Une caisse maladie est-elle un sponsor comme un autre?

Élections fédéralesLe Groupe Mutuel verse de l’argent à une quinzaine de candidats, sans vouloir dire lesquels. La gauche veut la transparence.

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On parle d’une somme totale de 30 000 francs offerte à des candidats. Un montant dérisoire sachant que la campagne en vue des élections fédérales se chiffre en dizaine de millions, et pourtant il fait beaucoup réagir. Car le sponsor en question est une caisse maladie, le Groupe Mutuel.

Si c’est la présidente de son conseil d’administration, la Valaisanne Karin Perraudin, qui a révélé cette façon de faire sur la RTS, elle a refusé de dire qui en étaient les bénéficiaires. Bien décidé à en savoir plus, Roger Nordmann (VD), le président du groupe socialiste aux Chambres fédérales, a décidé de lui écrire directement. Dans cet échange de courriels que nous avons pu lire, on apprend qu’une quinzaine de candidats reçoivent jusqu’à 2000 francs. Le Groupe Mutuel répond aux sollicitations, mais ne va pas lui-même chercher les candidats. Par contre, il n’y a pas de dons spécifiques aux partis. Les demandes ont été analysées en fonction de la force électorale, des chances d’élection et du soutien du candidat «au système de santé libéral». Le Groupe Mutuel affirme enfin «qu’aucune contre-prestation n’est demandée».

La pratique est-elle répandue dans les autres caisses maladie? SantéSuisse, l’une des faîtières nationales, ne le sait pas. «Il n’y a pas de règle ou de directive interne», explique son porte-parole, Christophe Kaempf. Mais une chose est sûre, l’argent ne peut pas provenir de l’assurance de base, puisque les bénéfices y sont interdits. Un point que respecte le Groupe Mutuel, puisque ces dons sont financés par la Fondation Groupe Mutuel, une structure à but non lucratif. Et la présidente Karin Perraudin de préciser que sa société n’est pas qu’une caisse maladie, mais également un acteur majeur des assurances privées en Suisse, comme les assurances vie, la protection juridique, les assurances ménage ou autres, «qui, contrairement à la LAMal, peuvent faire des bénéfices».

«Des mercenaires»

Ces explications ne satisfont en rien Roger Nordmann. «On joue sur les mots. Le Groupe Mutuel est né et a grandi grâce à la LAMal. Directement ou pas, les différents domaines sont liés, c’est un mélange des genres.» Ce qui heurte aussi le socialiste vaudois, c’est que les assurés sont les otages de ces choix. «Il y a certainement des citoyens qui sont au Groupe Mutuel et qui ne sont pas favorables à ce système de santé libéral.» Pour lui, le Groupe Mutuel n’agit pas dans une logique d’intérêt général: «Il cherche simplement des mercenaires.»

Si le ton monte au sein du Parti socialiste, c’est aussi parce que le Groupe Mutuel est l’assurance maladie la plus représentée au parlement, avec douze liens d’intérêts déclarés par des élus. Et ce nombre dérange. «Je le constate régulièrement en Commission de la santé, on est parfois plus proche d’un conseil consultatif des assurances, réagit le sénateur Didier Berberat (PS/NE). Si vous recevez de l’argent, vous vous sentez redevables.»

«Il y a certainement des citoyens qui sont au Groupe Mutuel et qui ne sont pas favorables à ce système de santé libéral»

Le PS ne joue-t-il pas la vierge effarouchée avec des dons de 2000 francs maximum, alors que sa propre initiative populaire n’exige aucune transparence en dessous de montants de 10 000 francs? «Ici, ce n’est pas un parti qui est sponsorisé, mais directement des candidats, répond le Neuchâtelois. Ça échapperait effectivement à nos règles, mais dans ce domaine de la santé, c’est une question éthique.» Ce dernier argument est même repris par des élus de droite, à commencer par le pourtant très libéral vice-président du PLR, Philippe Nantermod (lire l’encadré).

«C’est une entreprise comme une autre»

Dans le camp bourgeois, le Valaisan reste toutefois une exception. «Pour une assurance, la question du sponsoring et du marketing est délicate, reconnaît Lorenz Hess (PBD/BE), par ailleurs président de la caisse maladie Visana. Elle se pose aussi lorsque nous soutenons des manifestations. Avec la LAMal, c’est sûr, vous ne pouvez rien faire. C’est réglé et surveillé par la FINMA. Mais avec les autres assurances, on doit pouvoir faire du business.» Et les «autres» assurances peuvent représenter près d’un quart des activités. Visana soutient-elle des candidats? «Non», assure Lorenz Hess.

Le Groupe Mutuel peut aussi compter sur le soutien d’Heinz Brand (UDC/GR), qui n’est autre que le président de SantéSuisse. S’il ne connaissait pas la polémique, et affirme ne pas toucher de sponsoring de l’assureur valaisan, il est très clair: «Une caisse maladie, c’est une entreprise comme une autre. Et c’est de la responsabilité du Groupe Mutuel de faire ce qu’il veut avec son argent, tant qu’il ne s’agit pas de l’assurance de base.»

Le Grison rejoint également Karin Perraudin sur un point: le soutien des entreprises au financement des campagnes fait partie du système de milice. «Se présenter aux élections fédérales coûte de plus en plus cher. Si on commence par des interdictions, plus personne ne pourra se porter candidat, à part peut-être Magdalena Martullo-Blocher», sourit Heinz Brand, lui-même candidat dans les Grisons aux côtés de la fille de Christoph Blocher.

Créé: 13.09.2019, 17h41

Le mea culpa de Nantermod

Une assurance maladie est-elle un sponsor comme les autres? À cette question, Philippe Nantermod (PLR/VS) répond non sans hésitation. Et ce n’est pas en raison du mélange des genres entre assurance de base et complémentaires. Pour lui, «aucun acteur de la santé n’est un sponsor comme les autres».

Sa réflexion, le vice-président du parti l’a faite il y a un an, après son passage sur le plateau d’«Infrarouge» à la RTS. Le conseiller national valaisan avait expliqué avoir accepté de siéger dans un groupe de réflexion du Groupe Mutuel. Une prestation payée 10 000 francs par an pour cinq ou six séances d’une journée. Face à l’ampleur des critiques, il avait finalement renoncé. «Dans le domaine de la santé, il y aura plusieurs décisions difficiles à prendre, et qui vont déplaire à tout le monde, poursuit Philippe Nantermod. Sachant que les acteurs de la santé ont des intérêts divergents, il faut que les politiques puissent parler avec chacun d’eux, en gardant le maximum d’indépendance. Or, s’il y a de l’argent en jeu, l’apparence d’indépendance au moins ne peut pas être garantie.»

Faut-il aller jusqu’à interdire les mandats dans les conseils d’administration? «Il ne faut pas tout mélanger. Là, on rémunère les élus pour un travail. Ce n’est pas comparable à un don pour une campagne. C’est la même réflexion pour un médecin: on ne va pas le faire arrêter d’exercer parce qu’il est élu à Berne.»

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