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Me Bonnant défend Addor et justifie la peur de l'islam

Prévenu de discrimination raciale, le conseiller national UDC valaisan a comparu mardi à Sion. Il encourt une peine pécuniaire.

Le conseiller national Jean-Luc Addor (à droite) et son avocat Marc Bonnant au sortir du tribunal du district, à Sion.
Le conseiller national Jean-Luc Addor (à droite) et son avocat Marc Bonnant au sortir du tribunal du district, à Sion.
Keystone

Les faits sont indubitables. Le 22 août 2014, Jean-Luc Addor dégaine sur Twitter. «On en redemande!» écrit l’avocat valaisan, alors député cantonal UDC, en réaction à une fusillade mortelle survenue dans une mosquée de Saint-Gall. Mais qu’a-t-il voulu dire? S’est-il rendu coupable de discrimination raciale ou a-t-il, comme il le prétend, manié l’ironie pour attirer l’attention sur les effets pervers de l’immigration? C’est la question que doit trancher le Tribunal du district de Sion.

Mardi, la vedette s’appelait Marc Bonnant. Dans une salle bondée tout acquise à sa cause, le célèbre avocat genevois a dénoncé «un procès politique» fait à son client. Selon lui, Jean-Luc Addor n’a fait que commenter «un crime mafieux» qui a vu ce jour-là un Albanais tuer un de ses compatriotes. «Il l’a mis en relation avec le combat de son parti contre l’immigration de masse, qui a un lien statistique et documenté avec la criminalité.» Le politicien aurait ainsi voulu signifier, au second degré: «Ça suffit! Que faites-vous, monde politique et système judiciaire, contre ce fléau?»

Me Bonnant va plus loin en affirmant que le prévenu n’a jamais eu l’intention de s’en prendre aux musulmans. Il s’élevait uniquement «contre l’islam prosélyte, qui ratatine les hommes». Le ténor du barreau s’engage alors sur la corde raide en justifiant l’islamophobie: «La peur de l’islam est légitime, salutaire. C’est même un devoir sacré». S’adressant aux magistrats valaisans, il leur prédit «qu’un jour leurs filles porteront le niqab et que leurs fils prieront à La Mecque». Et fustige au passage la norme pénale antiraciste, «cet article scélérat qui nous condamne à la bienveillance».

«S’il avait vraiment voulu faire avancer le débat politique, il aurait utilisé d’autres mots»

Pour sa première plaidoirie en Valais, l’avocat à la blanche chevelure convoque tour à tour Socrate, Paul Valéry, le Dictionnaire culturel d’Alain Rey, la Bibleet… Charlie Hebdo. Au nom de «la liberté d’expression et de penser», il plaide l’acquittement. Tout en suggérant qu’une condamnation servirait sans doute la cause du désormais conseiller national Addor, car celui-ci serait considéré comme une «victime de l’islam».

Guère impressionné par ces envolées oratoires, le procureur général adjoint balaie la thèse de l’ironie. Jean-Pierre Greter rappelle le flot de commentaires haineux déclenché par le tweet litigieux. «S’il avait vraiment voulu faire avancer le débat politique, il aurait utilisé d’autres mots.» Pour lui, Jean-Luc Addor n’a fait que «rabaisser une communauté en raison de sa religion, inciter à la haine et provoquer la polémique». Il doit être condamné à 75 jours-amendes, avec sursis pendant 2 ans. Verdict dans quelques jours.

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