Braqueur des Pink Panthers condamné à 0 jour de prison!

Justice genevoiseReconnu coupable du casse d’une bijouterie en 2002 à Genève, l’un des pionniers des Pink Panthers a été condamné... à rien!

Extradé de Belgique, le prévenu est resté encadré durant l’audience par trois policiers du groupe d’intervention, musclés et armés.

Extradé de Belgique, le prévenu est resté encadré durant l’audience par trois policiers du groupe d’intervention, musclés et armés. Image: Patrick Tondeux

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Hors-norme. Le mot est faible pour qualifier le procès, vendredi, de l’un des pionniers des Pink Panthers (lire ci-contre), coauteur du braquage de la bijouterie de luxe Avakian au Noga-Hilton. C’était il y a quatorze ans. Comme il a reconnu les faits, l’enjeu du procès s’est porté sur un os juridique. Le Tribunal correctionnel genevois l’a condamné, mais à rien!

Les mesures de sécurité déployées pour l’occasion sont à l’image du personnage: spéciales. Extradé de Belgique, P.V. reste encadré durant l’audience par trois policiers du groupe d’intervention, musclés et armés. C’est que le personnage, multirécidiviste, a déjà tenté de s’évader de prison.

Cet expert du hold-up a reconnu trois braquages à Genève. En raison d’une procédure complexe, il doit répondre, pour l’heure, des faits commis le 12 août 2002 avec un complice, dont le sort a été réglé il y a quelques années par trois ans et demi de prison. Le rôle de P.V.? Il a fait irruption dans la bijouterie Avakian en menaçant trois vendeuses avec un tournevis et un spray lacrymogène. Le duo s’est emparé en l’espace d’une minute d’une vingtaine de bijoux précieux d’une valeur d’achat globale de 4,4 millions de francs.

Gain de 100 000 euros

«Qui est le commanditaire?» interroge le président. Le prévenu originaire du Monténégro répond d’une voix fluette en bon français, appris entre quatre murs: «Personne… On est passé à côté de l’hôtel. La bijouterie avait exposé un collier.» Le butin a été écoulé en Italie pour une somme de 100 000 euros, partagée avec son comparse.

Ce casse a été le premier d’une longue série réalisée en moins de deux ans par P.V. et son équipe à travers l’Europe. Arrêté en France voisine, à Annecy, en 2004, le quadragénaire est très vite passé à table. Mais la Suisse, hors de l’Union européenne, a dû attendre son tour pour obtenir son extradition. Ce n’est pas la seule difficulté rencontrée par la justice genevoise en matière de collaboration internationale. Elle n’a jamais réussi à obtenir les renseignements complets de son parcours carcéral.

Trois ans de prison requis

Condamné en 2005 en Belgique à huit ans de prison, en 2006 en France pour neuf ans, en 2009 en Allemagne pour sept ans, P.V. cumule déjà 24 ans de prison. Il en a déjà purgé 12. «L’enjeu de ce procès, c’est la peine», relève la procureure Gaëlle Van Hove. Comme le prévenu n’a pu être jugé pour l’ensemble des faits en une seule fois, la justice suisse doit tenir compte des précédentes sanctions – même si elles ont été prononcées à l’étranger – en appliquant, si nécessaire, une peine dite «complémentaire». Cela alors que le plafond d’emprisonnement en Suisse est fixé à 20 ans. Pour faire le calcul concernant P.V., il s’agit de décider si l’on tient compte de l’ensemble des peines infligées ou de celles déjà subies. «Je souhaite bon courage au tribunal pour trancher cette question assez exceptionnelle», glisse Gaëlle Van Hove, prônant la seconde option et réclamant trois ans d’emprisonnement.

Au contraire, Me Delphine Jobin, reconnaissant la culpabilité de son client et sa «collaboration totale avec la justice», plaide avec une précision d’orfèvre l’impossibilité de lui infliger un jour de plus de prison. Pour elle, le vase est déjà plein. «Le Tribunal fédéral, dans son arrêt rendu sur la détention provisoire contestée par mon client, retient qu’a priori il faut tenir compte des condamnations et non des peines subies», argumente-t-elle.

Les juges genevois l’ont finalement suivie sur ce point estimant qu’«il n’y a plus de place pour une peine additionnelle». P.V. va dès lors être extradé vers l’Allemagne pour passer encore quelques années derrière les barreaux. Un jugement que les parties plaignantes, absentes, n’ont pas entendu. Pas plus que les mots du prévenu pour elles: «Je voudrais juste demander pardon aux victimes. Ce que j’ai fait est grave. (…) Je n’ai rien gagné mais perdu, trop. J’ai raté presque ma vie.» Le mythe est fatigué.

Créé: 04.07.2016, 07h29

Un as des Pink Panthers

Dans le milieu policier, il se dit que P.V. a participé au retentissant vol de diamants dans la célèbre bijouterie Graff, à Londres, en 2003.?Ce casse a valu aux braqueurs le surnom de Pink Panthers, Scotland Yard ayant retrouvé une pierre précieuse dans un pot de crème de beauté, comme dans le film de Blake Edwards. Pourtant, P.V. n’a jamais été inquiété par la justice britannique pour ce hold-up. Cet homme originaire du Monténégro, mécanicien-marin de profession, aux multiples condamnations y compris pour tentative de meurtre dans son pays, est en tout cas considéré comme un pionnier de cette mouvance, composée d’équipes à tiroirs, pas forcément en contact entre elles. «La Suisse a été l’un des pays les plus touchés par les Pink Panthers, avec une quinzaine de braquages par an dans les années 2000», retraçait dans nos colonnes en 2013 un inspecteur de la PJ genevoise. La mouvance s’est affaiblie depuis quelques années, en raison d’un grand nombre d’arrestations réalisées à travers l’Europe. Le procès à Genève de l’un des pères des Pink Panthers, P.V., marque la fin de cette grande époque.

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