«La BNS contrecarre notre politique climatique»

EnvironnementAlors que le Conseil national doit ratifier l’Accord de Paris, Adèle Thorens fustige certaines pratiques de la BNS.

Adèle Thorens estime que les investissements de la BNS sont en contradiction avec les objectifs de la Suisse en matière de réduction des émissions de CO2.

Adèle Thorens estime que les investissements de la BNS sont en contradiction avec les objectifs de la Suisse en matière de réduction des émissions de CO2. Image: ODILE MEYLAN

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Limiter le réchauffement climatique à 2 degrés. Tel est le but de l’Accord de Paris, adopté en décembre 2015 au terme de la COP21. La Suisse a été le premier pays à s’engager. Au tour du parlement de le ratifier. Au Conseil national, la bataille débute ce jeudi et se joue sur les objectifs. La droite ne veut pas d’une réduction de 50% des émissions de CO2 et soutient 40%. Alors que des efforts seront demandés aux entreprises et aux citoyens, la Banque nationale suisse (BNS) continue d’investir dans les énergies fossiles. Un manque de cohérence que dénonce Adèle Thorens (Verts/VD). Interview.

Que reprochez-vous à la BNS?

La BNS agit en contradiction avec notre politique climatique. Avec 10% de sa fortune placée à la Bourse des Etats-Unis – soit 61,5 milliards de dollars – elle participe à l’émission d’une quantité de CO2 aussi grande que celle produite par la Suisse. Ces investissements sales sont d’autant plus dommageables pour notre image que notre pays s’est beaucoup engagé en faveur de l’Accord de Paris, qui vise aussi les flux financiers.

La BNS pourrait donc remplir seule les objectifs de l’accord fixés par la Suisse?

En théorie seulement, mais oui, car on économiserait ainsi l’équivalent de l’ensemble de nos émissions liées à la mobilité, au logement ou à l’activité économique. En pratique, c’est plus compliqué, car les émissions comptabilisées dans le cadre de l’accord sont celles que nous émettons sur notre territoire. Or les émissions liées aux investissements sales de la BNS sont des émissions «grises», qui adviennent hors de nos frontières, même si nous en sommes financièrement responsables.

La loi prévoit pourtant la possibilité de réduire nos émissions à l’étranger…

Il existe un mécanisme de flexibilité, mais il porte sur des projets de réduction concrets d’émission, souvent dans des pays en développement. Ce n’est pas le même registre. Reste que la réduction des émissions ici en Suisse est une chance. Les mesures prises vont générer de l’emploi et de la plus-value. Nous allons isoler des bâtiments, changer des systèmes de chauffage, adapter le parc automobile. Les gens vont économiser de l’argent sur le chauffage et l’essence, en consommant moins d’énergies fossiles. Il y a aussi un vrai intérêt économique.

Revenons à la BNS. Comment changer ses pratiques?

On ne peut pas la contraindre, mais la BNS a un règlement interne qui l’incite à ne pas investir dans des entreprises qui portent gravement atteinte à l’environnement. De plus, la loi qui définit les devoirs de la BNS précise qu’elle doit soutenir l’intérêt général du pays. Or la Suisse est touchée de plein fouet par le réchauffement climatique avec des conséquences pour l’économie et la sécurité. En ce sens, la BNS ne respecte ni ses propres engagements ni la loi.

Y a-t-il un risque financier à réduire ces investissements?

Non, et c’est le plus absurde. La BNS a perdu 4 milliards dans ce qu’on appelle la bulle carbone. Dans un monde qui se dirige vers une décarbonisation de l’économie, ces investissements sont devenus risqués. La Suisse qui ne produit ni charbon, ni gaz, ni pétrole n’a rien à perdre. Par contre, l’argent libéré pourrait être investi dans des domaines favorables à l’environnement et à l’économie, comme les cleantechs

Le problème touche aussi les caisses de pension…

L’argent que nous mettons dans nos retraites est régulièrement investi dans des énergies sales, souvent sans que nous le sachions. Ce manque de transparence est scandaleux. J’étais intervenue auprès du Conseil fédéral en 2008, sans succès. Avec la bulle carbone, les mentalités ont évolué, et je vais réitérer ma démarche. (24 heures)

Créé: 01.03.2017, 18h34

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