Le bilan de Christian Levrat est salué, son départ aussi

Parti socialisteLe dernier Romand à la tête d’un parti gouvernemental cédera sa place en avril, comme prévu. Le Fribourgeois a marqué une époque.

Le Gruérien Christian Levrat a annoncé mardi son départ de la présidence du PS.

Le Gruérien Christian Levrat a annoncé mardi son départ de la présidence du PS. Image: Keystone

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Avec son jumeau politique Alain Berset, il voulait «changer d’ère», comme le disait le titre de leur livre publié en 2007 en guise de programme politique. Un an plus tard, Christian Levrat accédait, à 37 ans, à la présidence du Parti socialiste suisse, devenant au fil des ans l’un des élus les plus influents de la politique fédérale.

Ironie du hasard, alors que le pays change et que les majorités politiques bougent, le Gruérien a communiqué mardi son départ de la présidence du PS. Son parti vient d’enregistrer son plus mauvais résultat historique aux élections fédérales, mais il a décidé bien avant cette échéance que le moment est venu de passer le témoin: «Il était assez clair depuis un moment que ces élections fédérales seraient mes dernières en tant que président du PSS, explique-t-il. Je pense qu’il est juste de laisser un maximum de temps à ma ou mon successeur pour imprimer sa patte sur le parti avant 2023.»


Interview: «Mon souci, c'est que le parti oublie de jouer son rôle de leader progressiste»


Et s’il ne l’avait pas fait, après douze ans de présidence, le conseiller aux États se serait exposé à une spirale de critiques. La semaine dernière, l’influente conseillère d’État zurichoise Jacqueline Fehr (PS) a ouvert les feux dans un média partisan: «Nous avons besoin d’un changement à la tête du parti», plaidant pour l’élection d’une femme. D’autres socialistes alémaniques sont sortis du bois dans la foulée. Christian Levrat ne s’exprime pas sur le profil de son successeur. Cela dit, il n’est pas insensible à cette tendance politique où le personnel féminin et plus jeune est plébiscité. «Cela fait évidemment partie des réflexions. Lorsque vous êtes en fonction pendant douze ans, vous perdez en fraîcheur ce que vous gagnez en poids politique. Mais ma décision est vraiment d’ordre stratégique.» Bilan de douze ans de règne.

Son style

Christian Levrat accède à la tête du Parti socialiste suisse le 1er mars 2008, en même temps qu’un certain Toni Brunner à l’UDC. L’époque est aux bulldozers politiques, aux Fulvio Pelli et autres Christophe Darbellay. Christian Levrat en est aussi un. Et son style bourru peut heurter. Pourtant, le temps qui passe ne fait qu’asseoir son influence. «Au cours des ans, il a pris toujours plus de poids dans les décisions au PS, en anticipant et en préparant le positionnement du parti sur les dossiers importants, affirme Carlo Sommaruga (PS/GE). Je lui reconnais aussi une très bonne capacité d’analyse et de développement des stratégies.» Pour Ada Marra, vice-présidente du PS, Christian Levrat incarne la politique suisse: «Il est à la fois un terrien – Fribourg, Fribourg, Fribourg – et un intellectuel qui lit un livre par jour. Il a aussi su utiliser toutes les gammes de la démocratie directe – proposition, opposition, initiatives – avec brio.»


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Sa marque de fabrique

On peut être bulldozer et rassembleur. Christian Levrat en est la preuve. Sa peur primaire? Que son parti aux ailes distinctes n’éclate sous sa présidence et ne suive la déconfiture d’autres forces sociales-démocrates en Europe. «Je lui suis reconnaissante. Il a fait beaucoup pour le parti. Il a contribué à éviter que le PS ne glisse à droite, comme cela s’est produit dans d’autres pays européens, avec les conséquences que l’on connaît», salue Ronja Jansen, présidente de la Jeunesse socialiste. Carlo Sommaruga enchaîne: «Il a certainement réussi une chose importante: c’est l’unité du parti.» Avec le départ de Christian Levrat, l’aile libérale du PS réclame, cela dit, davantage de place à la présidence. Ronja Jansen met en garde: «Le Parti socialiste a de la place pour différentes ailes en son sein. Il y a du débat et c’est très bien. Mais il serait absolument faux aujourd’hui que le parti se positionne davantage vers la droite. Lorsqu’il perd ses idéaux, le PS perd aussi des électeurs.»

Ses succès politiques

Passionné d’échecs, Christian Levrat a rarement joué un coup politique sans avoir le suivant en tête. «Lorsqu’on a la possibilité d’avancer, ne serait-ce que de quelques mètres, il faut saisir l’opportunité et le faire. À l’inverse, lorsque le pendule va dans l’autre direction, il faut avoir la force d’aller au référendum et ne pas avoir peur d’être isolé», résume-t-il. L’une de ses plus grandes fiertés? Le rejet de la réforme de l’imposition des entreprises 3 (RIE III) dans les urnes en 2017, sur référendum du PS, suivi du succès de la réforme suivante, avec une compensation pour l’AVS. Pour Ada Marra, le succès de Christian Levrat est aussi une question de valeurs: «Il a toujours défendu les travailleurs, les services publics. Il a eu la capacité d’imposer cette sensibilité plutôt romande au sein du PS.»

Ses échecs politiques

Christian Levrat cite l’acceptation de l’initiative contre «l’immigration de masse» de l’UDC en 2014 et admet la responsabilité des partis, dont le sien, dans ce vote. Et il ne peut y couper: il aurait préféré un meilleur résultat aux dernières élections. Mais le verdict des urnes l’inquiète moins que la suite: «Mon souci, pour l’avenir, n’est pas tellement que le PS ne fasse pas son introspection mais qu’il oublie de jouer son rôle de leader progressiste de la législature à venir. La réponse à notre baisse électorale doit être un engagement politique plus fort», estime-t-il.


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La suite à vélo

À titre personnel, Christian Levrat ambitionne, à 49 ans, de retrouver la forme et de perdre du poids. Son objectif: faire Paris-Roubaix à vélo l’an prochain. Et pour son parti? Les délégués désigneront une nouvelle présidence en avril prochain. Les candidatures féminines et alémaniques tiennent la corde. Mais l’idée d’une coprésidence est aussi avancée. Avec, pourquoi pas, la possibilité pour les Romands d’y être représentés.

Créé: 12.11.2019, 20h10

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