Les bourses d'étude, des aides très disparates

DécodageL’initiative des étudiants et de la gauche veut uniformiser les soutiens à la formation.

Les étudiants reçoivent des aides financières très différentes selon leur canton d’origine.

Les étudiants reçoivent des aides financières très différentes selon leur canton d’origine. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Du simple au triple. Telle est la différence observée entre les montants des bourses accordées par les cantons à leurs jeunes en formation. En 2010, Neuchâtel a ainsi versé des bourses atteignant 3377 francs en moyenne sur l’année, selon l’Office fédéral de la statistique. Tout en haut de l’échelle, le généreux mécène qu’est le Canton de Vaud a payé 8933 francs à ses boursiers. Avec 6362 francs (sans tenir compte des chèques de formation propres au canton qui représentent un total de 3,1 millions), Genève se situe un peu au-dessus de la moyenne nationale qui s’élève à 6205 francs. Des montants fortement disparates qui doivent être cependant tempérés par le nombre de bourses distribuées. Ainsi, 1% de la population reçoit un soutien à Neuchâtel alors que ce taux est de 0,3% à Zurich.

Pour voir l'infographie en grand, cliquez ici.

Devant de telles inégalités – que l’on retrouve aussi dans les conditions d’octroi –, l’Union des étudiant-e-s de Suisse (UNES) a lancé en 2010 une Initiative sur les bourses d’études qui a abouti en 2012 avec 117 069 signatures. Soumis au peuple le 14 juin prochain, le texte prévoit de modifier l’article 66 de la Constitution afin de transférer des cantons à la Confédération la compétence en matière d’aides à la formation pour l’enseignement supérieur. Il stipule aussi que ces aides doivent garantir un niveau de vie minimal pendant la durée d’une première formation tertiaire.

En retard face à l’étranger
Outre les disparités entre les cantons, les étudiants relèvent que la Suisse ne cesse de céder du terrain en matière de soutien à la formation. Une situation paradoxale dans un pays où l’on répète à l’envi que la seule matière première est la matière grise de sa population. Sur les 593 370 personnes qui suivaient une formation postobligatoire en 2010, 48 085 ont obtenu une bourse. Ce taux de 8,1% est le plus bas enregistré depuis vingt ans et se situe loin derrière celui du début des années 90 qui oscillait entre 11 et 13%.

Pour voir l'infographie en grand, cliquez ici.

A cette aune, la Suisse fait pâle figure à côté de ses voisins (Allemagne, Autriche, Italie et France) qui comptent des proportions de boursiers de l’ordre de 10 à 30%. Par rapport à la Finlande, aux Pays-Bas, à la Norvège, à la Suède ou au Royaume-Uni où une majorité des étudiants reçoivent des aides, la comparaison est carrément accablante. Sans parler du Danemark qui cultive le record européen avec un taux de 90%.

Non aux prêts remboursables
Pour les initiants, qui ont l’appui de plusieurs partis (Verts, PS, Parti évangélique, Parti pirate), des syndicats et de nombreuses organisations et personnalités des milieux académiques, la Suisse a beau offrir des formations de haut niveau, tous les jeunes ne peuvent pas y accéder. Lorsque l’aide de la famille ou le travail à côté des études ne suffisent pas, les étudiants doivent pouvoir compter sur des bourses suffisamment dotées, quel que soit le canton de domicile des parents.

Dans son argumentaire, le comité souligne que certains cursus ne permettent pas d’exercer une activité lucrative accessoire. En outre, un tel travail aboutit souvent à un allongement des études, voire à un échec. L’UNES et ses alliés sont également opposés aux prêts remboursables qui représentent 8% du total des soutiens aux personnes en formation en Suisse. Ce système est très répandu à Glaris (52%), en Valais (37%), à Uri, à Soleure et au Tessin. Il fait figure d’exception à Genève (4%) ou dans le canton de Vaud (2%) alors que Zurich et les Grisons ne le pratiquent pas. Les initiants soulignent que les prêts ne réduisent pas les inégalités face à la formation: ils peuvent avoir un effet dissuasif et cette charge économique constitue un sérieux handicap à l’orée d’une carrière professionnelle.

Retarder la réforme en cours
Pour le Conseil fédéral, qui recommande le rejet de l’initiative, le concordat sur les bourses d’études, qui est entré en vigueur en 2013, a amené plusieurs cantons à réviser leur législation. L’acceptation de l’initiative bloquerait le processus jusqu’à l’adoption d’une législation d’application. En outre, elle obligerait à augmenter massivement – de plusieurs centaines de millions de francs – les aides à la formation. Le gouvernement invoque aussi la nouvelle loi sur les aides à la formation – conçue comme contre-projet indirect – qui n’attribue plus systématiquement des subventions fédérales aux cantons mais qui les assortit au respect des dispositions du concordat.

Cette argumentation est reprise par les partis de droite (PLR, UDC, PDC et Vert’libéraux) qui estiment que l’initiative est inapplicable ou qu’elle n’améliorerait pas la condition des étudiants. Comme les milieux patronaux, ces partis invoquent aussi le fédéralisme et la séparation des tâches entre la Confédération et les cantons: ces derniers sont mieux placés pour connaître les besoins de leurs étudiants. En outre, la disparité des bourses serait justifiée vu les différences de coût de la vie et dans les soutiens à la famille.

Selon le premier sondage SSR publié le 8 mai, 49% des personnes interrogées voteraient en faveur de l’initiative, 37% contre et 14% seraient encore indécises. Compte tenu de l’évolution habituelle de l’opinion sur ce type d’objet, l’initiative devrait être rejetée le 14 juin.

Créé: 27.05.2015, 11h02

Articles en relation

Les étudiants s’unissent pour défendre les bourses

Genève L’initiative soumise au vote populaire peut compter sur le soutien d’associations estudiantines, de la gauche et de syndicats. Plus...

La Suisse a besoin d’un système de bourses performant

L'invité Le politologue René Knüsel estime que l'avenir économique du pays passe par la qualité de son système de formation et d'éducation. Plus...

Le Conseil fédéral refuse d’unifier les bourses pour les étudiants

Bourses d'études Johann Schneider-Ammann appelle à voter non à l'initiative populaire des étudiants sur les bourses d'études, le 14 juin prochain. Au nom du fédéralisme et des finances fédérales. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.