sécuritaire rappelle presque celui de la visite d’État à Berne du président chinois, Xi Jinping. Lui avait encore eu droit aux hélicoptères de surveillance tournoyant dans le ciel de la capitale.

Politiquement, la visite du président iranien est nettement plus risquée pour la Suisse. L’Iran, c’est le diable terroriste pour les États-Unis. Inversement, l’Oncle Sam est vu comme le Grand Satan aux yeux des dirigeants iraniens. Dans cet enfer diplomatique, la Suisse louvoie tant bien que mal, elle qui est chargée depuis des décennies de maintenir un semblant de contact entre les deux ennemis. Comment la rencontre Berset et Rohani s’est-elle passée? Au vu du point de presse, cela a été assez chaud. Il n’y a pas eu d’incident diplomatique, mais, fait rare, les deux pays ont étalé publiquement leurs divergences de façon inattendue sur Israël.

Langue de bois d’abord

Tout a pourtant commencé gentiment avec la signature de trois accords sur la recherche, les transports et la santé. Le rituel est rodé. Les ministres ou directeurs concernés signent les papiers sous le regard paternaliste et bienveillant des deux présidents. Puis les déclarations commencent. Du blabla diplomatique habituel sur la longue amitié entre les deux pays. Dans la bouche d’Alain Berset, cela donne ceci: «Nous sommes vraiment tombés d’accord ce matin avec le président Rohani pour souligner l’importance de relations stables dans un cadre multilatéral et dans le respect du droit international.» Dans la bouche de Hassan Rohani, la langue de bois sonne ainsi: «Mon sentiment personnel après les négociations d’hier et d’aujourd’hui, c’est que les deux pays sont vraiment décidés à surmonter les difficultés éventuelles qui pourraient se poser sur le chemin de notre coopération et d’en sortir victorieux.»

Les deux hommes se lancent aussi des félicitations mutuelles sur le parcours de leurs équipes de football respectives dans le Mondial. Mais voilà que Rohani se met soudain à insister sur le fait que l’Iran accueille 3 millions de réfugiés sur son sol. «Leurs enfants bénéficient de la même formation gratuite, sans aucune discrimination. Et leurs parents ont accès aux mêmes subsides pour l’alimentation et l’énergie que nous accordons à la population iranienne.» Où veut-il en venir? La réponse arrive sous forme de missile anti-Trump téléguidé par l’Iran… et la Suisse. Rohani: «Nous avons ensemble condamné l’attitude d’un certain nombre de gouvernements qui séparent les enfants de leurs parents dans le domaine de la migration et qui installent une discrimination religieuse et confessionnelle pour la délivrance de visas.» Malaise sur le banc suisse, qui doit peu apprécier d’être embarqué au côté de l’Iran dans cette condamnation claire des États-Unis.

Berset a-t-il mal digéré d’être utilisé dans une propagande anti-Trump? Toujours est-il que le président suisse crée à son tour la surprise. Interrogé sur de possibles sanctions américaines envers les entreprises suisses, il met curieusement sur la table la question des droits de l’homme. «J’ai eu l’occasion de rappeler à M. Rohani la position de la Suisse au Proche-Orient, et notamment la nécessité de reconnaître l’État d’Israël et donc notre soutien à la politique des deux États.»

«Régime sioniste illégitime»

Alors qu’on s’apprête à prendre une autre question, Rohani intervient pour prendre la parole. En parlant d’Israël, Berset vient d’agiter sous son nez plus qu’un chiffon rouge. Israël, c’est l’ennemi juré, avec les États-Unis. Et le président iranien réplique de façon cinglante: «Je veux dire très clairement que nous considérons le régime sioniste comme illégitime. Ses activités dans notre région constituent une menace pour la sécurité et la paix.»

Les questions de relance des journalistes vont-elles faire déraper cette rencontre au sommet? Non. Après une question technique d’un journaliste iranien, et alors que plusieurs mains se lèvent, Alain Berset coupe court à l’exercice. Les deux présidents se lèvent et se retirent. C’est peut-être mieux ainsi. Le parquet diplomatique commençait à devenir très glissant. (24 heures)

Créé: 03.07.2018, 19h42

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