Le calicot «Kill Erdogan» crée un éclat diplomatique

Manifestation à BerneL’ambassadeur suisse à Ankara a été convoqué. La justice suisse enquête. Une élue présente à Berne samedi témoigne

A l’appel du PS, des Verts et de plusieurs associations kurdes, la manifestation a rassemblé des milliers de personnes.

A l’appel du PS, des Verts et de plusieurs associations kurdes, la manifestation a rassemblé des milliers de personnes. Image: Keystone

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Un appel au meurtre sur la place Fédérale, ce n’est pas banal. C’est pourtant ce qui s’est passé samedi lors d’une manifestation anti-Erdogan à Berne. Un groupe d’autonomes d’extrême gauche a brandi un calicot où l’on pouvait voir la tête d’Erdogan et un revolver avec le texte suivant en anglais: «Tuez Erdogan avec ses propres armes.» Cet appel au meurtre a provoqué la colère de la Turquie, qui a convoqué dimanche l’ambassadeur suisse à Ankara. En Suisse, le ministère public de Berne-Mittelland a ouvert une procédure pénale.

Tout avait commencé tranquillement samedi devant le Palais fédéral. A l’appel du PS, des Verts, des associations kurdes et avec le soutien d’une trentaine d’organisations, des milliers de personnes ont manifesté contre la dérive autoritaire en Turquie et contre la guerre au Kurdistan. Pour le régime turc, il s’agit déjà d’une provocation car la Suisse, contrairement aux Etats-Unis et à l’UE, laisse manifester des militants du PKK, qui sont assimilés à des terroristes. Mais la goutte qui va faire déborder le vase, c’est cette affiche qui s’en prend directement à l’intégrité physique de Recep Tayyip Erdogan.

Présente à la manifestation comme oratrice pour représenter le PS, la conseillère nationale genevoise Laurence Fehlmann-Rielle raconte: «Un groupe a soudainement fait irruption dans la manifestation avec cette banderole. Je ne sais pas ce qui s’est passé avec le service d’ordre. Ce qui est sûr, c’est que je ne peux évidemment pas souscrire à un appel au meurtre.» Elle rappelle qu’Erdogan, dont la politique est déplorable pour les libertés publiques en raison des arrestations massives, a cependant été élu démocratiquement.

En Turquie, le calicot a fait l’effet d’une bombe. Le ministre turc des Affaires étrangères a immédiatement appelé Didier Burkhalter, le chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), samedi. Mais on n’en est pas resté là. L’ambassadeur suisse à Ankara, Walter Haffner, a été convoqué dimanche au Ministère turc des affaires étrangères. On lui a signifié que la Suisse devait ouvrir une enquête et traduire en justice les auteurs de l’appel au meurtre.

Sur ce point, la machine judiciaire suisse s’est mise en marche. Le ministère public régional de Berne a ouvert dimanche une procédure pénale. La Ville de Berne, par la voix de son responsable de la sécurité Reto Nause, a aussi fait savoir qu’elle déposerait plainte. Selon lui, les conditions fixées aux organisateurs de la manifestation n’ont apparemment pas été respectées.

Jeunesse révolutionnaire

Mais qui se cache derrière le calicot du scandale? Un groupe baptisé «La jeunesse révolutionnaire de Berne» revendique la banderole et s’en félicite sur Facebook. Il y voit une réponse appropriée «au sang versé en Turquie, au Kurdistan et en Syrie», «aux milliers de révolutionnaires et gens de gauche jetés en prison», «aux milliers de personnes licenciées et aux innombrables suicides», etc. Et de conclure: «Personne ne pleure aujourd’hui Hitler, Mussolini ou Pinochet. Personne ne pleurera Erdogan».

Erdogan, justement, s’est emparé immédiatement de l’affaire. Il a critiqué les autorités suisses lors d’un meeting électoral à Istanbul dimanche: «Vous récolterez ce que vous avez semé», a-t-il lancé, sous les huées de la foule.

Le conseiller national Claude Béglé (PDC/VD) s’est dit choqué sur la RTS par la récupération de cette affaire. «Les Turcs poussent le bouchon un peu loin en convoquant l’ambassadeur. Ils savent que la Suisse ne mène pas une politique unilatérale et a permis aux autorités turques de tenir un meeting électoral sur sol suisse».

Le conseiller national Laurent Wehrli (PLR/VD) estime aussi que la Suisse garantit la liberté d’expression et que la Turquie ne devrait pas s’échauffer pareillement. Mais il reconnaît que cette liberté s’arrête où commence celle des autres. «L’appel au meurtre est clairement condamnable. Ce dérapage fait d’ailleurs plus de tort à la cause qu’il est censé défendre».

Au DFAE, on marche sur des œufs avec les autorités turques depuis des semaines. La Suisse a joué la carte de l’apaisement et évité tout affrontement public et frontal, contrairement à ce qui s’est passé aux Pays-Bas et en Allemagne. Mais à l’approche du référendum crucial sur une extension du pouvoir d’Erdogan le 16 avril, personne à Berne ne peut exclure de nouvelles tensions et de nouveaux dérapages.

Créé: 27.03.2017, 07h16

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