«La burqa est un prétexte pour s’en prendre à l’islam»

InterviewMartine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme, s’inquiète du débat actuel.

Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme: «Derrière la burqa ou le burkini,la discussion porte sur l’islam avec une confusion, qui doit être combattue,entre religion et terrorisme.»

Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme: «Derrière la burqa ou le burkini,la discussion porte sur l’islam avec une confusion, qui doit être combattue,entre religion et terrorisme.» Image: Keystone

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Faut-il interdire le port de la burqa ou du burkini? Ces questions suscitent un vif débat, à l’étranger comme en Suisse. Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme, est opposée à ces interdictions. «Cela ne résout rien», explique-t-elle. La Genevoise répond à nos questions.

Votre commission travaille-t-elle sur ces questions?

Oui. Nous avons décidé de mettre à jour notre position sur les signes religieux et de mener une discussion d’ici à la fin de l’année. Nous allons probablement y intégrer les questions de voile intégral et de burkini.

Comment jugez-vous le débat actuel?

Il nous préoccupe car il peut entraîner des dérapages et des discriminations. Derrière la burqa ou le burkini, la discussion porte sur l’islam avec une confusion, qui doit être combattue, entre religion et terrorisme. Il suffit de regarder les discussions sur les réseaux sociaux pour voir que les discours se libèrent. Cela ouvre la porte à l’expression de toutes les craintes. Certains vont jusqu’à dire que porter le niqab revient à cautionner le terrorisme.

Vous êtes donc opposée à l’initiative antiburqa?

Les visages cachés me gênent, mais la question ne doit pas nécessairement faire l’objet d’une interdiction. On voit que cela n’a rien résolu en France, où il a fallu prévoir de nombreuses exceptions. On évoque une interdiction générale d’avoir le visage couvert dans l’espace public. Cette question est intéressante mais ensuite les partisans parlent uniquement de burqa. Cela sert donc de prétexte pour s’attaquer à l’islam.

N’est-ce pas l’occasion de débattre de la place de l’islam en Suisse?

Tout débat est légitime. Y compris celui sur la place de l’islam et de la religion en Suisse. De toute manière, cette discussion existe et nous ne pouvons pas l’ignorer. Le problème, c’est qu’elle ne porte pas son nom. Nous avions déjà vécu cette situation avec l’initiative contre les minarets. D’ail­leurs, on parle de burqa (vêtement bleu porté en Afghanistan), alors qu’en Suisse, nous avons uniquement quelques niqabs.

La Suisse a le droit de dire qu’elle ne les tolère pas sur son territoire.

Elle doit être claire sur ses principes et le respect de l’Etat de droit. La pratique religieuse doit s’inscrire dans le respect de la loi. Ce n’est pas une question d’habillement, sauf dans des circonstances particulières, comme par exemple l’interdiction de porter le foulard islamique pour les enseignantes du secteur public.

Dans la rue, le niqab ne pose-t-il pas un problème de sécurité?

On voit dans la rue des visages couverts pour toutes sortes de raisons. Si des crimes ont été commis, c’était avec un casque intégral ou avec une cagoule, pas avec un niqab.

Un visage découvert ne participe-t-il pas du vivre-ensemble? Le niqab n’empêche-t-il pas l’intégration?

Cette question est sérieuse et il est probable qu’aucune femme portant le niqab n’obtiendrait la nationalité suisse. Mais un tiers des musulmans sont Suisses. Ce n’est donc pas une question d’intégration uniquement.

Que pensez-vous de l’argument féministe?

Je trouve insupportable que des femmes soient contraintes de porter le niqab ou toute autre tenue qui les dissimule totalement. Mais leur libération ne passe pas par l’interdiction du niqab. Penser qu’une interdiction en Suisse fera avancer la cause de la femme en Arabie saoudite ou ailleurs dans le monde me paraît naïf, pour ne pas dire plus. Surtout quand on entend certains dire qu’il faudra des passe-droits pour les touristes.

Et le débat sur le burkini?

Là, on dépasse les bornes! Le burkini permet aux femmes d’aller à la plage, donc de se libérer, et non l’inverse.

Les politiciens ont-ils tort de débattre de ces questions?

Ils devraient reconnaître que ces questions sont complexes. Pour l’instant, chacun se positionne pour ou contre ces vêtements et il n’y a aucune place pour la nuance. Ce débat pourrait être intéressant, mais pour autant que celles et ceux qui y participent soient réellement ouverts à la discussion. Il ne doit pas servir de tremplin politique!

Créé: 29.08.2016, 21h20

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