«Le bilan des libéralisations est catastrophique»

Santé Le conseiller d'Etat vaudois Pierre-Yves Maillard a présenté ses idées pour combattre la hausse inéluctable des primes. Il a dénoncé la politique de la santé menée avant 2012.

Le conseiller d'Etat a dénoncé l'expérience catastrophique de la levée pendant 18 mois du gel de l'ouverture de nouveaux cabinets médicaux et les retombées du libre-choix de l'hôpital par le patient.

Le conseiller d'Etat a dénoncé l'expérience catastrophique de la levée pendant 18 mois du gel de l'ouverture de nouveaux cabinets médicaux et les retombées du libre-choix de l'hôpital par le patient. Image: Keystone

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Peu avant l'annonce des primes maladies 2017, le parti socialiste (PS) a présenté jeudi ses recettes devant la presse à Berne pour freiner les hausses dans ce domaine. L'Etat devrait plus s'investir dans la gestion de l'offre médicale, notamment hospitalière, estime le PS, qui va lancer des initiatives au niveau cantonal pour que les primes ne coûtent pas aux ménages plus de 10% de leur revenu. Parallèlement, le PS cible également la libéralisation de l'offre, par la voix du ministre vaudois de la santé, Pierre-Yves Maillard. Interview.

24 heures: Vous avez parlé d'année 2012 noire, en raison des retombées de la levée pendant 18 mois du gel de l'ouverture de nouveaux cabinets médicaux et du libre-choix de l'hôpital par le patient. Que lui reprochez-vous?

Pierre-Yves Maillard: On a libéralisé l’installation des médecins étrangers pendant 18 mois en Suisse. Et on a libéralisé l’offre hospitalière, encore en vigueur aujourd'hui. Je demande maintenant que l’on tire les bilans économiques de ces réformes. Parce qu’on nous a promis que c’était la solution pour freiner les hausses. Selon la doctrine des idéologues du marché libre dans le domaine de la santé, c'est en effet plus de marché, plus de concurrence pour moins de coûts au final. Eh bien le bilan de ces libéralisations est catastrophique. Sur les 4 années qui ont suivi l’introduction de ces réformes, nous avons près de 15% de hausse des coûts. Alors que les 4 années qui ont précédé ces réformes, la moyenne était de 11%. Or, 4% de différence, cela représente 1 milliard de francs à la charge de l’assurance maladie, une somme que les gens paient aujourd’hui et qu’ils n’auraient pas eu à payer si nous n’avions pas introduit ces réformes.

Vous critiquez aussi le report des coûts sur les cantons...

En effet. L’autre chose qui s’est passée, c’est qu’en plus de ce milliard à charge de l’assurance maladie, il y a 1,3 milliard de francs que les cantons paient en plus à la place des assureurs complémentaires, pour les hospitalisations extracantonales et celles en cliniques dans certains cantons. Cela fait donc 2,3 milliards de francs que nous n’aurions pas eu à dépenser si ces réformes n’avaient pas été faites. Et je rappelle que les primes pour enfants représentent 1,7 milliard. Donc, au lieu de commettre ces bêtises, nous aurions pu rendre gratuites les primes pour enfants.

Les primes 2017 seront dévoilées ce mois-ci avec en perspective de nouvelles hausses. Avez-vous une solution?

Nous constatons que dans le domaine stationnaire, celui des EMS, ou celui des soins à domicile qui sont contrôlés par les cantons, la croissance des coûts est bien plus faible que dans le secteur ambulatoire. Dans le canton de Vaud, nous avons introduit une enveloppe budgétaire pour les hôpitaux. S'ils la dépassent, il ne touche que 30 à 40% du tarif. Je propose donc que l'on étende ce système à l'ambulatoire et ce par prestataire. Si le médecin dépasse cette enveloppe, il aurait un revenu mais qui ne serait que de 30 à 40% du tarif. Cela permettrait de ne pas punir ceux qui facturent correctement. Et d'éviter cette croissance insupportable des coûts dans l'ambulatoire et qui n'est plus maîtrisée.

Cette croissance n'est plus maîtrisée?

Avant 2012, nous avions une croissance des coûts en moyenne d'un peu moins de 3%. On est passé à 4%, voire 5 à 7% suivant les cantons. Et le système ne donne aucun signe de ralentissement. On est parti pour des hausses de 4-5% chaque année des primes. Celles-ci sont arrivées à un tel niveau que ces 4-5% pèsent plus lourd. Un 5% de 500 francs représente en effet plus qu’un 5% de 300 francs. En plus, les modèles de réductions de primes sont attaqués dans certains cantons. Heureusement dans le canton de Vaud, nous avons réussi à convaincre le Parlement de plafonner d'ici 2019 à 10% du revenu la charge maximum qu'un ménage doit payer pour ses primes. Mais ce n'est pas encore le cas dans les autres cantons.

Pensez-vous que vos propositions ont une chance de passer au Parlement?

C’est très difficile. Chaque fois qu’il y a une proposition raisonnable, elle est combattue à droite. Ce Parlement prend des décisions qui vont à rebours du bon sens. Je ne sais pas jusqu'à quand il va pouvoir continuer à la faire sans que la population le sanctionne dans les urnes. Nous devrions proposer au peuple de se prononcer sur un modèle qui permette de déposséder de leurs pouvoirs les lobbys de la santé à Berne. Je pense que le PS devrait réfléchir à une initiative populaire, ou alors des associations de patients, voire de soignants.

Encore une initiative populaire? Mais toutes celles qu'a proposées le PS dans ce domaine ont échoué devant le peuple...

Nous gagnons 10% à chaque fois. Il ne reste plus beaucoup de marge pour passer! Mais devant l'évidence, devant les hausses insupportables qui guettent d'année en année la classe moyenne - les plus pauvres bénéficiant de subsides - , je m'imagine qu'un jour quelque chose bougera afin de maîtriser les coûts de la santé sans attenter à la qualité des soins. Pour cela il faut donner le pouvoir à quelqu'un. Et ce sont les cantons qui me semblent les mieux placés pour le faire de manière démocratique et indépendante.

Créé: 08.09.2016, 15h25

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