Les jours du Libor à la BNS sont-ils comptés?

SuisseLa banque centrale suisse utilise déjà des taux de référence alternatifs et la variante au Libor pourrait s'appeler le Saron, pour Swiss Average Rate Overnight.

Le siège de la BNS à Berne.

Le siège de la BNS à Berne. Image: Keystone

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La Banque nationale suisse (BNS) utilise le Libor pour conduire sa politique monétaire. Les jours de ce taux de référence sont toutefois comptés.

Les banques à travers le monde utilisent le Libor (London Interbank Offered Rate) pour calculer des prêts, des hypothèques, des comptes d'épargne, des obligations et des emprunts. Le taux sert de référence pour environ 450'000 milliards de dollars de transactions directes et indirectes sur les marchés financiers. Le taux est calculé pour différentes devises, y compris le franc.

Le Libor joue un rôle primordial dans le mécanisme de transmission de la politique monétaire en Suisse. Grâce à ce taux de référence, la Banque nationale surveille et contrôle le niveau des taux d'intérêt. Les taux d'intérêt sont un instrument utilisé par les banques centrales pour maintenir les prix stables, conformément à leur mandat.

La BNS assigne une marge de fluctuation au Libor pour les prêts interbancaires à trois mois en francs. L'institut d'émission monétaire ne peut pas directement contrôler les taux d'intérêt, car les banques conviennent des taux entre elles.

Les banques centrales influent toutefois sur le niveau des taux d'intérêt par leurs propres transactions sur le marché monétaire avec les banques. Si, par exemple, elles fournissent davantage de liquidités à des conditions favorables, les taux interbancaires et donc le Libor, et les taux qui en dépendent, vont baisser.

Manipulations bancaires

Le problème: la base de données pour le Libor est pauvre. Le Libor est un taux indicatif, auquel une sélection de banques veulent s'accorder mutuellement des prêts non garantis sur le marché londonien. Les taux les plus élevés et les plus bas de l'échantillon sont exclus pour calculer une valeur moyenne.

Le Libor a fait office de véritable baromètre des marchés pendant la crise financière de 2008. Il a également été le symbole des dérives de la finance, ayant fait l'objet de nombreuses affaires de manipulation. Plusieurs grandes banques ont payé de lourdes amendes comme UBS ou Deutsche Bank.

Le secteur financier a longtemps traîné les pieds pour remplacer le Libor. L'explication est simple: «La raison la plus fréquemment invoquée pour utiliser le Libor est que les autres l'utilisent déjà et que les taux de référence alternatifs sont trop peu établis», affirmait fin juillet Andrew Bailey, directeur général du gendarme britannique des marchés, la FCA, qui régule le Libor.

Activité trop faible

L'autorité britannique des services financiers a essayé d'améliorer le Libor, plutôt que de simplement le supprimer. Les efforts pour consolider la base de données du Libor ont toutefois échoué. Après la crise financière, les activités liées au Libor se sont écroulées.

Le Libor porte sur des transactions monétaires sans garantie. Auparavant, les banques préféraient se prêter mutuellement sur une base de confiance. Contrairement aux opérations sécurisées, le prêteur ne reçoit pas de titres en garantie. La crise financière a entravé la confiance mutuelle, ce qui a provoqué un transfert vers des opérations sécurisées.

Par conséquent, il n'y a pas assez de données de marché pour calculer le Libor et des estimations moins fiables sont ainsi utilisées. La FCA a finalement décidé de supprimer son célèbre taux interbancaire d'ici à fin 2021, contraignant les acteurs financiers à trouver une alternative.

Taux de référence propres

La BNS a déjà introduit depuis 2009 des taux de référence alternatifs conjointement avec SIX, l'opérateur d'infrastructures et de services pour la place financière. Ceux-ci se basent sur des opérations garanties et sont calculés sur la base de transactions réelles via la plate-forme de négoce SIX.

Le taux au jour le jour Saron (Swiss Average Rate Overnight) remplacera dès la fin de l'année le Tois Fixing. Il est déjà utilisé par exemple pour les produits dérivés sur taux d'intérêt et est calculé de manière similaire au Libor sur la base des estimations des banques.

Christian Bahr, responsable des données de marché et des analyses chez SIX Swiss Exchange, a décrit le Saron comme «idéal» dans l'environnement actuel et pour les changements à venir. Tous les pays ne peuvent pas déjà compter sur une alternative éprouvée.

«Le potentiel est là, car Saron ne pourrait pas seulement remplacer le Tois Fixing, mais également le Libor sur le marché en francs». Au contraire du Libor, le Saron se base sur des opérations garanties, ce qui pourrait en faire le taux référence d'avenir, estime Christian Bahr.

Particularités régionales

Reste à savoir quelle solutions seront mises à l'oeuvre à l'échelle internationale. «Il faut tenir compte des particularités régionales, c'est pourquoi il n'y aura pas seulement un indice ou un concept», relève Christian Bahr. Au Royaume-Uni, la banque centrale propose comme alternative au Libor le taux Sonia (Sterling Overnight Index Average) en livres.

La BNS n'a pas encore opté pour le Saron. Certes, la Banque nationale ajustera sa pratique à celle des principales banques centrales, telles que la Banque centrale européenne (BCE) et la Fed américaine.

Il est toutefois décisif que le Saron soit reconnu par le secteur financier comme le remplaçant du Libor en francs et puisse s'imposer sur le marché. Divers groupes de travail - dont un en Suisse - planchent sur la réforme des taux de référence et sur les possibles successeurs au Libor. (ats/nxp)

Créé: 13.09.2017, 10h42

Le successeur du Libor pas encore connu

Le remplacement du Libor en tant que taux de référence a également des effets sur certains propriétaires. Actuellement, des milliards de prêts hypothécaires Libor sont en cours, pour lesquels les taux sont régulièrement ajustés. Aucun successeur n'a encore été trouvé.

La question est encore ouverte de savoir vers quel taux de référence les banques s'orienteront à l'avenir pour les prêts immobiliers flexibles. Les banques ne semblent pas encore croire à la fin du Libor. A l'heure actuelle, il est prématuré de faire des déclarations sur un éventuel remplacement du Libor ou sur les alternatives possibles, estime UBS.

Raiffeisen est en train de procéder à des clarifications sur les solutions de remplacement que la banque peut offrir à ses clients, si le taux Libor n'est plus disponible après 2021, écrit le groupe. Avec une part de marché de 17,2% l'an dernier, le groupe coopératif st-gallois est le numéro un sur le marché hypothécaire suisse.

Chez le groupe bernois Clientis, qui réunit 15 banques régionales, un groupe de travail planche sur l'évaluation et le passage à un nouveau produit. Selon un porte-parole, il s'agit d'élaborer des règles appropriées.

Presque toutes les banques interrogées offrent encore des hypothèques Libor. Seule une partie des banques de Clientis continue toutefois d'en proposer. Raiffeisen a également recommandé à ses banques de financer encore seulement les prêts hypothécaires LiborFlex d'une durée de trois ans.

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