La BNS doit-elle stocker davantage d’or dans ses coffres?

CoffreLes Suisses se prononceront le 30 novembre sur l’initiative de l’UDC «Sauvez l’or de la Suisse». Le texte demande d'augmenter massivement la part de métal jaune dans les coffres de la BNS.

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De quoi parle-t-on ?

Le peuple se prononcera sur l'or de la BNS le 30 novembre. Les Suisses devront dire s’ils acceptent l’initiative «Sauvez l’or de la Suisse». Issue des rangs UDC et déposée en 2013, elle demande à la Banque nationale de stopper ses ventes d'or, de ramener en Suisse tout l'or placé à l'étranger et de constituer des réserves pour au moins 20% de ses actifs. Le gouvernement aurait 5 ans de délai pour augmenter sa part de métal jaune. Le 2e sondage SSR, publié le 19 novembre, montrait que le non est en tête avec 47% contre 38% de oui. Les partisans de ce texte ont reculé de six points par rapport au 1er sondage publié le 24 novembre. Mais il y a toujours 15% de citoyens qui n'ont pas encore fait leur choix.

Quels sont les arguments des initiants?

Les partisans du texte rappellent que la BNS a vendu pendant 5 ans une tonne d’or par jour et que plus de la moitié de ces 1550 tonnes de métal jaune a été bradée à vil à prix. Or selon eux, le maintien du stock de la banque centrale est indispensable pour garantir la stabilité du franc suisse. «Plus ses réserves d’or sont importantes, plus la Banque nationale est indépendante et moins elle sera exposée aux pressions extérieures», estiment-ils . Ils dénoncent en effet une BNS à la merci de la Banque centrale européenne et de la Fed américaine. Pour les initiants, les banquiers et les politiciens jouent au Monopoly avec la «fortune du peuple». En outre, placer notre or à l’étranger est risqué. En cas de crise grave, nos partenaires pourraient refuser de nous le rendre, estiment-ils.

Combien d’or possède la Suisse actuellement?

Actuellement, la BNS détient 1040 tonnes d’or, ce qui représente 60 milliards de francs (soit 7,5% de sa fortune à fin août). Pour répondre aux exigences de l’initiative qui veut que l’or représente 20% de ses avoirs, elle devrait donc procéder à l'achat de 2000 tonnes de métal jaune pour compléter son stock (soit quelque 80 milliards de francs au cours actuel). Elle devrait aussi rapatrier ses avoirs placés à l’étranger. En comparaison internationale, le stock helvète reste substantiel : la Suisse se place au 7e rang, derrière l'Allemagne, la France, l'Italie, les Etats-Unis, la Chine et la Russie.

Où est stocké en fait l’or de la Suisse? Les initiants indiquent sur leur site de campagne qu’ils ne savaient pas clairement où étaient stockés les lingots suisses. Mais la BNS a fait savoir précisément les différents lieux où le métal jaune se trouve. La Suisse en détient ainsi 70% dans ses coffres, 20% sont entreposés à la Banque d’Angleterre et 10% sont dans les mains de la Banque du Canada.

Qui soutient l’initiative de l’UDC?

Le texte n’a reçu que peu de soutien politique. Seules l’ASIN (L’Action pour une Suisse indépendante et neutre), l’UDF (L’Union démocratique fédérale), la section bâloise du parti bourgeois-démocrate (PBD) recommandent le oui, ainsi que quelques sections cantonales de l'UDC, comme Schaffhouse. Si l’UDC est derrière le texte, celui-ci peine à convaincre, même auprès des siens. Seuls 15 députés du groupe ont soutenu l'initiative; 22 l'ont refusée et 20 se sont abstenus. Hors de ces rangs, le non est de mise partout.

Quels sont les arguments des opposants?

Pour les opposants, Conseil fédéral en tête, l’initiative entraverait la politique monétaire de la BNS, nuirait à la stabilité du franc suisse et compromettrait la distribution de bénéfices à la Confédération et aux cantons. Au final, des emplois dans les secteurs industriels et financiers pourraient être menacés. Le métal jaune n'a plus le rôle central qu'il avait dans les années 1970, rappellent-ils. D'une manière générale, les opposants soulignent que l'or a perdu depuis plus de 40 ans sa fonction de valeur de référence. En outre, c’est un placement hasardeux soulignent-ils. La chute du cours en 2013 a fait perdre 15 milliards de francs à la BNS. Lui accorder une importance encore plus grande pourrait peser sur le bénéfice de la banque centrale.

On a déjà abordé ce sujet par la passé, non?

Ce n’est effectivement pas la première fois que la Suisse doit se prononcer sur cette question. La vente de 1550 tonnes d'or par BNS avait fait grand bruit dans les années 2000. Les partis s'étaient déchirés pour savoir à qui attribuer les 21 milliards rapportés par l'opération. L’'UDC voulait tout donner à l'AVS, le Parlement avait concocté un compromis prévoyant la création d'une Fondation suisse solidaire. Ces deux solutions avaient échoué en votation populaire en 2002. Ministre des finances à l'époque, Hans-Rudolf Merz avait ensuite imposé sa solution: donner deux tiers de la manne aux cantons et un tiers à la caisse fédérale. Mais l'AVS avait finalement obtenu les 7 milliards attribués à la Confédération. Un compromis trouvé pour répondre à une initiative de la gauche portant sur la répartition des bénéfices de la Banque nationale et rejetée en 2006. (nxp)

Créé: 04.11.2014, 06h28

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L'or, une valeur refuge qui fluctue

Le précieux métal est souvent considéré comme une valeur refuge, à l'opposé des monnaies instables. Pourtant, il fluctue tout autant. «Pour beaucoup, l'or fait figure de garant de stabilité», relève auprès de l'ats Bernard Lambert, chef économiste à Pictet Wealth Management. En partie à raison: «En cas de grave crise ou de guerre, ce métal fait office de réserve de valeur et compense la dévaluation de la monnaie nationale et l'hyper-inflation».

Mais sinon, l'or subit des variations très fortes, comme les devises papier. Il suffit que l'inquiétude augmente sur les marchés et que de nombreux acteurs en achètent pour que sa valeur grimpe. D'ailleurs, «son prix, qui avait fortement progressé suite à la crise financière, a ensuite chuté ces deux dernières années», illustre le spécialiste de l'établissement privé.

La Banque nationale suisse (BNS) en sait quelque chose. Pour rappel, l'institut d'émission n'a pas pu verser cette année de dividendes à ses actionnaires et aux cantons en raison des pertes encaissées en 2013 sous l'effet de la dévalorisation de l'or.

L'or comporte en outre une particularité: «C'est un actif qui ne rapporte rien. Contrairement aux placements en devises étrangères, il ne permet pas d'en tirer des intérêts.» Et la conservation du métal engendre des frais, notamment dans le domaine de la sécurité.

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