«Mon souci, c'est que le parti oublie de jouer son rôle de leader progressiste»

InterviewChristian Levrat quitte la présidence du PS suisse. Il dit tout sur sa recette stratégique, les femmes en politique et la montée des Verts.

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Christian Levrat quittera la présidence du Parti socialiste suisse en avril prochain. Entretien.

Votre départ n’est pas lié aux résultats des dernières élections. Vous l’aviez planifié bien avant. Mais après douze ans à la tête du PS, ressentez-vous une forme d’usure?
Ce sont avant tout des réflexions politiques. Il était assez clair depuis un moment que ces élections fédérales seraient mes dernières en tant que président du PSS. Il faut du temps pour préparer de telles échéances et je pense qu’il est juste de laisser un maximum de temps à ma ou mon successeur(e) pour imprimer sa patte sur le parti avant 2023. Donc nous avons pris la décision en janvier d’avancer le congrès qui était prévu en novembre 2020 à avril. Et par clin d’œil, il aura lieu à Bâle, là où j’ai été élu le 1er mars 2008.

On parle beaucoup d’une ou d’un Alémanique pour vous succéder. Cela signifierait qu’il n’y aurait plus de Romand à la tête des grands partis suisses. Cela ne plaide-t-il pas pour qu’il y ait aussi des candidatures romandes à votre succession?
Nous avons connu une période en Suisse où une majorité des partis gouvernementaux étaient dirigés par des Romands. Il me paraît raisonnable qu’il y ait un certain équilibre entre les régions linguistiques. Pour le reste, concernant le profil de ma ou de mon successeur(e), cela regarde les militants. Je resterai en dehors de ce débat.

Il y a cette forte tendance en politique vers un personnel plus jeune et plus féminin. Est-ce que vous y avez pensé au moment d’annoncer votre départ?
Cela fait évidemment partie des réflexions. Lorsque vous êtes pendant douze ans en fonction, vous perdez en fraîcheur ce que vous gagnez en poids politique. Mais cette décision est vraiment d’ordre stratégique. Elle n’est ni structurelle ni liée aux élections. L’horizon que je considère correct en tant que président de parti porte sur deux ou trois législatures. Il était évident que je n’allais pas rester plus de douze ans.

Dans votre bilan, vous citez autant des victoires par opposition que par compromis. C’est votre marque de fabrique?
Ma stratégie est beaucoup plus simple. Lorsqu’on a des avancées sociales ou environnementales, on les réalise. À la fin, nous sommes comptables des progrès obtenus. Lorsqu’on a la possibilité d’avancer, ne serait-ce que de quelques mètres, il faut saisir l’opportunité et le faire. Lorsqu’à l’inverse, le pendule va dans l’autre direction, il faut avoir la force d’aller au référendum et ne pas avoir peur d’être isolé. Prenez l’exemple de la réforme fiscale des entreprises RIE III. On ne nous prédisait aucune chance. À la fin, la population nous a suivis, comme sur la RFFA, la réforme qui a suivi. Je suis un adepte d’une politique comptable des résultats.

L’électeur l’a oublié? Il n’a pas vraiment eu la même compatibilité que vous ces dernières semaines...
Si, si, mais l’électeur a fixé une priorité qui est la question climatique. Je suis beaucoup allé à l’extérieur lors des mois écoulés. J’entends en général que les gens veulent donner un signal pour le climat, raison pour laquelle ils votent vert. Les fois où j’ai pu expliquer que le PS était aussi compétent, sinon plus compétent que les Verts sur la question climatique, la plupart de mes interlocuteurs en convenaient mais considéraient – peut-être à raison – que le signal d’un vote vert était plus important. Mon souci pour l’avenir, honnêtement, n’est pas tellement que le PS ne fasse pas son introspection – les socialistes sont des spécialistes hors catégorie de l'autocritique – mais que le parti oublie de jouer son rôle de leader progressiste de la législature à venir. Nous avons le Conseil national le plus progressiste de ces dernières décennies. Cela nous donne la possibilité de saisir des réformes négligées lors de la législature qui s’achève. La réponse à notre baisse électorale doit être un engagement politique plus fort.

Dans vos défaites, vous ne parlez pas de l’élection d’Ignazio Cassis. Pourtant, il est dans tous vos discours comme l’ennemi numéro un...
Je suis très engagé en matière de politique extérieure et je ne suis pas du tout d’accord avec la politique qu’il mène. Mais cela n’a rien à voir avec son élection. On se rend bien compte aujourd'hui qu’on est peut-être encore passé à côté de quelque chose de pire, vu l’évolution du débat genevois. En l’espèce, il se pourrait bien que la majorité ait eu raison d’élire Ignazio Cassis plutôt que Pierre Maudet, mais le bilan du premier reste peu convaincant.

Créé: 12.11.2019, 16h43

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